Le Salon des Maires et des collectivités locales n’a pas manqué d’actualité cette année pour enrichir conférences et stands exposant : prix de l’énergie, pouvoir d’achat, décarbonation, réduction des déchets. L’occasion d’aborder des nouveaux thèmes comme le réemploi. Quelle place donner aux matériaux de seconde main et à l’ESS ? Comment réorganiser ses déchèteries ? Quels sont les matériaux de déconstruction réutilisables ? Témoignages du Smicval, d’Emmaüs et de la Ville de Paris.
Réduire les tonnages de déchets produits en créant un nouveau service public, non plus centré sur le traitement mais sur la prévention, c’est dans ce sens que souhaite aller Sylvain Guinaudie, président du Smicval (Syndicat mixte intercommunal de collecte et de valorisation des déchets du Libournais Haute-Gironde). L’objectif de ce territoire est de diviser de 50 %, les déchets en enfouissement et passer sous la barre des 100 kg par an et par habitants de déchets produits d’ici 2030. A l’occasion d’une table ronde sur le réemploi dans l’économie circulaire organisée lors du SMCL, Sylvain Guinaudie a vanté les actions vertueuses du syndicat à travers notamment la mise en œuvre de son supermarché inversé, le Smicval market. Emblématique d’un concept basé sur le don et le réemploi, il vient remplacer la déchèterie de Vayres depuis 2017.
Equilibre économique
Le supermarché inversé est un exemple unique, déjà éprouvé dans les pays scandinaves mais encore peu répandu en France. Chaque année, il permet de détourner du stockage plus de 1000 tonnes de déchets. « C’est l’outil qui nous aide à changer le regard des habitants sur les déchets et incite au réemploi. Ici, on ne vient pas pour jeter, mais pour que ça resserve à d’autres » assure le président du Smicval. Le principe : accueillir les encombrants des habitants qui peuvent repartir ensuite avec d’autres produits ou matériaux déposés sur le site. Malgré des investissements et des coûts de fonctionnement importants (construction, personnel sur site) au départ par rapport à une déchèterie classique, cette infrastructure a désormais trouvé l’équilibre économique. Comment ? En détournant 60 % des encombrants de l’enfouissement, et en valorisant plus de 80 % des objets déposés par les habitants.
Cette démarche a déjà fait des émules sur l’île de Beauté avec la mise en œuvre il y a deux ans, d’un supermarché inversé sur le territoire de la Costa Verde. D’autres délégations de territoires limitrophes comme le Calitom ou le Semoctom pourraient s’en inspirer. Des représentants de collectivités belges ont également fait le déplacement, curieux d’enconnaître son fonctionnement. Le syndicat du haut-libournais ne souhaite pas s’en arrêter là. D’ici 2024, la Communauté de Communes de l’Estuaire disposera également de son Smicval market associé à des ateliers de réparation et des boutiques gérées par l’ESS. La première pierre du chantier est prévue en juin 2023. Un autre projet équivalent est à l’étude sur la Communauté de Communes de Blaye (CCB). Enfin d’ici 2024 ou 2025, le centre de Libourne accueillera sur plus de 5000 m², un nouveau lieu d’échanges (ateliers réparation, de formation etc.) adossé à un Smicval market. En parallèle, le Smicval compte transformer ses douze déchèteries en pôles de recyclage et consacrer dans chacune d’entre elles, un espace pour le réemploi, comme le demande la loi AGEC. Penser le réemploi au sein d’une collectivité, signifie remettre à plat l’ensemble du dispositif de gestion de déchets, à la fois pour identifier les leviers de prévention mais aussi pour développer des alternatives plus vertueuses et moins coûteuses au traitement des déchets (enfouissement, valorisation énergétique), selon Sylvain Guinaudie.
Toutes les structures de l’ESS ont leur place

La réorganisation des collectivités pour accorder plus d’espace au réemploi, se traduit aussi par le déploiement sur chaque territoire de nouveaux acteurs, et en particulier des recycleries et ressourceries. Dans ce contexte, les quelque 300 structures Emmaüs en France ont un rôle important à jouer également. A la tête de 500 points de vente, et de 8000 salariés dont la moitié en insertion, Emmaüs traite chaque année l’équivalent de 300 000 tonnes de matières. Dans le cadre du dispositif législatif qui donne plus de poids au réemploi, l’État doit fixer les objectifs et les règles, souligne Valérie Fayard, directrice générale déléguée d’Emmaüs. Notamment en menant une vraie politique publique de prévention : « or, si la loi AGEC a permis la création du fonds réemploi, les moyens financiers, humains ou fonciers pour y parvenir restent insuffisants ».
Sur certains territoires, Emmaüs existe bien plus longtemps que les recycleries. Cela peut entraîner quelque tensions entre les structures et des inquiétudes de la part des collectivités. Pourtant, souligne Valérie Fayard, le réemploi offre de la place pour tous les acteurs de l’ESS, dès lors qu’il contribue à une dynamique locale et crée des emplois : « il faut juste renforcer le dialogue et les partenariats sur le territoire pour éviter les éventuels conflits d’usage ». Les concurrents ne se trouvent pas au sein de l’ESS, mais parmi ceux qui font leur business sur le dos du réemploi, affirme la directrice d’Emmaüs, visant en particulier « les market place qui font reconditionner les appareils à l’autre bout du monde, et la grande distribution qui ne collecte que la crème en laissant le bas de gamme aux structures de l’ESS ».
Métabolisme urbain
L’autre enjeu à court terme pour les collectivités locales porte sur la réutilisation des matériaux issus de la déconstruction. L’objectif est double : contribuer à la valorisation des flux générés sur son territoire et en faciliter la circulation en vue de servir sur d’autres chantiers. En Ile-de-France, la densité urbaine et les nombreux travaux de construction et déconstruction peuvent vite devenir des casse-têtes sur des zones en cours de réaménagement. Les travaux du Grand Paris sont un exemple. Pour répondre à la fois aux objectifs législatifs de valorisation des matériaux et à des contraintes de logistique (stockage, collecte, transport), la Ville de Paris, Plaine Commune et Est Ensemble ont décidé de s’appuyer sur une méta-plateforme numérique pour identifier et collecter des données sur les flux. Dans le cadre d’un AAP France 2030 sur les Challenges IA, lancé par Bpifrance, le projet Métabolisme Urbain a été retenu dans la catégorie « environnement ». A l’origine, Plaine Commune, sponsor du projet, a souhaité dès 2015 agir sur son territoire pour réduire l’impact de ses chantiers grâce à l’économie circulaire et au réemploi. L’outil numérique envisagé doit faciliter la rencontre entre l’offre et la demande de matériaux issus des chantiers présents sur le territoire. L’EPT Plaine Commune n’est pas le seul concerné. Sont associés à ces travaux, la Ville de Paris et l’EPT Est Ensemble. D’abord élaborée sous forme de maquette, cette future méta-plateforme sera portée par une start-up d’ici l’été prochain et pourra être expérimentée pendant un an à l’échelle des trois territoires franciliens.
Rendre les chantiers plus visibles

« La force de notre regroupement est de collecter un maximum de données sur les matériaux disponibles et de rassembler tous les acteurs de la chaîne, aménageurs, bailleurs, collectivités, entreprises privées, explique Isabelle Lardin, chargée de mission Economie circulaire et études des coûts à la Ville de Paris. L’enjeu pour la capitale est de pouvoir compter sur des flux issus de notre département mais aussi de territoires limitrophes pour garantir le réemploi dans nos clauses de marchés publics. L’outil numérique doté de plusieurs fonctionnalités IA servira à automatiser certains processus récurrents, renforcer la visibilité des chantiers et prédire les besoins et ressources ». Pour les élus de grandes agglomérations ou de collectivités rurales, les attentes ne sont pas les mêmes. A terme, la méta-plateforme pourra s’ouvrir à d’autres territoires et répondre aux problèmes de stockage, en proposant des synergies intra-chantiers ou bien identifier les flux existants pour anticiper les besoins. « Au-delà de l’outil numérique facilitant la compilation exhaustive d’informations, il sera également capable de calculer des indicateurs environnementaux, indique Justine Emringer, cheffe de projet Métabolisme urbain à Plaine Commune ». Le rôle des acteurs publics sur le réemploi de matériaux est donc précieux. Plus les collectivités locales seront présentes dans ce type de dispositifs, plus les flux de matières auront une chance d’être réintégrés dans la boucle, via les canaux de vente et le don aux associations.
Crédits : Smicval, SMCL, CM
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