Pour sa 3e journée technique au musée de l’air du Bourget, le 19 septembre, Federec a accueilli quelque 600 participants, et mis à l’honneur ses partenaires industriels. Plus de 40 exposants se sont donné rendez-vous sur le tarmac pour présenter chariots élévateurs, broyeurs, camions-bennes et autres presse-cisailles. Malgré des carnets de commande bien remplis, les constructeurs suivent avec attention, le marché français du broyage menacé par des limitations d’enfouissement.
Les grosses machines étaient là, grapins en l’air, carrosseries rutilantes, capots ouverts montrant les dernières technologies. Untha, Metso, Copex, JCB ou encore Caterpillar et Liebherr font partie du quotidien des récupérateurs et recycleurs de matières. Depuis deux ans, l’activité tourne à plein régime et dans cet élan, les équipementiers essaient tant bien que mal de suivre la cadence.

Aujourd’hui, tout le monde est unanime. Les carnets de commande sont bien remplis mais pour honorer la demande, les délais de livraison sont rallongés en moyenne à 12 ou 18 mois. Car les entreprises du traitement dans ce secteur veulent du neuf. Chez Herbold, distribué en France par B2B Plast, le parc des broyeurs de déchets plastiques devrait doubler d’ici à cinq ans en Europe. Deux raisons principales : des gisements de plus en plus nombreux à collecter et surtout des plastiques à recycler sur le vieux continent, depuis que la Chine a fermé ses portes à plusieurs catégories de déchets. Même son de cloche chez Seram, constructeur de grues électriques qui enregistre une bonne activité sur les chantiers français. Seule ombre au tableau, pour Joachim Sémis, PdG de Seram, « les banques ne facilitent pas la tâche des constructeurs, obligés d’attendre la livraison chez leurs clients pour être payés. Les banques sont réticentes à financer les acomptes, ce qui pourrait entraîner à terme des problèmes de trésorerie chez les équipementiers ».
Les recycleurs sont des acheteurs
Selon Eric Leroyer, responsable vente Environnement et Industrie chez Bergerat Monnoyeur, distributeur de Caterpillar, la location peut être une alternative dans certaines activités : « nos machines viennent à l’origine du monde des carrières. Aujourd’hui, les professionnels du déchet, parmi les grands comptes, n’hésitent à recourir au leasing. Mais actuellement, le marché nous semble un peu plus difficile en raison du manque de visibilité sur les débouchés. Cela crée des tensions, et pourtant, ce secteur ne cessera jamais de se développer ». Les entreprises du recyclage vivent actuellement un paradoxe. Leur présence est plus que jamais indispensable ; et dans le même temps, elles doivent faire face à plusieurs obstacles, qui les empêchent de répondre à la croissance du recyclage.
Chez Untha, fabricant autrichien de broyeurs, les perspectives sont plutôt au beau fixe. Avec deux à quatre gros broyeurs vendus chaque année en France, le constructeur répond principalement à des demandes de traitement de bois de récupération et de DIB. Ces matières broyées sont utilisées comme CSR dans les cimenteries en France mais aussi hors Europe. Untha vend une cinquantaine de gros broyeurs chaque année dans le monde (Amérique du Sud, Australie, Asie du Sud-Est notamment) soutenu notamment par la filière cimentière qui souhaite s’approvisionner avec du combustible d’origine végétale ou en mélange.

C’est aussi pour répondre à une demande internationale il y a quelques années, que Copex, fabricant de presse-cisailles, a percé sur les marchés d’Asie centrale, du Moyen-Orient et aux Etats-Unis. « Si nous avons réalisé un part importante de notre chiffre d’affaires à l’export ces dernières années, nous revenons à l’équilibre en 2019 avec 50 % de nos contrats passés en France » explique Frédéric Malin, PDG de Copex. Partenaire industriel de Federec depuis cinq ans, le constructeur breton répond également à des demandes importantes de la sidérurgie, en quête de solutions complètes de tri et séparation, pour améliorer la qualité des ferrailles à recycler. Pour Copex, les marchés demeurent diversifiés liés aux habitudes commerciales de chaque pays. Au Royaume-Uni, la logique va vers du leasing tandis qu’en France, la tradition de l’acquisition persiste. Pour autant, la part de l’activité dans l’occasion se développe. Plusieurs machines Copex sont reconditionnées d’un pays à l’autre pour durer deux ou trois vies.
Depuis deux ans, Frédéric Malin avoue que les délais de livraison sont devenus plus long : « actuellement l’activité est tendue mais tout peut basculer du jour au lendemain avec l’effondrement des commandes pendant plusieurs mois, sans crier gare. Chez les recycleurs français, il faut toujours partir à la reconquête. Rien n’est jamais gagné, surtout si vous êtes une marque française ». Et Frédéric Malin de souligner que la taille de l’entreprise n’a rien à voir avec l’intention d’achat. Les petits établissements seraient ainsi tentés d’acquérir, tandis que de grands groupes se contentent d’un reconditionnement de leurs machines. Mais là aussi, pas de règle et pas moyen d’anticiper. Exception faite lors de la crise des matières premières de 2008, Copex avait vu émerger les prémices un an avant, dans des pays hors UE.
Euric, l’occasion d’une mise au point
La journée technique de Federec a accueilli la confédération européenne des entreprises du recyclage, Euric. Cinzia Vezzosi, sa présidente, a appelé de ses vœux, la création d’un vrai marché intérieur du recyclage, impliquant une harmonisation et une simplification de certaines règles au sein de l’UE. Elle a également invité les instances européennes à faire de l’économie circulaire, un tremplin pour lutter contre les émissions de CO2 et le dérèglement climatique. A l’échelle de la France, plusieurs entreprises de recyclage ont exprimé leurs inquiétudes vis-à-vis des limitations d’enfouissement pour leurs résidus de broyage.

Cet été, un nouveau pas a été franchi par Derichebourg et GDE. Les deux majors du traitement des VHU en France ont remis leur démission au conseil d’administration de la CME (Confédération des Métiers de l’Environnement) qui regroupe Federec et Fnade. Ils reprochent à cette instance malgré des sensibilités variées, de ne pas faire remonter leurs problèmes auprès des pouvoirs publics. Cette situation rend pour le moins délicate la position de la CME qui doit défendre deux camps opposés (recycleurs et exploitants de centres de stockage) : « nous souhaitons dans ces conditions demander directement aux autorités publiques de nous placer hors quotas et de nous garantir une élimination des résidus de broyage à des prix stables » insiste Philippe Sorret, directeur général délégué chez GDE. Roland Marion, secrétaire général de la CME reconnaît qu’il faudrait trouver une solution temporaire pour parer à l’urgence avant de mettre en œuvre des filières durables, capables de désengorger les centres de stockage. En l’absence de réponse satisfaisante des services de l’Etat, les broyeurs qui traitent des milliers de tonnes de carcasses automobiles et d’appareils ménagers, pourraient se montrer plus offensifs.
Crédit : CM
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