Les plastiques ballottés entre demande et dénigrement

La plasturgie européenne veut montrer patte « verte »

C’est dans un contexte économique international moins favorable que la consommation mondiale des matières plastiques poursuit malgré tout sa croissance en 2018 à 359 millions de tonnes (+ 3,2 %). La configuration géographique de la production se confirme désormais entre un marché asiatique incontournable et une industrie nord-américaine investie plus que jamais. Et la plasturgie européenne dans tout ça, se confronte à une concurrence intraitable et à des engagements environnementaux ambitieux.

L’évolution de la production de matières plastiques suit deux exigences, selon PlasticsEurope : la localisation de la consommation et l’accès aux matières premières. Depuis quelques années déjà, la production mondiale est tirée par l’Asie avec 50% du total et notamment par la Chine, avec plus de 108 millions de tonnes en 2018, contre 37 millions de tonnes en 2006. L’Europe et l’Amérique du Nord réalisent chacune environ 17 % du marché mondial. Le reste est partagé entre la CEI, l’Amérique latine, et l’Afrique/Moyen-Orient. Aux Etats-Unis, le développement des gaz de schiste a favorisé le retour à l’investissement dans de nouvelles unités de polymères tournées vers un marché intérieur dynamique et une relance des exportations, indique le dernier rapport 2018 de PlasticsEurope. Ainsi, sur la période 2006-2018, la production américaine est passée de 56 à 65 millions de tonnes. Les producteurs européens observent un ralentissement de leur activité en raison de la mise en opération de ces unités américaines. Ainsi, l’année 2018 a été marquée par une baisse de l’activité en Europe de 4,3% par rapport à 2017, tandis que la consommation des plastiques a continué de progresser (+0,4%) à un rythme cependant très ralenti. Les secteurs les moins demandeurs en 2018 ont été l’automobile dont la consommation a stagné voire, reculé de 0,2 % et l’alimentaire (+0,9%). La construction enregistre une augmentation de 2 % contre 4 % entre 2016 et 2017.

Tiercé gagnant PE-PP-PVC

 

Le paysage européen des débouchés pour les plastiques n’évolue guère avec deux grands secteurs historiques que sont l’emballage et la construction. Ils représentent 40 % et 19,6 %, tandis que l’automobile se place en troisième position avec près de 10 % du marché des plastiques. A l’échelle mondiale, les thermoplastiques sont toujours les plus convoités à 80 %. Dans le peloton de tête, figurent les PE (27%), les PP (19 %) et les PVC (13 %). Le PET et le PS ne représentent chacun que 6 % du marché. En France, la consommation des plastiques a atteint 4,8 millions de tonnes, en baisse de 2,6 %. Pour rappel, 2017 avait été une année de forte croissance (+ 4,4 % par rapport à 2016), souligne PlasticsEurope. Ce ralentissement se traduit par une baisse de la demande des industries transformatrices en France de 130 000 tonnes de matières plastiques vierges. Dans le même temps, le secteur observe une augmentation de 14 % de la demande en matières premières recyclées (MPR) en 2018, se substituant aux résines vierges. Parmi les résines les plus consommées, figurent les PE, PP, PVC et PET avec un total de 75 %.

Une capacité de production de 6 millions de t/an ; 33 sites de production ; 4 centres de recherche sur les polymères et 5 clusters.

Les stratégies industrielles de la pétrochimie axées sur la croissance et l’augmentation de la production ne suffisent plus à gagner des parts de marchés. Attaquée de tous côtés pour l’image négative des pollutions liées au plastique, les industriels s’engagent tous azimuts dans des actions soit au l’échelle mondiale soit au niveau local. En début d’année, une trentaine d’entreprises mondiales dont Veolia, Suez BASF, Procter & Gamble, Sabic, Total, ont lancé l’Alliance pour lutter contre les déchets plastiques (Alliance to End Plastic Waste), avec l’appui d’un financement de 1,5 milliard de dollars sur 5 ans. L’Opération Clean Sweep, initiée il y a 28 ans, vise à lutter contre les déchets marins en veillant à ce qu’aucun résidu plastique (paillettes, granulés, poussières) n’échappe à la vigilance de l’entreprise lors du process (extrudeur, transformateur, régénérateur, compounder). Ce programme est développé dans plus de 23 pays à ce jour.

L’Europe a fait du plastique son cheval de bataille

En Europe, l’engagement volontaire Plastics 2030 a été pris en janvier 2018 par l’ensemble des plasturgistes. Dans ce cadre, PlasticsEurope a demandé aux producteurs européens d’atteindre 60 % de réutilisation et de recyclage des emballages plastiques d’ici à 2030, et 100 % en 2040. Pour ce faire, l’organisation européenne a déjà mis en place trois plateformes ECVM (European Council of Vinyl Manufacturers), PCEP (Polyolefin Circular Economy Platform) et Styrenics Circular Solutions pour innover dans le recyclage chimique et mécanique du PVC, des polyoléfines et des polystyrènes. La filière reste cependant vigilante sur la transposition de la directive SUP (plastiques à usage unique), estimant que cela risque de créer des distorsions de marché. C’est pourquoi PlasticsEurope continuera de défendre le principe d’un marché unique européen, et souhaite limiter le champ d’application aux produits à usage court et se retrouvant dans les déchets marins.

En France, les propositions faites dans le tout nouveau projet de loi Economie Circulaire annoncent la couleur. Les plastiques sont devenus le cheval de bataille du gouvernement. Comme le mentionne le ministère de la Transition écologique et solidaire dans son exposé des motifs, pour lutter contre la consommation de plastiques superflus et tendre vers l’objectif de 100 % de plastiques recyclés, le projet de loi prévoit un arsenal de mesures qui va permettre de mieux concevoir les plastiques pour qu’ils soient tous recyclables grâce à un système de bonus-malus ; mieux collecter les déchets plastiques grâce au déploiement de nouveaux dispositifs de collecte, complémentaires à ceux qui existent déjà, en développant par exemple la consigne ; mieux produire en se donnant la possibilité d’imposer des taux minimaux d’incorporation de plastique recyclé dans les produits. Inscrit sous le titre « Réduction de l’impact environnemental des plastiques et REP », l’article 7 par exemple fixe un cadre général au sein duquel les produits générateurs de déchets peuvent être réglementés. Il est également possible de subordonner la mise sur le marché de certains produits et matériaux au respect d’un taux minimal d’incorporation de matière recyclée dans les dits produits et matériaux. Cette possibilité peut être nécessaire pour soutenir le marché du recyclage et assurer une réduction de la consommation de certaines ressources non renouvelables. Une telle obligation est prévue pour les bouteilles en plastique par la directive relative à la réduction de l’incidence sur l’environnement de certains produits en plastique, adoptée par le Parlement européen le 27 mars 2019.

Recyclage chimique et innovation

 

Selon PlasticsEurope, les solutions doivent passer par un développement du recyclage chimique en France et la poursuite des travaux menés avec la filière de gestion des déchets ménagers Valorplast qui assure aujourd’hui la valorisation de 50% des emballages plastiques collectés. Autre engagement de la filière dans l’économie circulaire, la création annoncée début juin de la plateforme DIS30 « Ambition Plasturgie Durable pour 2030 », moyennant 4 millions d’euros d’investissements. A l’origine de ce projet, IPC (centre technique industriel des plastiques et des composites) et le CTCPA (Centre technique de l’agro-alimentaire) s’associent aux Pôles de compétitivité Plastipolis et Céréales Vallée. L’objectif est de développer des projets de R&D d’ici à 2030 et transférer leurs résultats aux entreprises dans trois domaines : la durabilité (D), l’intelligence (I) et la sécurité (S). La plateforme DIS30 est cofinancée par l’Union européenne (fonds FEDER) et soutenue financièrement par la région Auvergne-Rhône-Alpes. Une dizaine de projets de R&D ont déjà été identifiés par les partenaires en matière d’éco-conception et de recyclage, ou encore pour développer de nouveaux polymères. Parmi eux, un projet de Citeo cherche à faire progresser l’intégration de plastiques recyclés dans les emballages alimentaires. Cette plateforme mettra en lumière de nombreux moyens analytiques destinés à la caractérisation des substances (néoformés) et des matériaux (biosourcés), des pilotes en lien avec le recyclage et la biodégradation des plastiques ainsi que des matériels informatiques de pointe.

L’organisation PlasticsEurope rappelle néanmoins que s’il faut atteindre les objectifs environnementaux fixés en Europe pour lutter contre le réchauffement climatique, le Vieux continent doit capitaliser sur ses industries des plastiques et leur intégration dans une économie circulaire. Face à la vague médiatique anti-plastique observée depuis quelques années, les industriels ont sans doute été mis à rude épreuve. Mais cela a au moins le mérite de rebattre les cartes et fixer de nouvelles priorités. Que la plasturgie se rassure toutefois. La disparation des résines n’est pas encore pour demain. Leur production à travers le monde reflète toujours un niveau de consommation très élevé. Il faut juste aujourd’hui que la plasturgie se remette un peu plus en question et repense la fabrication de ses matières pour obtenir des produits plus durables, réutilisables et recyclables.

A lire aussi :

Le recyclage chimique redevient pertinent

L’avenir des plastiques recyclés en Europe

Un projet de loi économie circulaire centré sur les déchets

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article