C’est l’histoire d’un territoire d’à peine 500 km², un Etat aux confins de la France et de l’Espagne. La Principauté d’Andorre abrite 80 000 habitants mais reçoit chaque année huit millions de visiteurs. Un sacré défi à relever tant dans le secteur touristique que celui du traitement des déchets. Pour diversifier les modes de valorisation et développer des projets plus circulaires, l’association des recycleurs Agreda a décidé de se rapprocher de Federec et de l’Inec (Institut national de l’économie circulaire).
Zone montagneuse et isolée, accessible uniquement par voie routière, la Principauté d’Andorre pourrait devenir un véritable laboratoire d’économie circulaire. Les pics élevés de fréquentation pendant l’hiver et l’été font passer ce territoire de 8000 à huit millions d’habitants en quelques mois. Avec toutes les conséquences positives pour le commerce mais aussi négatives que cela peut entraîner, à commencer par la production de déchets. En 2018, la Principauté a produit 136 750 tonnes de déchets (+10 000 tonnes par rapport à 2017) dont 70 % ont été exportés, essentiellement vers l’Espagne. Le reste est traité sur place majoritairement en valorisation énergétique. En 2007, en coopération avec Novergie, filiale de Suez, Andorre a construit un centre de valorisation énergétique, d’une capacité de 60 000 t/an, pour produire de la chaleur. Un centre de cogénération est actuellement en projet avec Veolia pour fournir de l’électricité.

Faute de volumes suffisants générés (9000 tonnes de papier-carton, 2000 tonnes de verre et 1000 tonnes d’emballages légers), Andorre peut difficilement investir dans des sites de recyclage. C’est à la fois beaucoup pour un si petit territoire, mais peu au regard des capacités minimales exigées pour des unités de traitement industrielles. Dans le cadre de son programme national de prévention 2017-2020, plusieurs actions ont été définies pour renforcer la prévention, le compostage en milieu scolaire, augmenter le réemploi et le recyclage et renforcer la collecte sélective. Aujourd’hui, les emballages en verre, en carton et en plastiques sont triés et regroupés sur un centre de traitement en vue de leur exportation.
Le flux de déchets issus de la collecte sélective a atteint l’an dernier près de 14 000 tonnes, dont pour la première fois, une fraction non négligeable de déchets organiques (un peu plus de 1000 tonnes). Certes, les tonnages ne sont pas gigantesques, mais pour les autorités d’Andorre, cela représente malgré tout un casse-tête. Le territoire ne peut accueillir les infrastructures permettant de recycler sur place tous les déchets. Dans le même temps, les tonnages annuels à évacuer entraînent sur les routes beaucoup de camions, source d’émissions de CO2. Jusqu’à présent, les principaux partenaires industriels d’Andorre traitant les déchets (métaux, emballages et déchets de chantier), se trouvaient du côté espagnol. L’association de gestion des déchets d’Andorre, Agreda, qui rassemble une dizaine d’adhérents (opérateurs de collecte, de tri de ferrailles, d’huiles, de batteries etc) a décidé d’équilibrer ses échanges et de se tourner vers la France pour développer de nouvelles solutions.
Convention de partenariat

C’est ainsi qu’Agreda a signé mi-septembre une convention de coopération avec Federec Occitanie. La proximité de certains sites de traitement français va permettre à Andorre de bénéficier de technologies de recyclage pour ses emballages, mais aussi d’autre flux à définir (textiles, plastiques, DEEE). Pour Olivier Dalle, président de Federec Occitanie, « c’est le début d’échanges nouveaux sur le plan de l’économie circulaire, car au-delà des déchets à valoriser dans notre région, nous allons développer de nouveaux projets autour du réemploi de matériaux, ou de la valorisation de déchets organiques ». A peine la convention signée que déjà, plusieurs visites d’entreprises de traitement de déchets organiques et de transformation de pellets sont programmées d’ici fin octobre. De leur côté, les autorités d’Andorre espèrent aussi que les partenariats se réaliseront dans les deux sens. « Actuellement, nous savons que la France et en particulier la région sud connaît des difficultés pour éliminer certains déchets non recyclables. Notre capacité d’incinération permettrait d’organiser intelligemment du transport de déchets pour éviter des retours à vide » ajoute Miquel Anguel Armengol, président d’Agreda et vice-président de la Confédération des entreprises d’Andorre (cea). Dans ce prolongement, les acteurs économiques de la Principauté se sont également rapprochés de l’institut national de l’économie circulaire (Inec) pour s’inspirer de ce qui se fait en France tant sur le réemploi, la réparation que sur la prévention pour réduire la production de déchets générée par l’activité touristique. Le tout associé à une volonté politique de mieux sensibiliser les visiteurs étrangers qui laissent leurs déchets sur le territoire.

Parmi les autres axes de travail, figure la déconstruction sélective. « Aujourd’hui, nous importons nos matériaux de construction et une fois les bâtiments démolis, nous exportons tous ces déchets de chantier » déplore Miquel Anguel Armengol. L’idée serait de développer et de généraliser une déconstruction plus sélective des bâtiments en vue d’un réemploi sur place comme cela se fait déjà pour les gravats réutilisés à hauteur de 30 % dans les routes. Autre piste, celle des mâchefers issus de l’incinérateur (6000 t/an) qui pourraient réintégrer également les sous-couches routières. Ce gisement part actuellement en Espagne, mais une loi est en discussion pour faciliter leur valorisation dans des techniques routières de la principauté.
En signant une convention avec des partenaires recycleurs français et en réfléchissant sur de nouveaux chantiers qui bannissent la mise en décharge et le gaspillage, Andorre réunit toutes les conditions pour se préparer à adopter une économie plus circulaire. A ce titre, le prochain sommet Ibérico-américain des chefs d’État et de Gouvernement qui aura lieu en 2020 en Andorre, portera sur l’innovation pour le développement durable d’ici à 2030. L’économie circulaire fera bien sûr partie des thématiques abordées.
Crédit : CEA, SFG
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