Comment favoriser la réduction des ressources et les bonnes pratiques en termes d’économie d’énergie, d’eau et de valorisation des déchets ? C’est l’ambition que s’est fixé le réseau Recto Verso, association d’entreprises depuis 2018, œuvrant pour l’écologie industrielle. Impulsée par l’Agglomération du Bocage Bressuirais, il rassemble une quarantaine d’acteurs économiques locaux de tous secteurs.
Tout a commencé en 2015 avec l’Appel à Manifestation d’Intérêt lancé par l’ancienne région Poitou-Charente et l’Ademe sur l’écologie industrielle. L’idée fait mouche et suscite de nombreuses candidatures sur le territoire à l’instar du Port de la Rochelle ou de l’agglomération niortaise autour de l’économie sociale et solidaire. A son tour, l’agglomération du Bocage Bressuirais, située au nord des Deux-Sèvres, prend part à la dynamique en déposant sa candidature, et devient lauréate de l’appel à projets EIT de la région Nouvelle-Aquitaine (niveau 3). Au coeur d’un territoire naturel et rural de 1300 km2, le tissu industriel et économique est malgré tout présent, porté par environ 5000 entreprises dont 90 % ont moins de 10 salariés et constitué par une soixantaine de zones d’activité économiques dispersées. Engagées sur la voie de l’écologie industrielle et territoriale, ces entreprises de tous secteurs ont choisi de répondre au rendez-vous. Depuis 2018, ce réseau industriel impulsé tout d’abord par l’agglomération du Bocage Bressuirais est désormais soutenu par l’association Recto Verso qui rassemble plus de quarante adhérents.

La plupart des acteurs économiques ont un point commun : réaliser des économies en misant sur les bonnes pratiques et en préservant les ressources. Quatre thématiques sont ciblées : la mobilité, l’énergie, l’eau et les déchets. Tous les secteurs d’activité sont concernés (agro-alimentaire, métallurgie, BTP, ameublement, menuiserie industrielle, textile, etc.). Parmi les entreprises impliquées dans le réseau, figurent une vingtaine de PME qui emploient chacune entre 10 et 50 salariés, le reste est partagé entre des structures de plus de 50 salariés et de très petites entreprises employant moins de dix personnes. « Chacun y voit un intérêt. Si les plus grosses structures ont déjà intégré des actions de type RSE, elles souhaitent bien souvent trouver des synergies environnementales pour améliorer leur image. Les autres entreprises mènent des actions sur leur consommation et leur production de déchets mais ne disposent pas de service HSE en interne. Quant aux plus petites, elles y voient un bénéfice écologique et économique mais n’ont aucun moyen financier ou matériel pour agir seules » souligne Dorota Rambault, animatrice écologie industrielle du réseau Recto Verso.
Plus de vingt synergies
Avant de lancer cette démarche d’écologie industrielle au sein du Bocage Bressuirais, une enquête a été menée au cours du premier trimestre 2017 auprès des entreprises du territoire. Objectif : recueillir et analyser les données sur les flux utilisés et rejetés par les entreprises (eau, énergie, déchets…) ; identifier des biens ou des services à mutualiser ; recenser les besoins des entreprises. A l’issue de cette étape, les opportunités d’échanges et de mutualisation identifiées ont été présentées aux entreprises. Lors de cette restitution, ces dernières ont ainsi choisi les actions prioritaires pour définir un plan d’actions. C’est ainsi, qu’une vingtaine de synergies ont été définies, mises en place ou sont en cours d’élaboration. « Outre les réunions d’information et les rendez-vous d’affaires que nous allons démarrer en mars 2021, nous accompagnons plusieurs entreprises dans des démarches ayant trait à la valorisation des ressources et des déchets mais aussi pour maîtriser leur consommation d’énergie et au final leur permettre de réaliser des économies substantielles », souligne Dorota Rambault.

Depuis deux ans, l’entreprise de recyclage de chutes de menuiserie PVC, Polyrex, collabore au sein d’un atelier de démantèlement de mobilier en partenariat avec Esiam, entreprise de l’ESS, à but d’emploi. Dans l’industrie du cuir, relativement bien implantée en Nouvelle-Aquitaine, des entreprises cherchent des exutoires pour valoriser au mieux leurs chutes de fabrication. Le réseau Recto Verso les aide à nouer des partenariats avec des structures du réemploi par exemple, pour développer le up-cycling. « Le réemploi d’emballages ou de biens (cartons, polystyrène, chutes de production…) séduit de plus en plus d’entreprises. Nous impulsons également les collectes mutualisées de déchets (palettes, papier, carton, plastique) mais cela reste complexe à organiser sur le long terme, car il faut atteindre les volumes suffisants pour rendre la démarche pertinente » souligne l’animatrice.
Anti-gaspillage et détection de fuites
Après la pandémie Covid-19, Recto Verso réfléchit également à la valorisation et le bon usage des EPI, comme les gants ou les masques. Sur le site Internet, un questionnaire a été publié à l’intention des entreprises pour partager des connaissances en termes de recyclage ou de réutilisation de ces protections sanitaires. « Cela donne également des idées pour allonger la durée de vie de certains équipements, comme des gants de travail. Nous avons quelques entreprises en métallurgie qui pourraient ainsi donner leurs gants de sécurité anti-coupures, inutilisables pour leur activité, mais qui une fois nettoyés, pourraient servir à d’autres opérations moins exigeantes » espère Dorota Rambault. Le site permet aussi d’avoir accès aux petites annonces d’offres ou de vente de matières ou produits non utilisés.

Au-delà des préoccupations sur la gestion des déchets, le réseau Recto Verso promeut des actions de maîtrise de la consommation et des coûts énergétiques. A ce titre, l’association accompagne actuellement des entreprises dans l’optimisation de leurs contrats d’électricité et pousse au groupements d’achat d’électricité et de gaz. A ce jour, une cinquantaine de contrats ont pu ainsi être négociés permettant pour une économie de 80 000 euros par an. Un projet d’installation de panneaux photovoltaïques mutualisés serait également dans les tuyaux. La chasse au gaspillage fait partie des missions du réseau qui a commencé à se pencher sur la détection des fuites d’air comprimé. Pour y parvenir, l’association a acquis une caméra de détection à installer dans les ateliers d’entreprise. « Cette caméra tourne dans chaque entreprise, munie d’un compteur débit/coût. Ce que l’on ne voit pas, ne peut être quantifié par définition. C’est donc dans ce sens que nous souhaitions sensibiliser les entreprises qui peuvent dépenser jusqu’à 2000 euros par an supplémentaires, à cause de ces fuites invisibles ». D’autres opérations anti-gaspillage sur l’eau ou l’éclairage devraient faire l’objet de nouvelles campagnes à partir de septembre prochain.
Pour Dorota Rambault, sa mission est aujourd’hui confortée par le succès de cette démarche à travers trois ingrédients incontournables dès le départ : « nous sommes partis des besoins des entreprises pour rendre celles-ci actrices de leur choix. Nous avons mobilisé les réseaux et les experts du territoire comme les chambres consulaires, le service économique de l’agglomération ou encore le Pôle Eco-Industries. Enfin, nous avons déployé des actions de communication sur le terrain, pour sensibiliser et convaincre sur les enjeux et les bénéfices de l’écologie industrielle ». Preuve que l’écologie industrielle fonctionne également sur un territoire à dominante rurale.
Crédits : Recto Verso
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