Après deux ans de travaux, le projet SPIROU a accompli sa mission : identifier et définir des méthodologies pour un réemploi sécurisé de dix familles de produits dans le bâtiment. Lors d’une journée de restitution le 14 novembre 2024, les différents partenaires du projet ont mis en lumière l’intérêt de cadrer et d’unifier les bonnes pratiques. Plusieurs fiches techniques sont désormais en accès libre. Cette base d’informations professionnelles est très attendue pour instaurer de la confiance dans la filière.
« Sécuriser les pratiques innovantes de réemploi via une offre unifiée » a été tout l’enjeu du projet de recherche Spirou, piloté par le CSTB, et porté par Qualiconsult, Mobius Réemploi, A4MT et le Booster du Réemploi. Ces travaux qui ont démarré fin 2022 ont été soutenus par l’Ademe et les pouvoirs publics (Direction Générale de la Prévention des Risques – DGPR et Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature – DGALN). Ce vaste chantier a permis de défricher et de cadrer le processus de réemploi pour dix familles de produits (appareils sanitaires, armoire électrique, bardages minéraux, bloc-porte, brique, charpente, luminaires, radiateurs, ventilation). Ces études réalisées entre 2022 et 2024 ont été accompagnées et mises en œuvre grâce à la participation de 250 professionnels sur le terrain (retours d’expériences, visites de sites etc.). Cela se traduit désormais par la mise à disposition gratuite de plusieurs livrables méthodologiques et de préconisations.
Données techniques et opérationnelles
L’urgence se situe à un double niveau : d’une part, la production élevée de déchets dans le BTP impose de revoir leur gestion ; d’autre part, les objectifs réglementaires poussés par la loi AGEC orientent la filière vers plus de réemploi de matériaux. Comment inciter dans ce contexte un maximum d’acteurs à prendre ce chemin ? Quelle que soit leur degré d’implication, tous les professionnels du secteurs sont concernés : éco-organismes, centres de reconditionnement, maîtrise d’ouvrage et maîtrise d’oeuvre, fabricants, bureaux d’étude, assurances, entreprises de pose. Le projet SPIROU tente d’y répondre en proposant des outils très opérationnels pour s’engager en toute confiance. Pour chaque produit sélectionné, cela passe par de la caractérisation, des préconisations sur la dépose soignée, la remise en état et le reconditionnement. Pour réussir ce parcours, les signes qualitatifs doivent être présents à chaque étape.

Ainsi, depuis le 14 novembre 2024, l’Ademe met à disposition les résultats du projet SPIROU sur son site Internet. Pour chaque famille de produits analysé, l’agence publie une fiche méthodologique illustrée qui aborde le diagnostic, la dépose et le stockage, l’évaluation des performances et des modes de preuves, ainsi que la pose des éléments réemployés. Chaque fiche est associée à une note synthétique qui résume les grandes étapes à suivre. Il est précisé que ces documents ne constituent pas un référentiel de type Document Technique Unifié (DTU), Règles Professionnelles ou Recommandations Professionnelles. Il doit par conséquent bénéficier des retours d’expérience des futurs acteurs et devra être amendé par les savoir-faire en développement, mis à jour dans son application et complété par d’autres écrits. D’autres documents sont disponibles sur les préconisations en matière d’éco-conception (produit et ouvrage) et sur les facteurs-clé impactant le déploiement de filières de réemploi. A chaque fois, les dix familles de produits sont passées en revue à travers des grilles d’analyses et des paramètres techniques précis.
Enfin, deux feuilles de route sont mises à disposition. La première concerne un descriptif précis de réemploi pour la brique pleine de terre cuite ; la seconde porte sur un accompagnement à la création d’une activité de reconditionnement. Selon Thomas Lesage, directeur R&D chez Mobius Réemploi, cela permet de se poser les bonnes questions et de rendre visibles toutes les étapes indispensables pour garantir la réussite de son projet : dépose soignée, transport et stockage, reconditionnement (process, investissements, soutiens, gestion des déchets), caractérisation et assurance (FDES), livraison et vente (flux tendu, prix vs neuf). En proposant un exemple concret de produit comme la brique, le projet donne des pistes pour adapter les critères à d’autres catégories de matériaux.
Créer plus de centres de reconditionnement
Dans notre société, le réemploi ne tombe pas sous le sens, a rappelé Jérôme Almosni, directeur Ville et Territoires Durables pour l’Ademe. On le voit dans le secteur du bâtiment. Les taux de réemploi restent très faibles, et certains professionnels commencent seulement à bouger. Le projet collectif SPIROU peut-il aider à inverser la tendance ? Des acteurs du réemploi comme Mobius (réemploi de dalles de faux plancher technique) ou Orak (entretien et réemploi de moquettes) veulent y croire, dès lors que davantage de projets de reconditionnement seront accompagnés par la filière REP et les pouvoirs publics. « Pour massifier, sécuriser les flux pour du réemploi de qualité, les plateformes logistiques de reconditionnement représentent un maillon indispensable pour toute la chaîne. Elles garantissent les démarches de qualité, et servent à structurer l’offre », insiste Thomas Lesage. Certains professionnels du réemploi, comme Cyneo (filiale de Bouygues Construction) penchent pour plus de mutualisation sur l’outillage, la formation et la logistique pour faciliter l’activité principale des professionnels du réemploi.
De leur côté, les éco-organismes semblent mettre les bouchées doubles pour promouvoir le réemploi. Même si dans le même temps, l’OCAB, organisme coordonnateur de la filière REP PMCB lance une étude avec le CSTB et Bellastock pour requalifier les objectifs de réemploi, jugés pas assez mobilisateurs. Seul à ce jour, Valdelia annonce avoir atteint l’objectif demandé par le cahier des charges sur le réemploi à fin 2024.
« Requalifier les objectifs du cahier des charges »
Les autres éco-organismes se mobilisent autour de leur plan d’actions. Chez Ecomaison, plusieurs expérimentations ont été menées en 2024 avec Doyere Démolition, Neom (Vinci Construction), Premys et Cassin. L’éco-organisme veut également donner la priorité à l’ESS pour l’attribution des gisements, sensibiliser et former des maîtres d’ouvrage et des entreprises /artisans du bâtiment à la déconstruction préservante et sélective. La traçabilité des flux sur les chantiers implique par ailleurs de modifier en profondeur les pratiques de déconstruction pour préserver au maximum l’intégrité des produits et matériaux ; de mesurer précisément sur chantier les volumes orientés vers le réemploi. Par ailleurs, Ecomaison a lancé en juin 2024 avec Ecominéro un appel à projets pour soutenir les chantiers et les opérations de déconstruction, de réhabilitation, de rénovation et de construction neuve en favorisant le réemploi ou la réutilisation de produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB) inertes (catégorie 1 – responsabilité Ecominero) et du second œuvre (catégorie 2 – responsabilité : Ecomaison).
De son côté, Valobat accompagne déjà 11 plateformes logistiques de réemploi, pour un budget de plus d’un million d’euros, avec l’objectif de réemployer plus 26 000 tonnes de matériaux ; contractualise avec une vingtaine d’acteurs du réemploi. Une expérimentation Réemploi sur chantier a été lancée avec une petite centaine de chantiers accompagnés (équivalent 830 000m²) à hauteur de plus d’un million d’euros pour financer l’appel à une Assistance à Maîtrise d’Ouvrage Réemploi, la réalisation de diagnostics ressources et de tests techniques sur les matériaux ou encore la dépose sélective. Par ailleurs, un programme de formation est en cours de publication pour former 350 stagiaires (maîtres d’ouvrage, entreprises du bâtiment, déconstructeurs, diagnostiqueurs). Enfin, des fiches/référentiels produits pour sécuriser leur parcours de réemploi ont été établis sur deux catégories de produits d’étanchéité et d’isolation.
Pour Sylvain Laurenceau, directeur Économie et Ressources du CSTB, les documents produits par le projet SPIROU vont générer une confiance autour du réemploi et réinterroger les modèles économiques actuels : « au-delà du contenu technique, l’approche, structurée par étapes, et la méthode, basée sur le partage et la mobilisation de l’ensemble de la chaîne d’acteurs, sont essentielles à la réussite des futures filières de réemploi ».
Crédit : Cycle-Up
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