Le Grand Lyon accompagne les industriels vers plus de sobriété

Pivot Circulaire incite au remanufacturing et à la fonctionnalité

Le Grand Lyon soutient depuis plusieurs années les entreprises locales dans leur transition écologique. Cela passe notamment par une réorganisation régionale autour de la préservation des ressources. Depuis 2022, des dizaines de projets d’EIT et de réduction de déchets industriels ont vu le jour. A partir de 2025, le programme Pivot Circulaire aidera les entreprises à intégrer plus de sobriété dans leur modèle économique.

Sensibilisée aux impacts environnementaux et au pouvoir d’actions circulaires et de prévention, l’agglomération lyonnaise entraîne des partenaires régionaux et locaux dans son sillon. Objectif : amener les acteurs économiques à jouer un rôle moteur dans la transition écologique du territoire. Pour cela, plusieurs programmes d’accompagnement sur l’EIT et la valorisation des déchets ont été lancés depuis 2022, faisant émerger des entreprises innovantes dans le textile, le BTP, l’alimentation, la mobilité, la culture, etc. Depuis 2022, la Métropole a financé 1,13 million d’euros d’équipements pour réduire la consommation de matières ou améliorer la valorisation des déchets auprès de 37 entreprises.

Entreprises plus sobres

 

Dans ce contexte, le Grand Lyon et ses partenaires régionaux encouragent les industriels à franchir un nouveau cap, grâce un nouveau programme intitulé « Pivot circulaire ». Les entreprises de production ou de distribution sont soutenues pour mettre en place de nouveaux modèles circulaires compétitifs et rentables. Basé sur une aide individuelle, le parcours Pivot est porté par France Clusters, la Métropole de Lyon, la direction régionale de l’Ademe AuRA, la Ruche Industrielle, OPEO et Kickmaker. La Métropole de Lyon finance le dispositif à hauteur de 50 000 euros. L’accompagnement dure 18 mois et vise surtout les industriels qui consomment des matières premières stratégiques ou en quantités non négligeables. La première édition lancée cet automne souhaite faire tester aux entreprises volontaires de nouveaux modèles économiques qui intègrent les principes du remanufacturing, du reconditionnement, de la réparabilité, de la réversibilité, du rétrofit ou encore de la création de filières de matériaux biosourcés. Pas facile d’attirer les entreprises d’emblée, même si ces sujets suscitent beaucoup d’intérêt. Les problèmes économiques, de recrutement, et d’inflation ralentissent les démarches innovantes, alors qu’au contraire, ils devraient booster les changements pendant qu’il est temps.

L’accompagnement comprend à la fois des échanges individuels pour avancer sur les spécificités de chacun et des temps collectifs, pour favoriser le partage entre industriels. La première édition ambitionne d’accompagner une dizaine d’entreprises (PME, ETI, Business Unit de grands groupes). Mi-novembre, trois entreprises étaient inscrites à ce programme (Fonderie Pradel, Serrurerie Métallerie de la Loire et CMS Industrie) et quatre autres avaient marqué leur intérêt. Grâce au financement de la direction régionale de l’Ademe, le programme couvre toute la région AuRA. Si ce dispositif donne satisfaction dès la première année, il pourrait s’étendre à l’échelle nationale en 2025, porté par France Clusters dans les régions françaises industrielles où les collectivités territoriales sont mobilisées. Des contacts sont déjà en cours avec Nantes Métropole par exemple.

Pradel prend les devants

 

Exemple de pièce métallique fabriquée par la fonderie Pradel

Première inscrite au programme Pivot circulaire, la fonderie Pradel est une PME de 11 salariés implantée à Saint-Priest. Fondée en 1955, cette fonderie de précision est spécialisée dans le coulage à la main de pièces moulées en bronze cupro-aluminium (cuivre et aluminium). Un alliage aux propriétés particulières, appréciées du marché. Le cuivre dispose en effet de caractéristiques conductrices pour l’électrification mais aussi d’intérêts en termes d’anti-corrosion et anti-microbien. L’entreprise fabrique notamment des supports de câbles électriques destinés à l’industrie ferroviaire (métro, tramway, TGV). Ces fixations métalliques doivent être aussi résistantes été comme hiver. Avec 1,75 million d’euros de chiffre d’affaires en 2023, et une centaine de clients dans son portefeuille, la fonderie commercialise ses pièces jusqu’en Chine et en Inde pour le métro de Bombay. L’utilisation du cuivre reste indispensable pour l’électrification ; aucune autre matière n’est à ce jour aussi performante. Mais comme tout métal, il a ses limites en termes de production primaire. En 2018, la fonderie Pradel a été reprise par Francis Thénot qui a choisi de basculer progressivement vers un sourcing issu du recyclage. Aujourd’hui, l’approvisionnement est à 100 % issu de cuivre de seconde fusion et en partie local, puisqu’il achète sa matière chez MTB Recycling, située à quelques km du site. Ce changement de pratique a réduit son impact carbone et fait de Pradel un modèle sur le plan environnemental. En parallèle, l’entreprise investit sur d’autres fronts comme la réutilisation de la chaleur fatale (émise par les fours) et l’énergie solaire. Mais Francis Thénot veut aller plus loin pour se démarquer de ses concurrents et pérenniser l’avenir de la fonderie.

Comment évoluer vers la vente d’usage ?

Les métaux de seconde fusion, comme le cuivre restent à un prix élevé et doivent respecter un cahier des charges précis pour garantir la qualité des produits fabriquées. Face à des composants concurrents moins chers comme du plastique ou de l’aluminium, la fonderie Pradel souhaite anticiper. Pour le dirigeant de la fonderie, la réduction des impacts environnementaux doit passer par une transformation des modèles économiques actuels. Avec le premier programme d’accompagnement circulaire, initié par le Grand Lyon, il espère franchir un cap : « pour garder la qualité de nos produits, nous ne voulons plus vendre une pièce en alliage cupro-aluminium mais un usage de la matière. Si nos clients ne sont pas encore prêts à ce changement, nous devons prendre les devants, en communiquant et en informant nos partenaires industriels ». Ce projet passe par la sensibilisation à l’éco-conception et au démontage des pièces en alliage pour les reprendre en fonderie en vue d’une seconde vie. Dans cette démarche, l’entreprise sera donc accompagnée pendant 18 mois à compter de janvier 2025 par un cluster d’entreprises, l’Ademe et la métropole du Grand Lyon. Moyennant une participation de 5000 euros, Pradel va bénéficier de réunions et de conseils précieux pour enclencher un processus. Francis Thénot s’engage de son côté à consacrer 10 % de son temps dans cette action.

Certifiée ISO 9001 depuis 2023, la fonderie Pradel s’intéresse de près à de nouveaux marchés comme la SNCF pour les sensibiliser à sa démarche. Mais en tant que PME, elle aura besoin de soutiens de taille comme l’Ademe et la ville de Lyon qui peuvent apporter un certain poids pour convaincre sur la pertinence du modèle circulaire que Pradel veut engager. « Dans ce cercle vertueux, tout le monde est gagnant assure Francis Thénot. Le composant est plus cher au départ par rapport aux concurrents, mais permet d’une part de rentabiliser notre activité et d’autre part pour l’utilisateur client de bénéficier d’infrastructures de qualité et performantes dans la durée ».

Montabert parraine le dispositif

 

Pour faire bouger les lignes et inciter les entreprises à entrer dans la danse, Pivot circulaire est parrainé par l’entreprise Montabert, déjà bien ancrée dans l’économie circulaire. Concepteur et fabricant d’équipements hydrauliques dedémolition et de forage depuis 1921, Montabert (groupe Komatsu) mise sur une offre diversifiée tournée vers le reconditionnement et le remanufacturing de ses brises-roche, perforateurs et pièces détachées. La société a pris le virage en 2022 lors de la crise des matières premières, la pénurie de composants après le Covid, puis la guerre en Ukraine et la hausse des coûts énergétiques. Employant 500 personnes sur son unique site de Saint-Priest, Montabert couvre un marché de niche, unique en France. Il représente un tiers du marché des perforateurs dans le secteur minier et exporte 95 % de sa production.

Matériels reconditionnés garantis aussi performants que le neuf

Si l’industriel vend des pièces et machines d’occasion depuis une vingtaine d’années, pour dépanner ses clients, il compte aujourd’hui sur ce segment pour diversifier ses marchés et mettre en valeur sa transition écologique. Après avoir été accompagnée dans sa démarche circulaire par le Grand Lyon, l’association La Ruche Industrielle et le cabinet de conseil Opéo sur la méthodologie, la direction de Montabert souhaite désormais partager son expérience et assister des entreprises locales désireuses de franchir le seuil à leur tour. « sans cette aide extérieure, nous n’aurions pas pu mener à terme nos projets qui impliquent de grands bouleversements internes au sein de la production et de la commercialisation » insiste Yvan Descotes, directeur du département Remanufacturing chez Montabert. Après avoir redonné de la lumière à l’activité réparation et reconditionnement de ses machines, l’entreprise planche depuis 2023 sur une étude de faisabilité pour remanufacturer des pièces détachées. Une phase d’essai est toujours en cours. Le prochain chantier pour Montabert portera sur l’ACV et l’éco-conception de ses produits, pour améliorer le démontage et la réparabilité. « Cette feuille de route prend du temps à mettre en place, souligne Yvan Descotes. Nous devons intégrer deux obstacles au changement de modèle : la dimension financière et culturelle. Aujourd’hui encore, personne n’accepte de payer plus cher un produit remanufacturé, même s’il est comme neuf et garanti. Par ailleurs, le sentiment de propriété reste vif vis-à-vis d’outils industriels. L’économie de la fonctionnalité pour certains engins ou équipements lourds n’est pas mature. Nous avons déjà tâté le terrain par exemple en Allemagne où la plupart des industries appartiennent à des familles où la propriété matérielle relève d’une habitude culturelle ». En intégrant le levier financier, Montabert a cependant réussi à franchir un premier cap, celui de rendre l’économie circulaire, prometteuse et rentable.

Du foncier réservé à la transition

La Métropole de Lyon met également à disposition des entreprises à la recherche de foncier trois grands sites d’urbanisme transitoire pour initier leurs projets. A Villeurbanne, un des premiers sites emblématiques d’occupation temporaire accueille depuis 2018 plusieurs porteurs de projets en économie circulaire sur près de 1500 m² de bâtiments : Mineka, Atelier Emmaüs et Alynea. Les Ateliers Briand (Saint-Priest) accueillent sur 3600 m² une quarantaine de structures représentant une centaine de salariés, dont près de la moitié fonctionne sur un modèle circulaire. Sur près de quatre hectares, Étape 22D (Villeurbanne) dispose de plusieurs espaces et accueille des structures comme Grand Plateau, Iloé, l’Association du pôle territorial d’économie circulaire (APTEC), Plateau Urbain et Made In Past qui vient d’emménager sur sa nouvelle plateforme de réemploi de 1500 m².

Crédits : Montabert, Pradel, Made in Past, Pixabay

A lire aussi :

La Métropole de Lyon prend part à Iloé

Le réemploi de matériaux se structure à Lyon

 

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article