Hedj redonne vie aux textiles professionnels usagés

Un nouveau départ pour l’ancienne marque Second Sew

Passer de la revalorisation de linge de maison pour enfants à la transformation de textiles professionnels en fin de vie, c’est le basculement opéré par Second Sew en devenant Hedj. Encouragée par la mise en place du 8e flux textiles, l’entreprise nantaise s’adresse à tous les acteurs économiques de sa région, et souhaite créer un réseau de savoir-faire porté par l’ESS.

Avec pour slogan « Transformez plus que vos textiles », Camille Brun-Jeckel, présidente de l’entreprise Hedj veut apporter une valeur ajoutée à ses produits au-delà du simple recyclage. Dans une vie antérieure pas très lointaine, la fondatrice de la marque Second Sew lancée en 2018 revalorisait d’anciens linges de maison en vêtements pour enfants. Pour développer cette filière, elle avait tissé des partenariats avec des ateliers de confection et des enseignes de vêtements. Avec la baisse du pouvoir d’achat, et la fermeture de nombreux partenaires et ateliers de confection après la pandémie, la situation économique ne permettait plus l’activité de Second Sew de continuer. Le projet s’est arrêté. Pas pour s’éteindre complètement mais pour renaître sous une autre forme.

Rejointe en 2022 par Roxanne Gheno, devenue son associée, Camille Brun-Jeckel a été formée au marketing, à la communication et aux métiers de la mode. S’appuyant sur son expérience, elle répond il y a deux ans, aux sollicitations d’entreprises locales qui cherchent des solutions de valorisation pour leurs vêtements et autres textiles professionnels. La transition tombe bien alors que la loi Agec introduit le 8e flux à partir du 1er janvier 2025, qui impose aux entreprises de mieux traiter leurs vêtements de travail, EPI, bâches et autres textiles. Second Sew change alors de cible et d’identité. C’est désormais sous le nom commercial de Hedj, inspiré par la divinité égyptienne Hedjhotep des tissus et des vêtements, que la revalorisation des textiles se poursuit. Hedj concentre ses efforts sur la transformation des textiles en fin de vie des entreprises en produits utiles à ces mêmes organisations.

Agréée ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale), Hedj s’engage à intégrer l’upcycling dans les processus d’achat des entreprises, en offrant des solutions durables et personnalisées. « En d’autres termes, nous proposons de transformer une contrainte pour les entreprises en opportunité, en leur offrant des solutions d’upcycling innovantes et durables » souligne Camille Brun. Dans cette démarche, Hedj privilégie une production locale et solidaire. Basée à Nantes, c’est en région Pays de la Loire que l’entreprise a noué des partenariats avec des ateliers de confection. « Aujourd’hui, nous travaillons avec trois ateliers de l’ESS qui transforment les textiles que nous leur apportons, selon un cahier des charges défini avec l’entreprise, l’association ou la collectivité cliente » assure la présidente de Hedj. Parmi les chantiers réalisés, celui de la SEMITAN. Pour la société de transport nantaise, Hedj a réutilisé les polos des chauffeurs de bus, suite au changement de nom de la société en Naolib, pour créer des housses de siège. Cette initiative répondait à un besoin exprimé par les chauffeurs de disposer de protections individuelles fonctionnelles et hygiéniques, notamment en période de fortes chaleurs. Au sein du club sportif HBC Nantes, les tee-shirts des joueurs, ayant une forte valeur émotionnelle pour les fans, ont été transformés en sacs à goûter et tote-bags up-cyclés, destinés aux plus jeunes fans, les enfants de 3 à 5 ans.

Tisser un réseau de savoir-faire

 

Hedj revalorise tous types de textiles : uniformes, parkas, maillots sportifs, T-shirts, même des gaines de ventilation

A chaque demande, Hedj implique les collaborateurs des entreprises dans le processus de revalorisation, ce qui garantit une utilisation durable des produits upcyclés. C’est ainsi qu’avec le groupe La Poste, une quinzaine de facteurs ont été sollicités pour réfléchir sur leurs besoins d’accessoires textiles, et susceptibles d’être fabriqués à partir de leurs vêtements professionnels en fin de vie. Par ailleurs, Hedj évalue l’impact environnemental et social de chaque projet, permettant aux entreprises de mesurer les bénéfices réels de leurs actions de revalorisation. Au-delà de la revalorisation des textiles plutôt qu’une destruction, Camille Brun insiste sur la phase amont tout aussi importante dans un projet : « nous accompagnons avant tout nos clients dans l’adoption de nouvelles pratiques d’achat, remplaçant les produits neufs par des alternatives upcyclées ». Depuis le début de l’année 2024, l’entreprise a déjà convaincu une dizaine de clients professionnels et pas des moindres, comme le groupe Veolia, pour lequel Hedj a transformé des kakemono de séminaire en pochettes de maillots de bain, comme la filiale nantaine d’Abo Energy qui a pu recycler d’anciennes vestes déperlantes logotées Abo Wind en porte-clefs pour ses 200 salariés ou encore Novotel à Angers qui a upcyclé ses serviettes de toilettes en range-pyjama pour enfants et essuie- main. « Nous ne refusons aucune demande et n’avons aucun préjugé sur les matières à convertir. Seules exceptions à ce jour, les équipements jetables de type combinaisons et gants professionnels, pour lesquels il est difficile techniquement de prolonger la durée de vie des matières » assure Camille Brun-Jeckel.

En changeant d’identité, Second Sew est passé d’une activité de BtoC en BtoB.

Dans cette évolution vers un marché BtoB, Hedj souhaite que chaque flux de textiles professionnels trouve une solution pérenne et soit revendu au détenteur d’origine. Dans le cadre de cette activité, la reprise des matières est gratuite, évitant au final des coûts de gestion de déchets pour les entreprises et la garantie d’une valorisation pérenne. Face aux besoins exprimés croissants, aux rencontres prometteuses sur les salons professionnels et le bouche-à-oreille, Hedj souhaite créer un réseau d’acteurs économiques autour de son activité et mutualiser les compétences locales disponibles. Aujourd’hui, sa présidente veut se concentrer sur la région Pays de la Loire où le potentiel de développement est fort. Mais l’activité pourrait bien à terme être dupliquée dans d’autres régions, pour déployer des réseaux de savoir-faire et mutualiser les compétences de structures d’insertion sociale et solidaire. Pour répondre à la demande, Camille Brun espère également créer trois à cinq emplois à moyen terme pour assurer la prospection, le suivi de production, la logistique et le tri des textiles sur son centre de stockage de matières à Nantes.

Crédit : Hedj

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