La mobilité électrique compatible avec l’économie circulaire, c’est ce que propose l’entreprise française Mob-ion avec son scooter entièrement éco-conçu. Depuis quelques mois, son usine dans l’Aisne fabrique, répare, démantèle, re-manufacture pour favoriser la pérennité de ses engins. Cette approche vertueuse vis-à-vis des ressources repose également sur le principe de la fonctionnalité. L’usager n’est pas propriétaire du scooter ; il bénéficie, moyennant un forfait mensuel, d’un service de mobilité répondant à ses attentes.
Imaginons un scooter électrique labellisé Origine France Garantie, entièrement démontable et réparable à plus de 70 % et homologué norme Euro5. Conçu dans les ateliers de l’entreprise Mob-ion à Guise (Aisne) depuis avril 2022, le scooter AM1 n’a rien d’extraordinaire en apparence. Son allure assez standard, sans gadget tape-à-l’oeil, révèle en y regardant d’un peu plus près, de nombreuses pièces vissées, flexibles, facilement démontables pour être remplacées ou réparées. Pour le co-fondateur et président de l’entreprise Christian Bruère, il s’agissait d’un véritable défi, jamais relevé jusqu’alors : « en 2016, lorsque nous avons pensé ce concept, nous cherchions avant tout à nous positionner sur un produit le moins cher possible. Pour ce faire, nous avons imaginé un produit entièrement démontable pour récupérer des composants et les remettre en état afin de les intégrer dans de nouveaux scooters ». Cette démarche devait passer par de la location en ciblant notamment la restauration livrée. Dans ce secteur, le scooter peut être utilisé par deux ou trois chauffeurs, à un rythme soutenu et dans des conditions relativement contraignantes en milieu urbain. « Cette activité a été pour le lancement de notre scooter électrique, tout à fait appropriée pour tester la réparabilité et l’économie de la fonctionnalité » souligne Christian Bruère.
Jusqu’en 2019, une phase de conception en open innovation est donc lancée dans le secteur expérimental de la restauration livrée. Cela a donné naissance au premier scooter éco-conçu AM1 (limité à 45 km/h). En parallèle, face au manque d’infrastructures de maintenance de batteries en France, Mob-ion a choisi d’investir dans l’électronique embarquée du scooter, sa connectivité et sa batterie. La société décide dès 2017 de créer ses premiers prototypes de batteries, et depuis 2020, s’investit également dans le reconditionnement à haute valeur ajoutée des batteries avec l’idée de prolonger au maximum leur durée de vie dans d’autres applications.
Réparabilité et offre servicielle
En commercialisant son scooter AM1, Mob-ion a choisi d’innover sur la conception matérielle et intellectuelle. La réparabilité se met au service non plus de l’achat mais d’une offre servicielle. Concrètement, ce modèle de scooter est proposé en location longue durée (LLD) de 24 mois à partir de 70 euros par mois, avec une batterie et hors assurance (95 euros par mois avec deux batteries). En 2023, cette LLD sera financée par une captive financière en partenariat avec le Crédit Agricole. Cette solution permettra aux entreprises et aux collectivités qui souhaitent utiliser le scooter de pouvoir le financer. Lorsque, pour des raisons réglementaires ou liées au fonctionnement des entreprises ou des collectivités, la LLD n’est pas possible, Mob-ion propose de le vendre avec un contrat de rachat, pouvant être effectué entre 2 ans et 4 ans, ou au bout de 60 000 km.

Dans ce cas-là, la valeur résiduelle est calculée en fonction de l’état du scooter, de ses batteries et de son kilométrage, et se situe entre 15 % et 45 % du prix d’achat du scooter. Connecté, le scooter AM1 est équipé de capteurs permettant de le géolocaliser en temps réel, d’observer le comportement de son conducteur, d’analyser l’usage des batteries pour en optimiser la durée de vie et de le verrouiller à distance en cas de vol. « Nous souhaitons dans le cadre de ce contrat d’usage développer la maintenance prédictive et l’analyse de données à partir des pratiques de conduite et de l’usage ». Lorsque le scooter est restitué à Mob-ion au terme du contrat, il est entièrement démantelé. Les composants issus de la batterie, du moteur, ou de pièces extérieures sont remplacés si besoin. Une partie des pièces est remise en état en vue d’intégrer plus tard de nouveaux scooters. Les composants irréparables ou provenant de pièces de sécurité partent au recyclage. « Avec notre expérience dans la restauration livrée, nous avons déjà pu faire évoluer nos équipements en y plaçant par exemple, des garde-boue flexibles qui ne se cassent plus avec le moindre choc, des vis en inox et d’autres pièces en acier galvanisé. Notre objectif est de prolonger au maximum la vie de nos composants pour réduire nos coûts de production, c’est le propre de l’économie de la fonctionnalité » résume Christian Bruère.
Retrofit et mobilité inclusive

Avec l’acquisition au printemps dernier de son usine de 25 000 m², un ancien site industriel à Guise dans les Hauts-de-France, Mob-ion emploie à ce jour une quinzaine de salariés. Une trentaine de scooters ont été validés pour le remanufacturing cet été. Et 70 scooters supplémentaires sont en cours de fabrication. Le site accueille plusieurs ateliers de production et d’assemblage de scooters et de batteries, mais aussi une installation de démantèlement grâce à la mise en œuvre d’ un chantier d’insertion, accompagné par APF France Handicap. Toutes les pièces sont passées à la loupe pour être remplacées et réemployées. Sur les moteurs, il suffit parfois de changer quelques capteurs, ou sur les batteries de remplacer des connecteurs de charge. C’est à ce titre que Mob-ion cherche à donner une seconde, voire une troisième vie aux batteries de ses scooters. « Nos batteries au cours de leur premier usage utilisent seulement 85 % de leur capacité. Or elles peuvent tout à fait servir au-delà comme batterie de stockage et pour assurer une stratégie d’effacement des pics et des creux sur les réseaux électriques » ajoute Christian Bruère. A terme, Mob-ion pourrait également déployer d’autres activités comme le Retrofit. Un espace de l’usine abrite déjà une cinquantaine de véhicules mini dans cette optique. D’autres projets sont à l’étude pour assurer certaines opérations de recyclage sur le site. Un broyeur sera installé d’ici la fin de l’année, pour traiter les plastiques, essentiellement des ABS, PP et PEhd à recycler.
En attendant, la demande commence à s’étoffer au-delà des activités de livraison. « Sur des territoires éloignés des grandes villes et de l’emploi, se déplacer pour les jeunes reste souvent compliqué faute de moyens de transport. Voilà pourquoi, nous misons sur le rôle des départements et des collectivités pour diversifier notre offre. Par exemple, les missions locales de mobilité peuvent servir de passerelles, grâce à la location de quelques scooters ». Pour répondre à ces besoins et promouvoir la mobilité inclusive, Mob-ion a créé le programme SolidarMob, déployée avec Wimoov, une association qui oeuvre pour faciliter la mobilité quotidienne des personnes fragiles dans les territoires. Pour développer son savoir-faire et gagner des marchés, le président de Mob-ion souhaite accéder à plus de moyens financiers. Une première levée de fonds est en préparation : « c’est le nerf de la guerre. Nous ne pourrons obtenir des aides conséquentes des pouvoirs publics comme Bpifrance que si nous mettons plus de fonds propres sur la table ».
Crédit : Mob-ion
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