Emplois : comment rendre les métiers circulaires plus attractifs ?

Federrec signe avec la Fédération des Entreprises d’Insertion

Ce n’est pas un sujet nouveau et pourtant, il continue de susciter beaucoup d’interrogations. L’économie circulaire peut-elle répondre aux demandes d’emplois aujourd’hui et demain ? Les nouveaux métiers de la transition écologiques sont-ils assez attractifs pour la jeune génération ? Lors du salon Pollutec Paris, la thématique de l’emploi s’est invitée à la table, avec un rappel de plusieurs chiffres clefs, des témoignages d’entreprises et l’intervention de Federrec, dont les filières peinent à recruter.

Lorsque la feuille de route sur l’économie circulaire avait été créée en 2018, les prévisions sur l’emploi tablaient sur 300 000 postes supplémentaires d’ici 2030. Dans sa toute dernière publication de juillet 2024 sur la planification écologique, le SGPE évoquait 430 000 emplois rien que sur l’économie circulaire. En 2021, l’Insee recensait 820 000 emplois en France pour l’économie circulaire intégrant l’approvisionnement durable, la consommation responsable, l’allongement de la durée d’usage, le recyclage et la valorisation des déchets représentait près, soit environ 3 % de l’emploi total. Le plus gros segment porte sur l’allongement de la durée d’usage des produits avec 43 % des emplois dans l’économie circulaire. En l’espace de dix ans, les emplois inhérents à l’économie circulaire ont augmenté d’environ 30 %. Insuffisant cependant pour booster la transition vers de nouveaux modèles. En détaillant l’ensemble des démarches qui contribuent à l’allongement de la durée de vie des produits comme la réparation, le tri, le réemploi ou le recyclage, des secteurs d’activité ont réalisé des estimations sur les attentes en matière d’emplois. C’est le cas de la filière EEE qui prévoit d’ici 2027, le recrutement de 2900 techniques pour traiter les gisements. Or à ce jour, l’éco-organisme ecosystem constate que 400 postes ne sont pas pourvus. D’ici les cinq prochaines années, les départs en retraite vont représenter 20 % des effectifs soit environ 1750 réparateurs. En parallèle, la demande de la réparation est en progression et les besoins anticipés s’élèvent à plus de 750 techniciens. Dans une étude intitulée « emplois circulaires au carré », Auxilia évoque un potentiel d’ici 2030 de 32 000 nouveaux emplois, dont 5000 dans le secteur des biodéchets, 25 000 dans le BTP et 2000 en lien avec les ressourceries et la seconde main.

Sauvegarder des savoir-faire

 

Selon l’Ademe et la CGDD, aux besoins de recruter sur des segments en tension, s’ajoutent l’émergence de nouveaux métiers qui vont rapidement nécessiter de nouvelles compétences. Une quinzaine de métiers ont ainsi été répertoriés, comme les ingénieurs en éco-conception, les animateurs territoriaux pour l’EIT, les responsables de stratégie pour déployer l’économie de la fonctionnalité, les acheteurs publics spécialisés, les concepteurs de ventes de produits de seconde main, les réparateurs, des diagnostiqueurs déchets du bâtiment, des techniciens de maintenance en méthanisation agricole, ou encore des opérateurs de tri de déchets plastiques et des agents polyvalents de valorisation.

Michel Meunier, fondateur de Janus France et Valérie Boyer, déléguée générale d’Orée, à Pollutec Paris 2024

Parallèlement aux innovations technologiques et aux investissements nécessaires pour changer de modèle, deux axes ne doivent pas être négligées selon Valérie Boyer, déléguée générale d’Orée, intervenant sur Pollutec Paris : la réinsertion de publics éloignés de l’emploi et la sauvegarde de savoir-faire traditionnel. Les acteurs de l’ESS sont au coeur de ces enjeux en portant des métiers compatibles avec les dispositifs d’insertion comme la collecte, le tri, la réparation, le reconditionnement et le réemploi. A l’opposé des avancées high-tech, la sauvegarde du patrimoine et de certains savoir-faire va souvent de pair avec la valorisation de métiers oubliés, respectueux de l’environnement. Et de citer l’exemple du projet CobBauge, dont l’objectif est de remettre au goût du jour la technique ancienne de la bauge, mélange de terre et de fibres agricoles, comme la paille, qui est ensuite incorporée à l’eau. Elle est utilisée pour construire des bâtiments avec comme bénéfices : la réduction des déchets et des émissions de CO2, la valorisation d’un savoir-faire traditionnel régional, et la création d’emplois locaux. Pollutec Paris a été aussi l’occasion pour Michel Meunier, de présenter son entreprise à mission Janus France, créée en 2013 dans l’Oise. Employant dix salariés, elle est spécialisée dans l’entretien et la rénovation du patrimoine bâti avec trois cibles : les menuiseries, la serrurerie et la vitrerie. L’entreprise propose à ses clients en majorité du secteur public (État, collectivités, bailleurs sociaux…) de passer d’une maintenance curative à une maintenance préventive en s’appuyant sur de nouvelles compétences et un engagement environnemental comme la sélection de produits en proximité, la gestion des déchets, des offres de produits recyclés, tout en privilégiant la réparation plutôt que le remplacement. Prochaine étape en 2025 avec un projet sur l’économie d’usage en coopération avec la communauté d’agglomération du Beauvaisis et le Club Noé. Pour aborder ces nouvelles démarches, Michel Meunier veut donner envie à ses salariés et attirer les jeunes en proposant des formations en adéquation avec la transition écologique et le bien-être au travail.

+16 000 emplois d’ici 2030 chez Federrec

Centre de tri de Grenoble

Pourvoyeur de métiers en constante évolution pour répondre aux besoins de son époque, l’industrie du recyclage fait face depuis quelques années à des tensions dans plusieurs filières. Federrec (anciennement Federec), la fédération des entreprises du recyclage, du réemploi et de l’économie circulaire ne cesse d’alerter à ce sujet. D’ici à cinq ans, 40 % des entreprises de ce secteur vont connaître une augmentation de leurs besoins en main d’oeuvre : les profils vont de l’opérateur de tri, au chauffeur en passant par le conducteur d’engins, le commercial ou l’agent de démantèlement. En d’autres termes, cela représente 16 000 emplois à pourvoir à horizon 2030 dont 50 % en création et 50 % en remplacement de départs en retraite. Aujourd’hui, 62 % des entreprises adhérentes de la fédération rencontrent des difficultés notamment dans le métier d’opérateurs de tri. Un turn-over important est également constaté sur certains emplois. La pénibilité et les conditions de travail au regard des niveaux de salaire peu attractifs expliquent peut-être cette situation. Pour tenter de pallier cette défaillance, la fédération a signé une convention avec France Travail en juin 2024. Objectif : créer des synergies avec des conseillers spécialisés, organiser des visites de sites, accompagner les recrutements, et surtout rendre visible les métiers du recyclage dans les agences de France Travail. Pollutec Paris a également été le théâtre d’un rapprochement officiel avec la FEI (Fédération des entreprises d’insertion), avec la signature le 27 novembre 2024, d’un partenariat stratégique. Cette alliance s’inscrit dans la continuité d’une collaboration engagée depuis plusieurs années, marquée par une ambition commune : renforcer les modèles de l’économie circulaire en France, avec une vision complémentaire entre réemploi, réutilisation et recyclage.

Table ronde de Federrec autour de l’emploi sur Pollutec Paris

Dans un communiqué commun, Federrec et la FEI partagent la conviction que les activités de l’économie circulaire constituent un vecteur puissant d’emplois pour les personnes éloignées du marché du travail. En parallèle, les entreprises d’insertion représentent un vivier de candidats à l’embauche au sein des entreprises de gestion des déchets. En s’appuyant sur leurs expériences et réseaux respectifs, Federrec pourra donc soutenir la fédération des entreprises d’insertion dans la défense de l’insertion professionnelle auprès des pouvoirs publics. Cette synergie entre les deux fédérations doit contribuer à renforcer l’emploi, l’ancrage territorial et l’innovation sociale au sein de l’économie circulaire. Pour François Excoffier, président de Federrec et Luc de Gardelle, président de la FEI (jusqu’au 5 décembre 2024, laissant sa place à Nadia Landry, première femme élue à la tête d’un réseau de l’insertion par l’activité économique), ce partenariat contribuera à la création d’emplois durables et permettra de faire face aux défis économiques, sociaux et environnementaux qui s’annoncent.

Federrec : un retour aux sources

Lors de son AG, organisée à Pollutec Paris, Federec a fait sa mue et devient Federrec (Fédération du recyclage, du réemploi et de l’économie circulaire). La fédération a souhaité remettre en lumière ses activités traditionnelles basées sur la récupération. Le réemploi n’est donc pas nouveau pour ces entreprises, mais a été peut-être trop rapidement oublié au profit du recyclage. A l’heure des transitions vers de nouveaux modèles économiques, Federrec veut jouer un rôle central pour « optimiser la gestion du cycle de vie des produits, créer des emplois locaux et durables, promouvoir des solutions adaptées à l’aménagement du territoire ». Cette transformation se traduit en interne par la création d’une commission transversale Réemploi. Elle sera chargée de coordonner les actions stratégiques sur ces thématiques au sein des différentes filières de la fédération. La fédération intègre déjà historiquement plusieurs filières engagées dans le réemploi, la réparation et le reconditionnement (palettes, textiles, DEEE, pièces automobiles). D’autres acteurs des nouvelles filières REP sont désormais les bienvenus. Avec ce changement de nom, Federrec veut devenir une instance de référence pour défendre les intérêts de ses membres auprès des décideurs publics et économiques.

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« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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