Les fenêtres en fin de vie ne pèsent pas lourd sur la quantité totale de produits usagés à traiter dans le bâtiment, mais le verre et le PVC qui les composent ont de la valeur pour l’industrie du recyclage. C’est ce qui a permis à trois entreprises d’insertion de créer en 2021 le réseau Recyfe, spécialisé dans le tri et le démantèlement des fenêtres. Un acteur vers lequel se tournent désormais les nouveaux tenants de la REP PMCB et l’industrie de la menuiserie extérieure.
Avec une trentaine de sites franchisés répartis dans l’hexagone dont 22 sont déjà intégrés dans le maillage de la REP PMCB et travaillent avec Valobat et Valdelia, le réseau Recyfe est devenu un acteur qui compte, après seulement deux ans d’existence. Les entreprises qui le composent sont souvent plus anciennes, spécialisées dans la gestion des déchets et l’insertion professionnelle. Ce qui les rassemble chez Recyfe : l’activité de collecte et de démantèlement des fenêtres usagées en bois, en PVC, ou en aluminium. L’idée de ce réseau trouve son origine au sein du groupe Valo’ à Florange (Moselle) en 2016. A la tête de cette entreprise d’insertion, Philippe Lerouvillois commence à collecter les fenêtres en fin de vie sur son territoire, en vue de leur recyclage. Il y voit une opportunité de diversifier son activité avec la volonté d’associer valeurs écologiques et sociales.
Soutien de la REP PMCB
Si l’enfouissement de ces produits était la norme à cette époque, quelques industriels comme le groupe Saint-Gobain, fabricant de verre plat et Veka, fabricant de profilés fenêtres, étaient déjà très demandeurs de calcin et de profilés PVC usagés à incorporer dans leur production. Face à cette demande, Valo’ a décidé de déployer dans le grand Est, le démantèlement des menuiseries en fin de vie. « L’entreprise a été rapidement confrontée à des difficultés de sécurisation et de process de traitement, rappelle Philippe Lerouvillois. Je me suis alors rapproché d’autres entreprises d’insertion comme Tripap et Trivallées engagées sur la même voie pour tenter d’améliorer nos outils de traitement au service de nos salariés ». En mutualisant leurs travaux de R&D, les trois entreprises mettent au point de nouveaux contenants préservants et des procédés de démantèlement plus ergonomiques. En gardant à l’esprit que le recyclage peut soutenir l’insertion sociale et professionnelle, ces structures de l’ESS ont fait connaître leur démarche auprès des pouvoirs publics et ont répondu à un appel à projets au sein de France Relance. L’idée chemine alors vers la création d’un réseau national d’entreprises adaptées et d’insertion franchisées sur la valorisation des menuiseries usagées. Lancé en 2021, le réseau Recyfe propose ses services aux artisans poseurs, déchèteries et chantiers. Les salariés des sites de démantèlement du réseau peuvent se déplacer directement chez le détenteur de menuiseries en fin de vie dans un rayon de 150 km, de manière régulière ou ponctuelle. Les professionnels peuvent également déposer leurs produits sur les sites. Depuis la mise en place de la REP PMCB, des points de collecte agréés par les éco-organismes (points d’apport volontaire) installés chez des distributeurs comme Point.P ou La Plateforme du Bâtiment, permettent aussi d’accueillir gratuitement les menuiseries usagées. Ils sont équipés de racks adaptés, installés par le réseau Recyfe.
Pour Philippe Lerouvillois, président de Recyfe, le réseau n’a rien à envier aux quelques PME françaises qui démantèlent également les fenêtres : « nos procédés de traitement et la qualité de prestation que nous proposons rassurent les éco-organismes de la filière. Cela repose sur une main d’œuvre compétente et des outils adaptés, tels que des camions à fonds mouvants, des contenants anti-chocs et des process de démantèlement adaptés ». C’est ainsi qu’une table ergonomique semi-automatisée a été conçue au sein du réseau pour accueillir les fenêtres et réduire le port de charges en entrée et sortie de démantèlement. Chaque structure franchisée intégrant Recyfe bénéficie ainsi de ces innovations. Sur site, les matériaux sont séparés et stockés avant de partir vers les filières de recyclage, en privilégiant la proximité. Seul le bois est valorisé majoritairement en énergie, même si des pistes sont à l’étude pour de la valorisation matière. Recyfe garantit auprès des professionnels du bâtiment la traçabilité du traitement, et l’impact social et environnemental généré, grâce à la remise d’un certificat de valorisation et d’une attestation du nombre d’heures d’insertion réalisées. Le réseau est accompagné par l’association Utopreneurs, studio d’innovation créé par et à destination des entreprises d’insertion (EI) et des entreprises adaptées aux personnes en situation de handicap (EA). Portée par une dizaine de salariés, elle soutient notamment le développement de ces entreprises dans leurs démarche d’économie circulaire.
4500 tonnes de fenêtres recyclées prévues en 2023
Chez LVD Environnement, l’activité de traitement des fenêtres a démarré début 2023. Faisant partie du groupe La Varappe, LVD gère les déchets d’activité économique des collectivités territoriales de cinq départements de l’arc méditerranéen. Entreprise d’insertion, elle a ouvert deux centres de démantèlement de fenêtres d’une capacité de 2000 t/an et compte en ouvrir deux autres en 2024. Cette nouvelle activité s’inscrit dans une politique de diversification de l’entreprise qui veut toucher une clientèle du secteur privé. Florian Chiesa, directeur Prospective et Environnement pour le groupe La Varappe entrevoit un marché de niche, prometteur à l’échelle de sa région : « alors que les gisements de fenêtres à collecter sont estimées à 240 000 t/an au niveau national, la région PACA pourrait représenter 8000 t/an. Grâce à l’aménagement de nos sites, nous envisageons d’ici trois ans de valoriser 4000 tonnes par an de matières issues de fenêtres ». Lancée il y a quelques mois, l’activité fenêtres de LVD Environnement perçoit déjà les premières retombées. Certains sites de dépôt près de Marseille permettent à l’entreprise de récupérer plusieurs racks de fenêtres par semaine, grâce au bouche-à-oreille. Pour prospecter les artisans et distributeurs de la région et passer à la vitesse supérieure, LVD Environnement vient de recruter un responsable commercial et de communication.
Aujourd’hui, le réseau est en passe de devenir un acteur incontournable dans cette filière, en répondant à tous les appels d’offres lancés par les éco-organismes Valobat, Valdelia et Ecomaison. La reprise sans frais des fenêtres va sans doute déclencher une croissance rapide de l’activité. Depuis la création du modèle en 2016, plus de 10 000 tonnes de menuiseries ont été recyclées. En 2022, la franchise en a recyclé 1700 tonnes et pour 2023, le réseau prévoit détourner de l’enfouissement 4500 tonnes de matières. « Notre objectif est d’étoffer le réseau, en créant plus d’emplois et en développant de nouveaux savoir-faire. Notre modèle s’inspire beaucoup de celui d’Envie DEEE qui a réussi à mutualiser des méthodologies de travail et de l’ingénierie au service des valeurs écologiques, sociales et humaines » souligne Philippe Lerouvillois. Actuellement, le capital de Recyfe est constitué à 80 % d’actionnaires issus d’entreprises d’insertion. Une petite partie est détenue par des industriels comme Saint-Gobain. Cette montée au capital, bien que minoritaire, démontre bien l’enjeu pour l’industrie du recyclage et de la menuiserie de créer des partenariats entre tous les acteurs de la chaîne. Le verre plat et le PVC post-consommation sont des matériaux de plus en plus demandés pour fabriquer de nouveaux produits. L’objectif est double : pérenniser une activité industrielle, en préservant les ressources et en décarbonant l’outil de production.
Crédit : Recyfe
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