Pour gagner des parts de marché et convaincre les professionnels du bâtiment, les acteurs du réemploi de matériaux doivent surmonter deux difficultés majeures : le stockage et le transport. dans cette démarche circulaire, la logistique peut anéantir tous les bénéfices environnementaux recherchés. C’est pourquoi, tout projet immobilier doit associer l’organisation logistique en amont. Exemple à Paris, avec Smart Construction Logistics et la plateforme des Ulis.
Les partenaires du projet Saint-Vincent-de-Paul à Paris ont souhaité intégrer dès l’amont, la mise en œuvre d’une logistique des flux mutualisée autour du réemploi et de la gestion des déchets. Sur le site, pas moins de huit chantiers de construction et de réhabilitation sont prévus d’ici 2028. Le site est exigu, contraint par un accès unique et largement occupé par des bâtiments patrimoniaux conservés. La circulation de poids lourds, mais aussi le stockage des matériaux dans l’enceinte du chantier soulèvent des questions logistiques, que Paris & Métropole Aménagement a voulu anticiper. Des synergies entre parties prenantes sont ainsi envisagées dans la logistique, secteur à fort impact environnemental et financier. Selon le booster du réemploi consacré au bâtiment, 40 % des coûts dans un projet de réemploi de matériaux, concerneraient la logistique, le stockage et le transport. Si l’on veut développer cette démarche, il faut rapidement trouver des solutions opérationnelles capables de limiter le stockage, affirme Jérôme Rouge, conseiller en gestion de chantier et initiateur de Smart Construction Logistics.
Ce regroupement est composé de KS Services (mandataire) pour la gestion de la logistique opérationnelle sur la plateforme interchantiers et sur le site ; d’IMMA pour les études logistiques, la conduite du changement et l’accompagnement des acteurs ; et de Balme Conseil pour la direction de projet et l’expertise supply chain. En 2021, ce groupement a signé un accord cadre avec Paris&Métropole aménagement pour mettre en œuvre une solution globale mutualisée, qui comprend l’exploitation d’une plateforme logistique déportée, basée aux Ulis (91). A cela s’ajoutent un ensemble de services apportés aux entreprises, ainsi que des prestations d’étude et d’accompagnement. Sur la ZAC Saint-Vincent-de-Paul, les entreprises de second œuvre utiliseront donc ce service de logistique mutualisée. L’enjeu est considérable car, en l’absence de mutualisation, indique l’aménageur, les volumes de matériaux de second oeuvre sont estimés à 11 200 palettes, soit 1 120 camions de livraison sur 24 mois pour huit principaux chantiers.
Massifier les flux de chantier
L’objectif est avant tout de massifier et de transporter des flux entre le chantier parisien et la plateforme logistique basée aux Ulis. Un entrepôt de 2000 m² avec une capacité d’extension accueillera en 2024, les premiers matériaux de réemploi issus de la ZAC et les matières premières à destination du site. La prestation de base portera sur environ 80 % des flux concernés (hors gros œuvre). Selon les demandes exprimées par les entreprises, la plateforme pourra proposer des prestations complémentaires comme l’assemblage de matériaux, l’aide au stockage, à la manutention et au tri de matières issues du réemploi. Un atelier au sein de la plateforme y sera consacré. La collecte des déchets de chantier en vue de leur traitement, le déballage des palettes réceptionnées et le regroupement de différents articles à poser ensemble par l’entreprise seront aussi possibles. Ces prestations seront à la charge de chacune des entreprises intéressées.
L’organisation logistique innovante s’attaque ainsi à la gestion des déchets et au tri sept flux. En concertation avec les éco-organismes de la REP PMCB, les partenaires du chantier vont d’ici quelques mois mettre en place la gestion des déchets sur le site avant de les acheminer vers les filières de recyclage. Cette action démarrera avec le lancement des travaux de second œuvre en 2024 qui générera des déchets de plomberie, chutes de pose, emballages cartons et autres. Selon les besoins, les évacuations seront affinées et optimisées grâce à l’installation de contenants et big bags réservés en pied de chantier. Pour répondre à la collecte de déchets et éviter leur entassement sur le site, faute d’espace, les camions entrant pour décharger les matières premières, repartiront vers la plateforme des Ulis avec des flux de matériaux réemployables ou des déchets valorisables. La logistique inversée sera majoritairement utilisée pour limiter le trafic de camions. Tout ce dispositif va se construire au fur et à mesure des avancées des travaux, même si cela nécessite un peu d’anticipation. « Dans cette nouvelle organisation, les échanges entre entreprises et corps de métiers sont indispensables, insiste Jérôme Rouge. Nous voulons avec cette innovation, casser les silos entre le secteur des matériaux neufs, celui du réemploi et les opérateurs des déchets. Cette gestion des flux traitée dans sa globalité doit devenir la règle du jeu ». Chaque entreprise pourra y trouver un intérêt environnemental et économique.
Digitaliser la supply chain du BTP
Cette plateforme logistique des Ulis tournée vers plus de circularité n’est que le début pour Jérôme Rouge. Smart Construction Logistics veut aller plus loin en s’appuyant sur la digitalisation de la supply chain du BTP, via la planification de chantiers. Cet outil permettra notamment aux entreprises de passer leurs appels de livraison en ligne. Le groupement pilotera le dispositif grâce à une solution digitale traitant les données d’approvisionnement et de stock, de transport, de planning de chantier et de consommations carbone. Cela pourrait se traduire par la mise en relation des planning architectes et matériaux ; le renforcement de la gestion et du tri des déchets sur chantier ; le développement des diagnostics ressources ; la visibilité des stocks ; et le partage d’informations sur le métabolisme urbain. Avec en ligne de mire, le rapprochement entre offres et besoins de matériaux sur un territoire donné. L’accord cadre prévoit la mise en place d’indicateurs de performance, un reporting continu grâce aux données collectées par le système d’information, ainsi qu’une évaluation à la fin des chantiers.
Partie prenante d’autres projets immobiliers parisiens sur le quartier de Porte de la Chapelle ou encore à Lyon Confluence, Smart Construction Logistics veut réinventer la logistique à travers la circulation mutualisée de tous les flux, tenant compte de l’empreinte carbone. La plateforme des Ulis est une première étape qui vise à perdurer et à se répéter. « A l’instar de ce qui se passe à Londres depuis quelques années, pourquoi ne pas envisager de créer sur le territoire du Grand Paris, un nouveau hub logistique similaire dans le Nord de Paris, pour être au plus près des chantiers, espère Jérôme Rouge. La REP PMCB devrait également s’emparer du sujet pour optimiser l’évacuation des déchets de chantier, massifier et faire circuler par les mêmes canaux, matériaux neufs et de réemploi ».
Crédit : Pixabay, CM
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