Repenser l’habitat modulaire, les bureaux, les espaces recevant du public, en transformant des containers maritimes en fin de vie. Cette activité est loin d’être fantaisiste et isolée en France. Elle se développe à grands pas, portée depuis 2019 par l’alliance Netbox Containers. La démarche répond à des besoins d’hébergements d’urgence et de constructions pérennes hors site. Aujourd’hui, le projet de création de filière est sur la table, engageant les pouvoirs publics, nécessitant des normes adaptées et de nouvelles compétences.
Le marché mondial de la construction hors-site devrait atteindre 108,8 milliards de dollars en 2025 contre 80,3 milliards en 2020, soit une croissance annuelle moyenne anticipée de 5,75 % sur la période. Parmi les solutions visées, le réemploi de containers maritimes. Sur le territoire français, ce réemploi est évalué à 5000 unités par mois. Les applications sont nombreuses, allant du plus simple comme garde-meubles, chambres frigorifiques, food-trucks, au plus sophistiqué comme de l’espace de bureau, des vestiaires, des sanitaires et plus récemment, des piscines, de l’aménagement de classes d’écoles, de l’habitat d’urgence ou durable. Pour aborder ce secteur, plusieurs entreprises exercent aux quatre coins de la France afin de répondre à des besoins locaux.
Ces PME et TPE existent pour la plupart depuis une dizaine d’années, mais en 2019, une cinquantaine d’entre elles se sont regroupées en réseau au sein de Netbox Containers. Aujourd’hui, huit sociétés commerciales et une quarantaine d’unités de production spécialisées en transformation et aménagement de container maritime composent cette alliance française. À cet effectif viennent s’ajouter deux parcs de self-stockage. A lui tout seul, ce réseau représente 85 millions d’euros de chiffre d’affaires et 450 salariés. Pour son fondateur et président Eric Annezer, la vocation de ce regroupement est avant tout de partager des valeurs sociétales et d’accompagner des entreprises qui n’ont pas forcément les moyens de développer une stratégie commerciale et de communication en interne. Concrètement, Netbox Containers se charge de centraliser les achats qui portent sur environ 300 containers par mois, soit un peu plus de 3000 unités reconverties chaque année. « Cela permet de réaliser des économies de l’ordre de 150 euros par container. Ce qui n’est pas négligeable si l’entreprise a besoin de cinq ou six conteneurs, souligne Eric Annezer. En contrepartie, les entreprises membres paient une redevance de 450 euros par mois, vite amortie avec l’achat de trois containers ».
Les collectivités en demande
Netbox Containers souhaite ainsi démocratiser le réemploi des containers maritimes pas seulement sur des applications simples ou du logement d’urgence mais sur des solutions à forte valeur ajoutée comme de l’habitat durable. « Nous ne sommes plus sur un marché marginal. Nous évoluons avec une demande en forte croissance, de l’ordre de 50 sollicitations par semaine, sur de l’habitat particulier mais également provenant de la commande publique. La collectivité locale est devenue le bon élève dans la construction hors site », souligne Eric Annezer. Face à cette demande, le réseau est là pour filtrer, s’assurer que les besoins sont sérieux et en fonction de la viabilité du projet (budget, terrain alloué etc.), l’orienter vers les entreprises les plus proches.
Le marché de l’habitat en container reconditionné a de l’avenir, dès lors qu’il est encadré et génère des solutions de qualité, affirme le président de Netbox Containers qui entrevoit de nouvelles opportunités. Les épisodes de sécheresse occasionnant de nombreux dégâts sur les maisons traditionnelles (fissures) pourraient notamment entraîner une croissance de ce marché : « dans toutes les constructions durables, nous préconisons et mettons en œuvre des matériaux biosourcés, comme du bois. Résultat, nous produisons des habitats de qualité et plus sûrs » ajoute le fondateur de Netbox, pour qui il est temps de bâtir une véritable filière. Avant cela, les professionnels du secteur cherchent à faire reconnaître leur métier avec la création d’un syndicat professionnel et la mise en œuvre de l’assurance décennale, indispensable à toute entreprise de transformation. En parallèle, l’alliance s’attache à promouvoir la profession grâce à la montée en compétences des techniciens du secteur. En partenariat avec la Caisse des Dépôts, Netbox Containers a mis en place une école de formation pour les futurs ouvriers de la construction modulaire. Sans pré-requis, le candidat peut suivre un apprentissage des différents corps de métiers (chaudronnerie, soudure, électricité…) jusqu’à la construction complète d’un micro-logement. Pour aller plus loin, l’alliance envisage également de développer cette activité en misant sur l’insertion professionnelle. Un projet d’école de production est à l’étude pour accompagner notamment les jeunes en décrochage scolaire.
Entreprise d’insertion
Chez LVD Energie, l’une des seules entreprises d’insertion membre de Netbox Containers, la revalorisation des containers maritimes est opérée depuis plus de six ans. Joint venture sociale entre le groupe La Varappe et Schneider Electric, l’entreprise redonne une seconde vie à environ 250 containers maritimes chaque année, pour un chiffre d’affaires d’environ 3,8 millions d’euros. En 2023, ce cap devrait même être franchi pour atteindre 300 containers upcyclés selon Mickael Bruel, directeur opérationnel de l’entreprise. L’histoire de cette activité s’appuie sur un héritage industriel local, celui de la métallurgie et l’insertion professionnelle. En 2007, La Varappe rachète l’entreprise AEI, dont le dirigeant part à la retraite. Spécialisée en chaudronnerie sur le port de la Ciotat, l’entreprise devient alors LVD Energie. A l’époque, la reprise de containers maritimes, facilitée par la proximité de la zone portuaire commence à faire son chemin. « L’idée est de transformer ces conteneurs de 13 ou 14 ans, en habitat modulaire. A cet âge-là, les containers ont terminé leur vie en mer. Par contre, ils sont encore en très bon état pour une seconde vie sur terre », indique Mickaël Bruel. C’est ainsi, que l’entreprise a créé sa marque Homeblok sur le marché du logement transitoire ou pérenne grâce à de la construction assemblée de containers maritimes. LVD Energie aborde en priorité le secteur de l’hébergement d’urgence mais aussi le logement pérenne collectif, en locatif ou en vente. Dernier chantier exemplaire, la livraison de 18 classes d’école à Miramas lors de la rentrée de septembre, toutes aménagées à partir de 130 containers maritimes reconditionnés et transformés.
Si le marché est aujourd’hui plus stable et accessible, autour de 2500 euros l’achat d’un conteneur, la période post-covid a été dure pour cette activité, où les prix sont montés à plus de 4500 euros l’unité. Pénurie de containers oblige. Chaque construction est normée RT 2012, RE 2020 et ISO 9001. LVD Energie dispose de deux sites de transformation à Marseille et Berre-l’Etang depuis 2022. Son périmètre géographique se limite pour l’essentiel à la région sud. Mais des projets sont à l’étude sur l’agglomération lyonnaise et Dijon. LVD Energie emploie 70 salariés pour cette activité dont 45 contrats en insertion. Sur ses unités de transformation de 4000 m², tous les métiers du second œuvre sont présents : chaudronnerie, soudure, électricité etc. Le chiffre d’affaires est constitué à 70 % de vente pour le privé et le secteur public. Les collectivités locales sont en demande pour aménager des équipements sportifs (buvette, vestiaire, etc). « Notre objectif est de répondre aux nouveaux besoins dans le secteur hospitalier, d’hébergement collectif (hôtellerie, Epahd etc.) » explique Mickaël Bruel qui perçoit un intérêt croissant de la part des cabinets d’architectes. En 2022, la Banque des Territoires est entrée au capital de la société Homeblok à hauteur de 2,5 millions d’euros pour renforcer le développement de l’offre locative sur les projets de logement d’urgence. Autre partenaire local, l’école des Mines d’Ales effectue une veille technique, vérifie et valide les procédés de transformation de LVD Energie. Une manière de rassurer l’entreprise et ses clients, sur une filière qui se construit une expertise et une notoriété de durabilité.
Crédits : Eco-construction, Hedimag, Ma Piscine Mobile
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