Créer la première industrie du reconditionnement en France, c’est l’ambition d’Underdog, lancée il y a un an à Nantes. Marché ciblé de l’entreprise : le gros électroménager, reconditionné à 3 % du gisement récupéré à ce jour. Les trois fondatrices de la start-up visent en 2025, 50 000 produits reconditionnés. Avec deux enjeux de taille : sécuriser le sourcing et recruter de nouveaux techniciens pour développer leur activité.
Le reconditionnement en France, on en parle, mais on le pratique encore trop peu. En outre, toutes les familles de produits ne sont pas sur le même pied d’égalité. Quand 60 % des voitures vendues sont d’occasion, et que 12 % des smartphones récupérés sont reconditionnés, la part du gros électroménager ne représente que 3 %. Pourtant, chaque année en France, 25 millions d’appareils électroménagers sont jetés. Les structures reconnues dans la réparation comme Murfy* ou le réseau Envie promouvant l’ESS jouent un rôle important pour orienter le grand public vers le réemploi. Mais jusqu’à présent, aucune entreprise œuvrant à 100 % dans le reconditionnement du gros électroménager n’avait percé sur le territoire.

C’est désormais chose faite depuis août 2022 avec la création de la start-up nantaise Underdog, terme qui désigne plus couramment « l’outsider ». Les trois fondatrices Claire Bretton, Laura Chavigny et Léa de Fierkowsky ambitionnent de transformer le paysage de l’électroménager en France en prouvant que le reconditionnement à grande échelle est non seulement possible, mais nécessaire. Les trois jeunes femmes croient en la durabilité, l’accessibilité et le potentiel inexploité de l’électroménager reconditionné. Elles souhaitent contre toute attente, développer la première usine de reconditionnement en France avec un marché cible pour l’instant : le gros électroménager. Underdog a démarré son offre avec les lave-linge, sèche-linge et lave-vaisselle. Cet été, le GEM froid (réfrigérateur, congélateur, cave à vin) a complété le catalogue et en septembre prochain, les équipements de cuisson (four, cuisinière) viendront s’ajouter.
Sourcing et pièces détachées
Grâce à une première levée de fonds de 3,8 millions d’euros, un atelier de 1000 m² au coeur de Nantes a été aménagé pour accueillir les équipements en vue de leur remise en état et leur revente sur le marché national. Une dizaine de personnes en CDI y travaillent tandis que les activités administratives et commerciales sont réalisées par dix autres personnes. Underdog s’appuie sur deux sources principales de gisements provenant de la région nantaise : les produits issus de la distribution et des SAV d’un côté, la collecte d’appareils chez les particuliers de l’autre. Pour cette catégorie, les produits ont bien souvent autour de cinq ans d’âge. En panne et stocké au fond d’un garage, l’équipement est repris par les employés d’Underdog qui profitent de l’occasion pour vanter les bénéfices environnementaux et financiers d’un matériel reconditionné. Pour encourager une consommation responsable et économique, l’entreprise a lancé au printemps dernier son site de vente en ligne underdog.shop : des centaines de lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge reconditionnés à Nantes sont proposés jusqu’à -50% du prix du neuf, livrés, installés et garantis deux ans. Depuis le 21 août dernier et jusqu’au 1er octobre 2023, l’entreprise organise une campagne de sensibilisation tournée vers le grand public, visible sur son site Internet et son compte Instagram (@Underdogfr).

Après à peine un an d’activité, l’entreprise réussit à reconditionner 70 % des produits récupérés. Mais plusieurs freins de taille limitent encore notre progression, souligne Claire Bretton. Tout d’abord, la disponibilité des pièces détachées et leur prix, souvent trop élevé pour favoriser le réemploi d’un équipement. La réglementation n’encadre pas assez les prix des pièces neuves, ce qui pose problème pour un certain nombre d’équipements. Underdog utilise 50 % des pièces provenant de son propre stock. Le reste est racheté à des centrales spécialisées comme Planet Repair basé à Nantes. Autre frein, le matériel trop ancien peut s’avérer trop énergivore pour repartir dans le circuit de vente. Ce qui n’est pas réparé, est donc démantelé dans l’atelier pour récupérer les pièces détachées en bon état. Le reste part en filière de recyclage chez un partenaire local, Tri-Ouest qui gère la partie ferraille.
50 000 produits en 2025
Lorsqu’elles arrivent à l’atelier, les machines sont diagnostiquées, réparées et testées par des techniciens professionnels. Underdog maîtrise l’ensemble de la chaîne de valeur : de l’approvisionnement de produits défectueux à la revente de machines reconditionnées en passant par la réparation, les tests et le nettoyage complet. La marque répond ainsi à trois objectifs : assurer la meilleure optimisation de la logistique, limiter la consommation de ressources et faire rayonner le savoir-faire industriel français. Chaque mois, ce sont près de 1000 machines qui peuvent être réparées et ainsi trouver un nouveau foyer. L’objectif des fondatrices : reconditionner dès la première année d’exercice, 5000 produits et passer à 50 000 en 2025. Pour cela, Underdog devrait déménager l’an prochain dans la région nantaise sur un site de plus de 2000 m². Le projet est en cours. Mais Claire Bretton est lucide. En misant sur la croissance de son activité, le prochain défi qui attend Underdog, concerne le recrutement et la formation des futurs techniciens du reconditionnement. Pour accompagner son extension, l’entreprise compte doubler ses effectifs avec un enjeu fort sur la formation. Des partenariats locaux avec des lycées professionnels ont été signés. L’entreprise va également proposer des formations rapides de trois mois pour des personnes désirant se reconvertir dans le reconditionnement.
« Notre ambition est de devenir les leaders du marché en Europe d’ici trois ans » espère Claire Bretton. Une seconde levée de fonds envisagée plutôt en 2024, permettrait de viser le marché international et multiplier les ateliers de reconditionnement en France. Le marché de l’électroménager en vaut la peine. Chaque année, ce sont plus de 16 millions d’appareils neufs commercialisés en France. A l’instar d’autres acteurs de la réparation et du reconditionnement, la start-up échange avec les pouvoirs publics. Car pour accélérer la pratique, rien de tel que marteler les enjeux du secteur : sécuriser le sourcing pour les sortir des flux de déchets, renforcer le réemploi en misant sur la communication, engager plus de moyens dans la formation et le recrutement, proposer des appareils abordables et fiables pour le consommateur. La start-up est prête à relever le défi. Il en va de sa réputation et de son nom.
Envie : une longueur d’avance
Le marché est assez grand pour les nouveaux acteurs du reconditionné. Pourtant, il en est un qui a pris quelques longueurs d’avance et pour qui, la vente d’appareils électroménagers d’occasion rime avec valeurs sociales et ESS. Depuis 40 ans, le réseau Envie demeure le pionnier de la réparation et du réemploi d’équipements électriques de seconde main. En 2022, l’entreprise a remis sur le marché 150 000 appareils conformes aux normes techniques et de sécurité. Et chaque année, selon Jean-Paul Raillard, président du réseau Envie, 9000 appareils sortent de l’usine de Saint-Herblain près de Nantes, qui emploie 50 personnes. Ce n’est pas parce que nous mettons le pied à l’étrier de personnes éloignées de l’emploi, que nous faisons de l’artisanat, assure-t-il. En France, cela représente au total une trentaine de sites traitant des équipements selon des processus industriels éprouvés. Tous les ans, le réseau permet en outre à 3000 salariés en insertion professionnelle d’acquérir des compétences et de retrouver un emploi dont une partie dans la réparation. Pour la direction d’Envie, l’arrivée de nouveaux acteurs dans ce secteur ne peut que favoriser l’attractivité de cette pratique chez les consommateurs. Avec quelques craintes toutefois sur le sourcing. Le déploiement du reconditionnement, c’est en effet le risque de voir émerger des entreprises qui cherchent surtout à capter les appareils de qualité pour des raisons de rentabilité, et par écrémage, contribuent à appauvrir les structures historiques du réemploi.
* Outre son activité de réparation (29 000 appareils réparés en 2022), Murfy a reconditionné 2400 appareils en 2020 et plus de 10 000 à l’été 2023. Objectif : 20 000 appareils reconditionnés à la fin de cette année.
Crédit : Underdog
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