Mieux recycler les plastiques de déchèteries

Valorplast travaille sur des filières locales et pérennes

Chaises et jouets de jardin, sceaux, cagettes, pots de fleurs, les objets en plastique rigide déposés en déchèteries sont constitués de PP, PE, ABS, PSE, PVC et autres composites. Bien séparés, ces matériaux peuvent être de nouveau recyclés dans l’industrie. Pour réduire leur coût d’enfouissement ou d’incinération, les collectivités cherchent des solutions de traitement pérennes. Depuis 2021, Valorplast étudie au cas par cas, les possibilités sur chaque territoire de mettre en place des filières de collecte et de tri efficaces et viables.

Depuis plus de 25 ans, la société Valorplast gère la reprise et le recyclage des emballages plastiques ménagers. En 2019, 153 000 tonnes de ces produits ont été recyclées, pour 75 % en France, le reste en Espagne, Italie, Allemagne ou Pays-Bas. Soit un réseau de 24 partenaires industriels. Actuellement, plus de la moitié des collectivités françaises délègue la reprise de leurs emballages plastiques à Valorplast. Fort de son expérience et d’un réseau d’acteurs industriels construit sur le long terme, la société a choisi de renforcer son partenariat avec les collectivités territoriales en se penchant sur leurs gisements de plastiques issus de déchèteries. Après quelques expérimentations concluantes menées en 2020, les équipes de Valorplast ont démontré que ces plastiques rigides représentent un gisement national important à recycler et que des débouchés existent et sont identifiés. « L’objectif est de reconduire pour les plastiques de déchèteries, les garanties qui font aujourd’hui la force de notre modèle de recyclage des emballages ménagers : transparence, traçabilité et proximité », souligne Catherine Klein, directrice générale de Valorplast.

250 000 tonnes par an

 

Gisements de PE et PP

« En 2020, nous avons tout d’abord répondu à la demande de quatre ou cinq collectivités en Bretagne et sur le territoire de Besançon. Des sites pilotes ont été créés pour caractériser les gisements et identifier les acteurs locaux de la collecte et dutri, explique Eileen Marchall, ingénieur matériaux et coordinatrice de l’opération au sein de Valorplast. On estime qu’à l’échelle nationale, les plastiques déposés en déchèteries représentent environ 250 000 tonnes par an (environ 4 kg/an/hab). Ce gisement est constitué essentiellement de produits de notre quotidien complétés par des déchets issus d’activités professionnelles. Ce sont des cagettes plastiques, des mobiliers d’intérieur et extérieur (corbeilles, casiers de rangement, chaises, tables de jardin,…), des jouets de plein air (toboggans, bacs à sable…), des articles de sport et de loisirs, etc… pour lesquels il faut trouver des solutions de recyclage, en lieu et place de leur incinération ou de leur enfouissement ». Hausse de la TGAP oblige, les élus ont le souci de mieux gérer leurs déchets en déchèterie pour réduire leurs coûts de traitement et éviter l’élimination pure et simple.

Pour répondre à ces enjeux, Valorplast se positionne sur tout le cycle du recyclage : en amont avec l’identification et la qualification des flux aux côtés des collectivités locales ; en aval en alimentant les usines de régénération-recyclage. En complément, des actions de sensibilisation et de formation auprès des agents de déchèterie sont organisées pour garantir la qualité des flux. « Nous essayons d’associer les usagers en instaurant une signalétique claire pour aider au dépôt des objets en plastique. Au besoin, des caisses palettes sont installées devant les bennes, pour permettre à l’agent de la déchèterie de contrôler et vérifier le bon geste de tri » explique Eileen Marchall. Aujourd’hui, une vingtaine de sites sont désormais engagés dans cette opération et ont signé un partenariat avec Valorplast. A terme, l’objectif est de garantir la reprise de ces flux moyennant rachat de la matière en vue de leur recyclage. Les prix de reprise dépendent pour beaucoup des résines et du conditionnement (en vrac ou balles). Valorplast travaille actuellement sur le modèle économique de ce dispositif.

Une vingtaine de déchèteries concernées

 

En Bretagne, le groupe de gestion des déchets Tribord en association avec Rétrilog, entreprise d’insertion ont créé une plateforme de tri près de Brest, Retriplast, dans le cadre d’une expérimentation de 18 mois, lancée en mai 2021. Soutenue par la région, l’Ademe, et pilotée par Valorplast, cette opération permet de récupérer petit à petit les flux de plastiques rigides dans les déchèteries. Pour cela, des bennes ont été installées dans plusieurs déchèteries du Finistère et du Morbihan. Des bacs pour déposer des films plastiques et des calages en polystyrène expansé y sont associés. Sur la plateforme, une équipe de trieurs en insertion, un poste d’encadrant et un conducteur d’engin récupèrent et trient par catégorie de produits (cagettes, tuyaux, mobiliers etc.). Les produits plastiques sont ensuite mis en balle, puis expédiés vers leur propre filière de recyclage.

Mobilier en PP en vrac

Cette pratique se déploie sous la houlette de Valorplast sur d’autres territoires, en partenariat souvent avec des entreprises locales d’insertion pour le tri des plastiques. « Au fil de notre accompagnement sur le terrain, nous sommes parvenus à définir plusieurs flux distincts, tels que du PP chargé issu de mobilier de jardin (celui-ci étant séparé des autres gisements en PP en raison de sa charge), du PE/PP, du PS/ABS, des profilés en PVC, des tuyaux en PVC », détaille la coordinatrice du chantier. Sur certains sites, le PSE est également collecté et destiné à des transformateurs comme Knauf Industrie par exemple pour le réintégrer dans des produits isolants pour le bâtiment. Ce plastique très léger et volumineux peut être compacté en pain pour réduire son volume. Sur le territoire de Besançon, le syndicat de traitement a investi dans un compacteur sur sa plateforme de massification. Ou bien, il est mis en vrac pour être transporté sur de plus courtes distances, comme en Ile-de-France avec le Syctom de Paris. Le syndicat a rejoint l’expérimentation de Valorplast fin 2021. Deux sites accueillent notamment des bennes d’encombrants plastiques. A ce jour, cette expérimentation recense une vingtaine de sites, et ce n’est que le début au regard des besoins des collectivités et de l’intérêt des recycleurs. Si en 2020, peu d’opérateurs et de régénérateurs étaient mobilisés, la situation a changé avec une forte demande des régénérateurs et des transformateurs en quête de matière, souligne Catherine Klein.

10 000 tonnes collectées en 2023

 

Au total en 2021, 900 tonnes de matières plastiques rigides ont été collectées en vue de leur recyclage. Pour 2022, avec l’augmentation des collectivités partenaires, Valorplast vise les 3000 tonnes traitées et en 2023, espère atteindre 10 000 tonnes. « En déchèterie, ce n’est pas forcément le plastique qui est majoritaire, mais il devient problématique en l’absence de filières de recyclage clairement identifiées, alors que de nombreux débouchés existent pour ces résines, reconnaît Catherine Klein. Nous sommes avant tout pragmatiques face aux besoins et nous souhaitons en fonction des territoires, trouver les modèles les plus appropriés. Les élus veulent aujourd’hui des débouchés pour le recyclage des flux de plastiques rigides en croissance. Nous sommes là pour caractériser, aider à innover, et mettre en relation les acteurs de la collecte, du tri et de la régénération ». En partenariat avec les collectivités, Valorplast s’appuie avant tout sur l’existant pour créer des filières de tri. En fonction du nombre d’opérateurs locaux, le nombre de bennes varie pour accueillir les plastiques en mélange.

Benne de plastiques rigides en mélange

La plupart des flux trouvent des débouchés dans des applications classiques (bâtiment, automobile, bureautique, emballages objet de tous les jours). Pour d’autres résines, il faudra faire appel à l’innovation et à l’investissement. L’État soutient les projets de TPE et PME via le dispositif Orplast de l’Ademe et le lancement régulier d’appels à projets. Côté plasturgie, les engagements sont aussi présents, et c’est heureux, selon Valorplast. L’union des transformateurs français Polyvia, et le centre technique des plastiques et composites (IPC) aident à améliorer la recyclabilité des plastiques et travaillent sur des labels certifiant l’incorporation de plastique recyclé. Dans une perspective de collaboration multi-acteurs, rassemblant citoyens, élus, recycleurs et transformateurs, les plastiques rigides de déchèteries devraient trouver rapidement des solutions pérennes de valorisation. L’ensemble des travaux menés au coeur des territoires va ainsi permettre à Valorplast de partager ses connaissances avec les éco-organismes en amont, de travailler sur les bonnes pratiques de tri et d’améliorer la recyclabilité des produits.

Crédits : Valorplast

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