L’éco-conception, moteur de la loi allemande sur les emballages

Les fabricants appelés à plus d’éco-recyclabilité

Le futur bureau central du registre des emballages (ZSVR), nouvelle autorité allemande en charge de contrôler le recyclage des emballages à partir de janvier 2019, vient de présenter une pré-orientation pour mesurer les effets positifs de l’éco-conception des emballages sur le recyclage. Si tous les matériaux sont concernés, les matières plastiques sont particulièrement ciblées. En Allemagne comme en France, les mesures en faveur d’une « éco-recyclabilité » sont lancées. Avec les premiers résultats attendus l’an prochain.

La nouvelle ligne stratégique de la législation allemande fait l’objet depuis le 22 juin, d’une procédure de consultation avec les parties prenantes (fabricants, opérateurs, recycleurs), en accord avec le ministère fédéral de l’Environnement. En arrière-plan, l’objectif est de permettre à la nouvelle loi sur les emballages de renforcer la responsabilité du producteur vis-à-vis des emballages mis sur le marché. En d’autres termes, dès la conception du produit, les impacts environnementaux doivent être pensés et visibles dans le prix. « L’emballage a fondamentalement une fonction importante de protection, mais sur le plan de la prévention et de la valorisation, il existe encore une large marge de progression » souligne Gunda Rachut, représentante du bureau central.

Les préconisations de cette orientation seront normalisées et obligatoires à partir de 2019 pour les dispositifs de gestion en place, qui organisent en Allemagne la collecte et le traitement des sacs jaunes. Selon Gunda Rachut, la valorisation des emballages non ou difficilement recyclables doit coûter plus cher aux producteurs. Les emballages qui au contraire, peuvent être réintégrés dans le flux de nouvelles matières premières et redevenir de nouveaux produits et emballages, seront mieux considérés. L’évaluation de la recyclabilité d’un emballage est certes différente de matière à matière. On ne peut pas évaluer de la même façon, la recyclabilité d’un emballage en verre ou en papier avec un emballage composé de plusieurs matériaux, ajoute-t-elle.

Mesures simples sur l’éco-conception

 

La nouvelle loi allemande sur les emballages exige que la future norme minimale en vigueur considère l’existant. Ainsi, le nouveau calcul sera mis en œuvre sur la base des pratiques actuelles en termes de tri et de séparation des emballages mais aussi d’incompatibilité au recyclage en fonction des technologies en vigueur. « Seule la part qui sera effectivement recyclée, intègrera le nouveau calcul de recyclabilité du produit. Ce sera le cas pour un emballage constitué de plusieurs matières, dont une seule est recyclée ». Souvent, les plus grands effets sur l’environnement peuvent être atteints par des mesures simples, indique Gunda Rachut. Il est essentiel dans le cas d’une bouteille que la forme et l’étiquette n’empêchent pas sa détection. Une bouteille laquée ou vernis, en verre ou en plastique, dotée d’une étiquette d’une autre matière ne pourra donc pas être triée. Sa recyclabilité sera nulle. Au mieux, elle finira dans le mauvais flux de tri avec comme résultat, le recyclage de l’étiquette, donc une recyclabilité très faible.

Les fabricants auront besoin d’un peu de temps

Les nouvelles obligations portant sur une orientation plus écologique du financement du dispositif de gestion des emballages entreront donc en vigueur à partir du 1er janvier 2019. Au 1er juin 2019, les systèmes duals allemands devront remettre un premier rapport sur la manière dont ces obligations ont été transposées. Avec la publication du pré-programme d’orientation, le bureau central du registre des emballages et le ministère de l’Environnement veulent donner aux dispositifs en place, la possibilité de développer très tôt des incitations financières en faveur du recyclage des emballages. Gunda Rachut reconnaît que les fabricants auront besoin d’un peu plus de temps pour adapter leurs machines de production d’emballages ou mettre au point de nouveaux procédés. « Nous souhaitons très vite, mettre toutes les informations nécessaires à disposition pour favoriser l’innovation ».

La part des différents types de déchets outre-Rhin par hab/an. Les emballages ne représentent que 32 kg.

La consultation vient de démarrer. Les parties prenantes peuvent s’exprimer jusqu’au 17 août 2018. Le bureau central examinera les différentes positions de chacun et en accord avec le ministère, finalisera le programme d’orientation en vue de son application. Sur le fond, fabricants d’emballages et opérateurs sont contraints outre-Rhin, selon l’ordonnance actuelle de s’assurer du recyclage ou d’une valorisation à forte valeur ajoutée, de tous les emballages qui sont valorisés par la filière de gestion des sacs jaunes. En pratique, les fabricant/opérateur délèguent cette mission au système dual contre une contribution. Du fait que les taux de recyclage seront renforcés avec la loi sur les emballages, la contribution des systèmes actuels seuls ne suffit plus. Les fabricants doivent désormais agir sur le recyclage en pensant entièrement leurs emballages pour être en conformité avec le principe de responsabilité du producteur.

Citeo s’accroche au FEEL

 

L’Allemagne n’est pas le seul pays à emprunter la voie de l’éco-conception comme tremplin pour renforcer le recyclage. En France, où le taux de recyclage des emballages tourne autour de 26 %, l’action politique a choisi de s’emparer du sujet. La feuille de route sur l’économie circulaire publiée en avril dernier favorise l’éco-conception dans deux de ses cinquante mesures (n° 11 et 12). Si l’on peut déplorer l’insuffisance de ce critère dans la stratégie politique, des acteurs comme l’éco-organisme Citeo sur la gestion des emballages ménagers et des papiers, ont pris les devants pour favoriser l’éco-modularité. « Répondez à quelques questions et découvrez comment améliorer la performance environnementale de vos emballages. Cet outil gratuit vous permet en 15 minutes d’évaluer l’éco-conception de vos emballages et d’identifier vos leviers d’amélioration ». Telle est en substance ce qui attend l’entreprise lorsqu’elle se connecte au nouvel outil FEEL. Ce facilitateur d’éco-conception en ligne a été lancé le 21 mais dernier. Il est censé aider les entreprises à améliorer l’impact environnemental des emballages. Citeo met en avant sa capacité à produire un diagnostic en ligne en un temps limité. L’entreprise peut choisir le type d’emballage à analyser, le matériau majoritaire qu’il contient, et son secteur d’activité. Elle se laisse alors guider pour obtenir une revue complète de son ACV en un quart d’heure chrono. A l’issue d’un questionnaire, le bilan des réponses s’affiche automatiquement. A la clef : un plan d’action personnalisé associé à des pistes de travail. Le niveau de difficulté est mentionné pour chaque action avec la possibilité d’accéder à des bonus sur la contribution.

Le recyclage des plastiques ne débute pas par la collecte mais par la conception »

Au niveau européen, l’éco-recyclabilité est devenu un réel enjeu, en particulier dans le monde de plastiques. « Il y a un besoin urgent de changer la façon de produire, de consommer et de jeter nos déchets. C’est notamment le cas pour les plastiques qui ont besoin d’être re-conçus et leur gestion en fin de vie repensée ». Voici en quelques termes, ce qui anime aujourd’hui l’association Plastics recyclers Europe et son directeur, Antonino Furfari. Augmenter la collecte, trier efficacement, récupérer un maximum de valeur dans la matière pour en faire de nouveaux produits industriels : ce sont ces étapes qui feront la différence. Mais pour y parvenir, tout le monde reconnaît (fabricants, producteurs, fédérations professionnelles et recycleurs) qu’une nouvelle approche en termes de conception est incontournable. L’industrie doit commencer à concevoir ses produits en pensant à leur recyclabilité, assure Antonio Furfari : « Le recyclage des plastiques ne débute pas par la collecte mais par l’éco-conception, une garantie indispensable pour une collecte, un tri et un recyclage de qualité ».

Fonctionnalité et recyclabilité

 

Concilier d’un côté la fonctionnalité des plastiques en vue de préserver, résister, protéger des produits alimentaires et garantir la recyclabilité de l’emballage plastique en fin de vie devient une gageure pour l’industrie, mais elle n’a pas le choix, indique l’association des recycleurs. Cette recyclabilité du produit est sa capacité à être collecté, trié, et recyclé d’une manière efficace et viable en vue de fabriquer des recyclats de haute qualité pour fabriquer entre autres de nouveaux emballages aptes au contact alimentaire. Une conception bien pensée peut aider à cela.

Balles de bouteilles plastique mélangées avant le tri

Pourtant, les recycleurs européens continuent de déplorer l’existence de flux importants de polymères inséparables, d’additifs en excès, ou de matières en mélange dans les produits industriels. Toutes ces matières étant souvent incompatibles avec un recyclage viable de qualité. Au niveau européen, un outil en ligne sur la recyclabilité des emballages en plastiques, baptisé RecyClass est sorti en mai dernier. Des experts du recyclage ont travaillé ensemble pour définir un mode d’emploi en terme d’éco-recyclabilité. Les meilleures pratiques européennes, en termes de technologies de recyclage ont été passées en revue et analysées, pour permettre aux entreprises d’adapter leurs produits lorsqu’ils arriveront en fin de vie. Plusieurs aspects du design sont abordés comme la couleur, les effets barrières, les étiquettes, les adhésifs, les bouchons, etc. La recyclabilité d’un produit est évaluée sur une échelle de A à F. Les entreprises intéressées peuvent également consulter la plateforme RecyClass qui fournit des conseils personnalisés avec la possibilité de certifier les produits des industriels concernés. Si l’emballage est désormais passé au crible de la recyclabilité, la conception d’un produit ne peut s’arrêter à ce seul critère sur le plan environnemental. Mais chaque chose en son temps. Le recyclage est pour l’instant le cheval de bataille de l’Europe. Les objectifs fixés n’attendent pas.

Crédit : Suez, Umweltbundesamt

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