Un avenir radieux pour le matériel de recyclage

Les investissements augmentent aux quatre coins du monde

Malgré des événements conjoncturels et politiques mondiaux, censés affaiblir l’industrie du recyclage, le marché des équipements conserve sa dynamique. Une croissance mondiale est annoncée autour de +6 % entre 2019 et 2026 pour un volume de ventes de matériel de recyclage, estimé à plus d’un milliard de dollars. L’Europe reste un marché moteur. Un focus sur la France en témoigne.

A l’échelle mondiale, selon une nouvelle étude publiée en novembre 2019 par Global Market Insight (GMM), l’industrie du matériel de recyclage a atteint en 2018, près de 800 millions de dollars de chiffre d’affaires. Et d’ici à 2026, ce marché devrait afficher plus de 1,2 milliard de dollars. Il y a un an, GMM avait réalisé une enquête sur le même thème. La progression se confirme un an après, avec toutefois des nuances sur les paramètres de croissance et les filières les plus concernées. Les matériels de recyclage sont désormais présents dans de nombreux secteurs comme l’électronique, l’automobile ou la construction. Si les pays émergents commencent seulement à investir dans du matériel de recyclage, la prise de conscience du réchauffement climatique pousse de nombreux Etats à mettre en œuvre des stratégies environnementales orientées sur la gestion des déchets. Avec comme conséquence, de multiplier les investissements dans les sites de traitement. Les principaux constructeurs interrogés s’adaptent à cette croissance. Parmi eux, figurent Danieli Centro Recycling, Lefort, Mortia Holdings Corporation, MTB Recycling, Forrec Srl Recycling Systems, BHS Sonthofen, Indromec Spa, Suny Group, Roter Recycling, Vecoplan AG, Shred-Tech Corporation, Gamma Meccanica S.P.A. Pour certains constructeurs, cela conduit à rallonger la durée moyenne de livraison (passant à 12 ou 18 mois). Pour d’autres, cela amène à investir dans l’extension de sites, la création de bureaux ou d’usines dans les pays demandeurs.

Réglementation et construction

 

Les facteurs de croissance sont nombreux : le renforcement des réglementations en Europe sur le recyclage des plastiques et l’économie circulaire, les avantages économiques et énergétiques à recycler les métaux, le développement des activités de construction en Asie Pacifique, la croissance de l’industrie automobile dans les pays émergents. En effet, la consommation des matières recyclées dans l’automobile (composants électroniques, habitacles, pièces cachées et externes…) ne fait que grandir et susciter de la demande. En parallèle, les stratégies gouvernementales pour réduire les émissions de gaz à effet de serre conduisent des pays, et pas seulement en Europe, à soutenir une demande pour des métaux issus du recyclage. Ainsi, en Inde, le ministère de l’Environnement vient de renforcer sa politique en 2019 qui impose un taux de recyclage de 90 % dans l’automobile. Ce type de mesure devrait entraîner la création de nombreux sites de traitement et de recyclage dans tout le pays, et impliquera le développement des outils industriels et des process à moyen terme.

Etude sur le marché des équipements pour le recyclage publiée en novembre 2019

Les autres secteurs, comme l’emballage, le BTP, l’électronique, le médical ne sont pas épargnés, à la fois générateurs de déchets recyclables et consommateurs de matières recyclées. L’étude du marché mondial montre que dans l’industrie électrique et électronique, les matières recyclées sont entre autres utilisées dans la fabrication d’isolants pour câbles, d’accessoires pour les réfrigérateurs, d’ordinateurs, de coques TV et de smartphones. De la même façon, le calcin (broyage du verre usagé) est de plus en plus plébiscité par les producteurs verriers d’emballages et de bouteilles. Autant de développements qui incitent à de nouveaux investissements dans du matériel de tri et de recyclage du verre.

Pourtant, l’engouement n’est pas encore totalement généralisé. Le manque de conscience et de sensibilisation des consommateurs représente pour le marché mondial du recyclage, un véritable challenge. Le degré d’acceptation d’un produit en matière recyclée demeure un frein pour l’industrie du recyclage. Le problème porte notamment sur les matières plastiques. Une fois régénérées, sont-elles aussi résistantes, durables et dénuées de tout risque de contamination ? Le gain de confiance du consommateur va sans doute prendre du temps même si les gouvernements ont déjà renforcé leurs programmes de gestion de déchets.

Presse à balle indétrônable

 

Tous les matériels sont concernés : presse-cisaille, broyeur, déchiqueteur, presse à balles, granulateur. Toutefois la reine des équipements reste indétrônable. La presse à balles pourrait ainsi surpasser tous les autres équipements d’ici à 2026, avec des estimations de l’ordre de 420 millions de dollars contre un marché de 270 millions en 2018. Cette dynamique sur ce segment est essentiellement due aux gisements croissants de déchets plastiques qu’il faut pré-traiter en vue de leur recyclage. En seconde position, le marché des broyeurs pourrait atteindre d’ici sept ans, 280 millions de dollars, alors qu’il tourne actuellement autour de 170 millions. La demande croissante de pneus tout terrain explique cette tendance, et des pays comme le Brésil, l’Inde et la Chine poursuivent le développement du secteur minier.

Sur la liste des matériaux à recycler, les plastiques représentent plus de la moitié du marché des équipements de recyclage en 2018. Pourtant en termes de tonnages, ce ne sont pas les plus imposants. En Europe, plus de 25 millions de tonnes de déchets plastiques ont été collectées en 2016. Mais seulement 8,5 millions de tonnes recyclées. Les emballages comptent pour 60 % de ce gisement collecté. Plusieurs pays comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou la France proposent désormais de réduire drastiquement l’emploi des emballages plastiques. L’image négative que renvoie le déchet plastique depuis quelques années, parce qu’insuffisamment collecté et polluant l’environnement, est un facteur contribuant au développement des équipements de recyclage. A cela, s’ajoutent les interdictions réglementaires de mettre ces déchets en enfouissement.

Les métaux ferreux et non ferreux correspondent à la deuxième plus grande part de marché pour l’industrie de l’équipement du recyclage. Raisons principales : l’urbanisation et l’industrialisation croissantes dans le monde entraînent une augmentation de la demande de métaux et a fortiori de matières recyclées. La réduction de la consommation énergétique joue également un rôle dans la préférence pour le recyclage. Cela concerne plus spécifiquement le recyclage des déchets métalliques et plastiques, moins énergivore que la production de matières vierges.

Investissements français en hausse

 

Les inquiétudes se sont amplifiées ces derniers mois sur les perspectives d’activité en Europe, mais les investissements continuent. La France a connu une année 2018 positive avec une augmentation des volumes collectés de 2 % à 107 millions de tonnes, selon les derniers chiffres de Federec. Cela n’empêche pas les disparités entre des filières bois et déchets organiques bien portantes, y compris en 2019, et un marché des plastiques et des métaux assez crispé. Avec un chiffre d’affaires stable à 9 milliards d’euros, par rapport à 2017, l’industrie du recyclage a toutefois poursuivi ses investissements, en croissance de 9 %. Le montant global engagé par les recycleurs français s’est élevé l’an dernier à 568 millions d’euros, soit 6,3 % du chiffre d’affaires global. Malgré des tensions visibles dans plusieurs secteurs, la profession a ainsi fortement investi dans des outils de production (tri essentiellement) et du matériel de collecte. Ces investissements correspondaient pour plus de la moitié à du renouvellement de parc de machines et à l’achat ou à l’agrandissement de locaux. En France comme ailleurs en Europe, la restriction des exportations de déchets, les problèmes de débouchés, les saturations de stockage pour les déchets ultimes, incite à vouloir faire mieux, à produire une meilleure qualité de matière, et à déployer la filière de valorisation énergétique, à travers la préparation des combustible solides de récupération, issus de déchets.

En 2018, les investissements se sont élevés à 568 millions d’euros dans le recyclage en France (source : Federec)

Pressentie il y a un an comme un territoire en mutation, la région Asie Pacifique est en train de confirmer son rôle majeur à moyen terme dans le recyclage à travers l’équipement de ses sites de traitement de déchets. La Chine a enregistré en 2017, une hausse de 11 % du recyclage des plastiques et des métaux. Depuis que le pays a interdit l’importation de plusieurs catégories de déchets du monde entier, les pays voisins se retrouvent à prendre en charge ces gisements. Moins équipés actuellement en infrastructures, ces Etats devraient investir plus massivement à terme, même s’ils montrent également une volonté de restreindre les importations de déchets. Aujourd’hui, la situation commerciale devient instable depuis la fermeture des frontières en Asie. Mais personne ne peut vraiment dire comment cela se passera dans deux ou trois ans. Une chose est sûre : les déchets générés dans ces pays vont sans doute bénéficier d’un traitement plus sûr et efficace, pour favoriser un recyclage sur place.

Crédit : CM

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