Les Français sont-ils prêts à plus de sobriété ?

Une campagne d’information pour « désacheter »

Les études sur la consommation des Français et les moyens de préserver les ressources sont nombreuses au sein de l’Ademe. Basées sur des enquêtes d’opinion, et des retours d’expériences, elles donnent le cap de la politique environnementale française. Dans un contexte inflationniste difficile et répondant à la nécessité de réduire l’impact carbone, l’Ademe invite les Français à plus de sobriété dans une nouvelle campagne de sensibilisation. La première d’une longue série qui touchera en 2024 les entreprises et les collectivités locales.

Les résultats du nouveau baromètre d’opinion de l’Ademe intitulé « Sobriétés et modes de vie » laissent d’emblée apparaître un comportement général plutôt vertueux et responsable. Selon l’enquête réalisée en ligne entre le 21 juillet au 16 août 2023 auprès d’un échantillon de 4 000 personnes représentatif de la population, âgées de 18 à 75 ans, 41 % estiment que la sobriété est plutôt une bonne chose et une majorité est favorable à l’adoption de nouvelles règles collectives sur nos modes de vie pour réduire les inégalités. Parmi elles : promouvoir les produits réparables et solides avec plus de normes, interdire certains produits, donner la priorité aux filières locales ou européennes. Bref, une critique du consumérisme manifeste mais pas forcément remise en cause dans ses propres pratiques. Comme souvent dans ce type d’enquête, le diable se cache dans les détails. Si 83 % des Français considèrent que « les gens consomment trop », seulement 28 % estiment qu’ils sont concernés par cette surconsommation alors que 73 % pensent même qu’ils consomment moins que la moyenne des Français.

Les hauts revenus sont les plus polluants

Qu’est-ce qu’un produit nécessaire ? A cette question, les Français font remonter quatre produits de consommation : le lave-linge pour 89% d’entre eux, la voiture (84%) et la télévision (82%), et le smartphone (81%). En ce qui concerne le produit ou service superflu, 87 % pensent au smartphone de moins de deux ans et à l’achat de vêtements à chaque saison, ou encore se faire livrer ses achats sur internet en moins de 24h (83 %). Mais ces jugements varient selon l’âge et la provenance géographique des personnes interrogées. Le clivage est assez net sur la mobilité (déplacements en avion, possession d’une voiture, ou bien pratiques du shopping et abonnement à des plateformes numériques). Sans surprise, les hauts revenus sont les plus polluants car leur pouvoir d’achat les conduit à une consommation débridée (immobilier, déplacements, etc).

Face à ces informations qui imposent d’agir plus sur les modes de consommation et la sobriété, le ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires et l’Ademe ont lancé une nouvelle campagne de sensibilisation « Posons-nous les bonnes questions avant d’acheter ». C’est le début d’une série de plusieurs volets déclinés sur trois ans. Le premier cible le grand public pour l’inciter à consommer de manière plus responsable. Cette campagne se traduit jusqu’au 4 décembre 2023 par la diffusion de quatre spots en adoptant un ton plutôt humoristique, qui met en scène le personnage de « dévendeur ». Ces messages concernent les achats physiques et en ligne. Le site www.epargnonsnosressources.gouv.fr est associé à cette opération de sensibilisation. Il comporte un annuaire des adresses où emprunter, louer, réparer, acheter d’occasion. Remplaçant le site actuel www.longuevieauxobjets.gouv.fr il proposera des tutos réparation, un kit d’outils à partager entre voisins, un index des labels environnementaux.

Entreprises et collectivités

 

Le « dévendeur » de l’Ademe au cœur d’une campagne d’information jusqu’au 4 décembre 2023

Mais pour les pouvoirs publics, la transition écologique doit s’inscrire dans une dynamique collective qui repose sur des stratégies d’entreprises. Par conséquent, d’autres volets de la campagne seront déployés début 2024 à destination des professionnels. L’idée est d’engager les entreprises dans la même démarche, vers des modes de conception, production et distribution plus vertueux. Pour rester compétitives, elles doivent faire évoluer leur modèle économique et leur modèle d’offre. L’Ademe soutient déjà plus de 15 000 entreprises depuis 2014 dans leur stratégie d’éco-conception ou d’économie de la fonctionnalité. Ce changement de modèle vise à sortir du principe basé sur le « volume » (augmenter le chiffre d’affaires et les bénéfices passe par l’augmentation des ventes de biens et donc des consommations de ressources). Les collectivités locales sont également sollicitées pour mobiliser leur territoire en faveur de l’économie circulaire. En 2023, l’Ademe a formé 30 000 maires et 470 collectivités couvrant 50 % de la population, suivent le programme « Territoire engagé Transition écologique ».

Ressources en jeu

L’Ademe rappelle que dans le monde, en moyenne 340 mégatonnes de matières premières (biomasse, minerais métalliques, minéraux non métalliques, combustibles fossiles) sont importées et mobilisées chaque année pour fabriquer des biens de consommation textiles, électroniques et électroménagers. Et de prendre l’exemple d’un lave-linge de 80 kg qui mobilise 2,1 tonnes de matières premières tandis qu’ un téléviseur de 11 kg en mobilise 2,5 tonnes.

Bon à savoir :

La semaine européenne de réduction des déchets du 18 au 26 novembre 2023

Crédit : Pixabay, Ademe

A lire aussi :

Le Club de la Durabilité en appelle à la sobriété

L’achat d’occasion ne rime pas encore avec sobriété

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article