Réemploi de PMCB : la filière entre dans le dur

Des pratiques encadrées et harmonisées pour rassurer

Près d’un an après le lancement de la REP PMCB, les éco-organismes mettent en pratique leurs plans d’actions sur le réemploi des matériaux inertes et de second œuvre. Chez Valobat et Ecominero, on entre dans le vif avec le lancement d’AMI pour tester plusieurs chantiers. Objectif : identifier les obstacles et les bonnes pratiques qui serviront à la création de référentiels et guides méthodologiques pour les professionnels du bâtiment.

Après validation de son plan d’actions par les pouvoirs publics début novembre, Ecominéro entre dans le dur. L’éco-organisme agréé se fixe déjà le cap de 2028 pour atteindre 5 % de réemploi et de réutilisation. Pour y parvenir, il va travailler sur cinq axes stratégiques : promouvoir le réemploi des PMCB auprès de l’ensemble des acteurs ; accompagner l’expérimentation sur chantier de la récupération des PMCB de réemploi ; aider au développement des plateformes et des activités de réemploi ; progresser dans l’utilisation des PMCB issus du réemploi dans les nouveaux ouvrages ; engager les metteurs en marché dans le réemploi. Un axe transversal sur la traçabilité est également prévu. Ce plan implique également une collaboration étroite avec l’ensemble de l’écosystème de la construction : donneurs d’ordre, utilisateurs de PMCB de réemploi, prescripteurs, acteurs de la démolition ou de la réhabilitation en passant par l’enseignement supérieur. Ecominero envisage en outre de signer des partenariats avec Ecomaison et Valdelia pour mutualiser sur les chantiers, la logistique des deux flux, inertes et de second œuvre.

Reconnaissance assurantielle

 

Mathieu Hiblot (Ecominero)

Prochaine étape, lancer d’ici à la fin de l’année, un AMI visant une cinquantaine de chantiers expérimentaux. « Pendant un an, l’objectif est d’observer les pratiques et d’identifier les freins concernant entre autres la dépose préservante, ou l’organisation de la reprise des flux » indique Mathieu Hiblot, directeur délégué d’Ecominéro. Les candidatures proviendront du territoire métropolitain et ultra-marin. Parmi les produits visés, Ecominéro se penchera notamment sur le réemploi des tuiles, des briques et des équipements sanitaires en céramique. A ce titre, l’éco-organisme comme ses homologues de la REP PMCB collaborent au projet Spirou * qui s’appuiera sur les premiers retours d’expérience, pour valider et publier des référentiels et des guides méthodologiques de bonnes pratiques. L’harmonisation des modes opératoires existants permettra d’avancer sur la sécurisation des pratiques et de rassurer l’ensemble des acteurs, dont ceux de la maîtrise des risques. La reconnaissance assurantielle fait partie des préoccupations majeures de la filière. « Pour donner confiance aux professionnels du bâtiment, la prise de contact avec le monde de l’assurance du bâtiment est une priorité, explique Mathieu Hiblot. Aujourd’hui, en l’absence de suivi sur le réemploi des produits, contrairement au suivi des déchets de chantier, personne ne peut encore vraiment mesurer les impacts sur le plan technique, traçabilité, sécurité ». Autre enjeu pour Ecominéro, la création des zones de réemploi au sein des déchèteries publiques, et l’accompagnement des plateformes de réemploi. L’éco-organisme envisage un soutien au fonctionnement des sites et au cas par cas. « Au fur et à mesure de leur déploiement, les plateformes en charge de collecter, trier et stocker les matériaux à réemployer vont procéder naturellement à la traçabilité des produits. Aidé par les diagnostics ressources, le réemploi gagnera ainsi peu à peu l’estime des professionnels de la filière » assure Mathieu Hiblot.

Ecominéro en chiffres

Avec plus de 2400 adhérents pour la catégorie 1, Ecominéro représente près de 90 % des volumes des produits et matériaux inertes pour la construction des bâtiments mis en marché en France. Soit le soutien de plus d’un million de tonnes de matières. Avec ses 1500 points de collecte répartis sur l’ensemble du territoire (y compris les Dom-Tom), Ecominéro prévoit d’atteindre 5000 points d’apport volontaires au premier trimestre 2024.

Chantiers expérimentaux

 

Les Canaux (Paris 19e) bâtiment emblématique du réemploi

Alors que le cahier des charges de la REP PMCB fixe le réemploi à 2 % en 2024 et à 4 % en 2027, Valobat préfère ne viser aucun objectif pour le moment. « Tout est en train de se construire, nous n’avons pas assez de données pour anticiper cette activité. Le plus important c’est la feuille de route et la manière dont le travail collectif va se mettre en place » assure Hervé de Maistre, président de Valobat. Sans minimiser le poids du réemploi dans la REP PMCB, Valobat veut au contraire créer toutes les conditions pour créer un nouveau marché à part entière, qui implique création d’emplois, équilibre entre l’offre et la demande, pérennité de l’activité économique et inclusion de l’ESS. Ce plan comme nous l’avions déjà annoncé dans un article du 21 septembre 2023, se déroulera en deux temps. Jusqu’à fin 2024, une phase d’expérimentation va permettre de tester de nouveaux dispositifs, et sensibiliser les démolisseurs à la déconstruction sélective. Une étape nécessaire avant de déployer entre 2025 et 2027, les pratiques et les outils issus des retours d’expérience. Sur le terrain tout d’abord, environ 350 chantiers volontaires vont être sollicités pour tester l’efficacité des soutiens financiers (diagnostics ressources, AMO d’accompagnement au réemploi, dépose sélective, transport etc.). Un AMI (appel à manifestation d’intérêt) vient d’être lancé pour sélectionner trois ou quatre plateformes physiques comme Cycle up, ou Mobius avec à la clef, 300 000 euros d’aide au développement. A partir de 2024, une aide à l’activité à hauteur de un euro la tonne de matériau réemployée sera mise en œuvre, ainsi qu’un soutien opérationnel prévu pour la collecte des déchets sur ces plateformes.

Valoriser les métiers du réemploi

 

Récupération de sanitaires chez les Bâtineurs

En parallèle, Valobat souhaite embarquer rapidement les maîtres d’ouvrage à travers la publication d’un document juridique et assurantiel autour du réemploi des produits et matériaux. Selon Jérôme d’Assigny, directeur des Affaires publiques, de la relation aux Collectivités et à la maîtrise d’ouvrage Chantiers, cela va aider à mettre en confiance les destinataires de matériaux réemployés. Les artisans et entreprises de travaux ne seront pas négligés avec des programmes de formations pour valoriser leurs métiers sur le réemploi. Valobat compte déjà 650 points de collecte en France, et un partenariat en cours avec une EPCI d’Ille-et-Vilaine pour intégrer la reprise en déchèterie publique. A court terme, des zones de réemploi seront installées sur les points de reprise sans frais des déchets issus de chantiers et destinés aux acteurs du réemploi avec priorité aux structures de l’ESS. Pour structurer l’offre de matériaux, l’éco-organisme va soutenir des études de normalisation et proposera plusieurs outils comme des guides de déconstruction soignée, des process de dépose et requalification de matériaux qui rencontrent des contraintes techniques (charpentes en bois et en métal), un document sur les méthodes de stockage, de conditionnement et de transport adaptées, un document co-construit à partir de groupes de travail organisés avec les assureurs. Des annuaires digitaux pour les acteurs du réemploi concernant la France métropole, la Martinique et la Guyane seront créés et actualisés au fil du temps pour faciliter la mise en relation entre l’offre et la demande. Début 2024, Valobat dévoilera les premiers résultats d’une étude lancée en partenariat avec ESS France et trois régions (AuRA, Normandie et Bretagne) pour identifier les flux à l’échelle locale et organiser les circuits de collecte, de stockage et de transport adaptés.

Boosters régionaux du réemploi

 

Après le lancement en mai 2022 d’un premier Booster local en région Auvergne Rhône-Alpes, le Booster du Réemploi représenté par A4MT a déployé en septembre 2023, un programme dans les Hauts-de-France en partenariat avec le CD2E. Les maîtres d’ouvrages rejoignant le dispositif s’engagent à se fournir en matériaux de réemploi issus d’anciens bâtiments déconstruits pour développer leurs projets de construction et de rénovation. Ils bénéficieront de l’expertise technique des équipes du Booster du Réemploi pour les accompagner sur leurs projets et à travers des sessions de formation mensuelles en présentiel. L’objectif : accélérer la structuration et la massification de la pratique du réemploi pour créer un effet d’entraînement à l’échelle régionale. L’opération est soutenue par CD2E qui mobilise et anime un réseau de plus de 200 professionnels dans les Hauts-de-France autour des enjeux du bâtiment durable, des énergies renouvelables, de l’économie circulaire et des achats publics durables. Le territoire des Hauts-de-France bénéficie déjà de plusieurs expériences pertinentes sur le réemploi dans le bâtiment grâce à une structuration de l’offre de matériaux. De nombreuses initiatives publiques (Métropole Européenne de Lille, Ville de Roubaix, Département du Nord,…) mais aussi privées (Réempro, Textifloor, Opal Réemploi, Zerm, ELAN, Neo Eco, Citymix Architecture entre autres…) ont vu le jour. Selon la dernière étude de la CERC (Cellule économique régionale de la construction), dans la région Hauts-de-France, en 2021 : 16,7 Mt de déchets ont été produites par les entreprises du BTP, auxquelles se sont ajoutées 1,7 Mt accueillies par les installations régionales, mais de provenance extra-régionale (principalement Ile-de-France) et 4,1 Mt ont été réemployées ou réutilisées sur les chantiers.

Pratiques harmonisées

Le projet SPIROU (Sécuriser les Pratiques Innovantes de Réemploi via une Offre Unifiée) a été lancé fin 2022 pendant deux ans. Soutenu par l’Ademe, il propose d’harmoniser les pratiques de réemploi et leur sécurisation, afin d’accélérerleur reconnaissance assurantielle. Les quatre partenaires – CSTB (coordinateur du projet), A4MT (le Booster du Réemploi), Qualiconsult et Mobius Réemploi – se sont accordés sur 10 typologies de PEM (produits, équipements, matériaux)* sur lesquelles seront développés ces guides méthodologiques et modes opératoires partagés et reconnus. Aboutissement des travaux de recherche, ces ouvrages proposeront des process et protocoles expérimentaux de caractérisation et d’évaluation des performances des PEM à réemployer. Plus de vingt critères ont été pris en compte pour le choix de ces familles, dont la taille des gisements disponibles, la raréfaction du produit neuf, les surcoûts liés à la dépose et au transport, les besoins exprimés par les maîtrises d’ouvrage, les types de performances à évaluer sur le PEM en vue de son réemploi, les risques engendrés pour le nouvel ouvrage, et l’existence de retours d’expérience significatifs et documentés.

*Bloc-portes en bois et bloc-portes coupe-feu en bois ; appareils sanitaires en céramique ; dalles de moquettes ; charpentes industrielles en bois (à fermettes) ; radiateurs à eau (fonte et/ou acier) ; armoires électriques et protections modulaires ; luminaires ; briques à mortier de chaux ; bardages minéraux ; conduits de ventilation rigide en galvanisé.

Crédit : Hervé Thourou, Les Bâtineurs

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