Prolonger l’usage d’équipements professionnels permet de répondre à des enjeux écologiques et économiques. Il s’agit bien souvent de matériels à forte valeur ajoutée, constitués de matières premières rares et coûteuses. C’est le cas des appareils de laboratoires. Face à des demandes de reprise et d’acquisition de matériels reconditionnés, la start-up française Rewake vient de lancer son activité. Un créneau porteur selon ses deux fondateurs qui envisagent leur première levée de fonds en fin d’année.
Paillasses, centrifugeuses, spectromètres, ou encore séquenceurs ADN font partie des équipements présents dans les laboratoires privés et publics, spécialisés dans les biotechnologies et la recherche médicale. Certains appareils dont le prix peut grimper jusqu’à 200 000 euros restent parfois inutilisés car inadaptés aux besoins. Faute de programme de reprise, ils sont stockés dans un coin, encombrent l’espace et prennent la poussière. Pour Paul Forget et Alban Catoire, tous deux ingénieurs et formés dans des grandes écoles de commerce, ce gâchis leur a donné l’idée d’offrir une seconde vie à ces équipements, associée à une garantie de qualité, et à des prix plus abordables. « Au cours de nos études respectives, nous avons constaté que les laboratoires de recherche disposaient de matériels dont ils ne savaient pas quoi faire, car inutilisés ou obsolètes. Les fabricants peuvent les reprendre. Mais l’issue reste bien souvent la destruction par le recyclage, quel que soit l’ état de l’équipement ». Face à ce non sens écologique et cette gabegie, les deux ingénieurs ont décidé de prendre les choses en main en développant une activité de reconditionnement. Pour cela, ils ont créé leur start-up Rewake en juillet 2023 et ont mené pendant trois mois, des études de prospective dans les laboratoires français. Premier constat : des difficultés récurrentes à se faire reprendre du matériel, même en bon état ou inutilisé. Sur 200 laboratoires étudiés sur le territoire, la demande de reprise est évaluée à 1,7 million d’euros de matériels, et la demande d’acquisition d’appareils reconditionnés représente environ 800 000 euros de revenus.
Trois catégories ciblées

Compte tenu des équipements les plus sollicités, Rewake cible trois catégories de produits à collecter, à remettre en état et à revendre. La première porte sur le tout venant qui comprend les équipements classiques et indispensables à tous les laboratoires, comme les paillasses, les centrifugeuses, les réfrigérateurs et tout le mobilier nécessaire. Pour ces équipements, il existe déjà un savoir-faire sur la réparation. La seconde catégorie concerne du matériel plus cher, en lien avec la culture cellulaire et la biologie moléculaire. Il s’agit bien souvent d’appareil en très bon état, ou neuf car non utilisé. Rewake souhaite comme son nom l’indique, réveiller des équipements endormis en leur donnant une seconde vie. « Le recyclage ne doit pas être la première et unique solution pour ces appareils. Nous voulons instaurer dans ce cas de figure des partenariats avec les fabricants pour mettre en place de la maintenance et de la réparation en bonne et due forme » insiste Paul Forget. Enfin, la troisième famille de produits touche du haut de gamme, en général du matériel customisé car très cher. On entre alors dans le domaine de la chimie analytique et la chromatographie en phase liquide et gazeuse. « Nous avons affaire à des spectromètres de masse bien souvent adaptés aux besoins des clients et dont la valeur peut grimper à plus de 200 000 euros. Nous avons également sur ce segment, des séquenceurs ADN dont la technologie et la performance évoluent assez vite. Ces équipements deviennent rapidement obsolètes, mais représentent un vrai enjeu pour la seconde main » ajoute Paul Forget.

Pour développer son activité industrielle autour du reconditionnement et de la revente d’appareils de laboratoire, Rewake ne veut pas se limiter à la gestion d’une place de marché en ligne. L’objectif est de disposer d’un espace physique, pour regrouper le matériel, le réparer et le remettre en état et constituer un stock de pièces détachées à moyen terme. Aujourd’hui Rewake travaille sur deux entrepôts de 100 m², l’un à Romainville (93) qui sert d’atelier, l’autre à Bourges pour créer un stock tampon. « Nous cherchons aujourd’hui un site plus grand d’environ 300 m² en région parisienne, là où se trouvent nos clients et fournisseurs potentiels, explique Paul Forget. Pour l’instant, nous travaillons avec des sous-traitants pour la réparation des appareils classiques, mais à court terme, nous voulons recruter un technicien réparateur et un commercial ». Pour les matériels très spécifiques, Rewake travaille en coopération avec les fabricants, prêts à aider dans le montage d’une filière de seconde main. Dans ce contexte, les deux ingénieurs sont formés lors d’opérations de maintenance pour monter en compétences sur le démontage et l’assemblage d’appareils. En contrepartie, Rewake récupère les équipements déclassés que les distributeurs ne peuvent pas vendre sous l’étiquette de produits neufs. Ces appareils sont commercialisés par Rewake qui prend une commission au passage.
Location et seconde main

Cette activité de niche évolue très lentement vers une prise de conscience circulaire. Et pourtant, les faits parviennent à bousculer les habitudes et les pratiques. Les fabricants de matériels de laboratoire se rendent compte en effet que les tendances évoluent vers plus de location et de seconde main. Les laboratoires ne cherchent plus systématiquement à acheter et veulent en même temps trouver moins cher en se tournant vers du reconditionné quand il existe. A peine créée, Rewake a déjà vécu cette transformation auprès des start-ups, des universités et même au sein des grands laboratoires publics. Ainsi lors de gros travaux de rénovation, l’Institut Pasteur a cédé dix tonnes de mobiliers à Rewake, évitant de payer des frais de curage. Partout en France, mais aussi dans les pays francophones limitrophes comme la Belgique et la Suisse, des opérations de reprise ont été organisées par la start-up française. Ses fondateurs ne négligent pas d’autres régions du monde avec de bons niveaux d’équipements comme les pays d’Europe de l’Est, ou l’Asie. L’Amérique du Sud pourrait également être un marché porteur pour les appareils de catégorie 3. A ce jour, Rewake a d’ores et déjà équipé 15 laboratoires et vendu une trentaine de matériels en France et en Europe francophone.
Le reconditionnement de ces matériels nécessite du savoir-faire, des techniciens formés et bien sûr un accès aux pièces détachées. Si Rewake table sur l’utilisation de pièces neuves constructeurs, l’entreprise souhaite pour des questions environnementales et économiques, se constituer rapidement un magasin de pièces détachées en propre, issues du démantèlement de matériels non réparables. Si des financements provenant de la French Tech et de prêts d’honneur ont permis de lancer l’activité, Rewake compte d’ici la fin de l’année, procéder à sa première levée de fonds. De quoi passer à l’étape supérieure : s’installer sur un site plus grand, s’équiper de systèmes de métrologie et de caissons de décontamination pour traiter les produits, mettre en place un magasin de pièces détachées, et créer rapidement deux nouveaux postes de techniciens-commerciaux.
Crédit : Rewake, Pixabay
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