Emballages plastiques : le projet Buddie-Pack planche sur les impacts du réemploi

Des indicateurs de circularité pour l’été 2025

La réglementation européenne pousse inexorablement au réemploi des emballages avec un focus particulier sur la suppression des plastiques à usage unique. Face aux objectifs du PPWR et de la loi AGEC en France, la filière s’organise pour évaluer les changements à mettre en œuvre. Le réemploi impose des études d’impacts techniques, économiques et environnementaux. C’est ce que mène actuellement le projet européen Buddie-Pack dont fait partie la France. Plusieurs tests à grande échelle sont prévus courant 2025.

En France, la pression anti-plastique dans l’emballage conduit l’industrie de la plasturgie à plancher sur plusieurs projets de recherche pour trouver des alternatives à l’usage unique. La filière des produits frais laitiers (Syndifrais) s’investit déjà depuis 2023 dans des projets individuels et collectifs en France. Résultat, une feuille de route sur les 3R, accompagnée par le cabinet de conseil (Re)Set, a donné lieu à 14 engagements de la profession d’ici 2030. C’est également l’objectif du projet européen Buddie-Pack lancé en 2022 jusqu’en 2026 par un consortium de partenaires industriels et institutionnels, coordonné par IPC (centre technique industriel de la plasturgie et des composites). Buddie-Pack est un projet financé à hauteur de sept millions d’euros par l’Union Européenne via le programme de recherche Horizon Europe. Il rassemble au total 19 partenaires de six pays de l’UE*. Aujourd’hui, seulement un emballage sur 100 est réutilisable. La mise en place de ce projet vise à accompagner les entreprises et les consommateurs dans l’utilisation d’emballages réemployables, pour répondre à l’objectif fixé par la Commission européenne : 100% des emballages recyclables ou réemployables d’ici 2030.

Après des études sur l’ACV Réemploi des emballages portées par le projet ACTIA entre 2021 et 2023, Buddie-Pack s’appuie sur la PEF (Product Environmental Footprint –  méthode européenne d’évaluation et d’affichage des impacts environnementaux d’un produit) et le cadre de référence Ademe pour établir une ACV comparative de solutions d’emballage. Le projet cherche également à identifier les principaux contributeurs à l’impact environnemental du cycle de vie des emballages réemployables. A ce titre, il identifie les pistes d’éco-conception notamment par l’analyse du point de bascule (nombre de rotations nécessaires d’un emballage réemployable pour que son impact soit moins élevé qu’un emballage à usage unique) et selon plusieurs critères comme la masse, le type de matériau, la gestion en fin de vie, le transport, la consommation d’eau et d’énergie, etc.

Approche multi-disciplinaire

 

Ce projet d’économie circulaire vise à mettre en place une approche systémique pour le déploiement à grande échelle des emballages plastiques réemployables. Son approche multidisciplinaire est basée sur les propriétés techniques des produits, sur l’acceptabilité du consommateur, sur la sécurité et la qualité des emballages, sur les aspects économiques et le business model de cette solution et enfin sur un travail de pré-normalisation de méthodologie de test d’impacts.

« Aujourd’hui, il s’avère que nous manquons cruellement de connaissances sur le comportement des plastiques dans un contexte de réemploi » souligne Marie-Alix Berthet, cheffe de projet Matériaux et Recyclage pour IPC. Que ce soit en termes de vieillissement, de résistance technique, mécanique ou esthétique, mais aussi sur le plan sanitaire (migration et rejet de micro-plastiques), la filière doit combler ses lacunes avant de mettre en œuvre sereinement et durablement des emballages plastiques réemployables. Pour répondre à la stratégie européenne des plastiques, et promouvoir les emballages plastiques réemployables dans l’Union européenne, le projet Buddie-Pack travaille depuis son lancement sur cinq axes (technique, social, sécurité, économique, expérimental). L’aspect technique porte sur la conception et la fabrication de nouveaux emballages en intégrant des fonctionnalités propres au réemploi. L’axe sociétal sert à mieux connaître les réticences et l’engouement des consommateurs vis-à-vis du réemploi. La sécurité représente un enjeu crucial car on s’adresse ici en majorité à des emballages aptes au contact alimentaire. Il s’agit donc d’assurer la qualité du produit et de gérer les risques. L’aspect économique n’est pas oublié puisque ce changement de pratique doit s’inscrire dans de nouveaux « business models » rentables.

Six cas d’études

 

Les matériaux vont subir des tests de sécurité sanitaire, de résistance à la coloration et de recyclabilité.

Enfin, plusieurs expérimentations à grande échelle permettront de valider le réemploi dans les emballages. Pour mener à bien ces études, le projet s’est entouré d’industriels qui pour certains sont déjà engagés dans le réemploi comme Uzaje, Vytal, et Eternity system (encadré), spécialisés dans le lavage industriel et la fabrication d’emballages. A ce titre, le projet a choisi de limiter le périmètre au plastique rigide, à quelques catégories d’emballages (bol avec couvercle pour de la vente à emporter, bouteille de détergent, bac pour restauration collective, barquette filmée pour consommation sur place, bac de livraison de viande transformée) et à des résines fréquemment utilisées (polyoléfines et polystyrènes). Les premiers essais à grande échelle sera lancés en 2025 et porteront sur la production de 1500 à 2500 emballages par étude de cas. Trois expérimentations ont été définies pour des emballages de plats préparés, de viande crue, et d’assouplisseur. Cela concerne aussi bien la restauration collective (consommation sur place et vente à emporter) et la distribution (en BtoB et BtoC) . Ce projet s’appuie sur 6 cas d’études : plateaux repas pour la restauration collective ; skin-pack pour des pièces de viandes utilisés en B2B ; bag-in-box pour stations de remplissage pour des produits d’entretiens et antiseptiques ; bouteilles réutilisables pour des produits d’entretiens ; bols pour la consommation sur place ; bols pour la vente à emporter.

Depuis mai 2024 les premiers résultats sont tombés sur le cahier des charges technique et économique. De nouveaux produits réemployables ont été éco-conçus et réalisés par les partenaires du projet : Ausolan sur des barquettes mono et multiportion, Vytal pour un bol à trois compartiments, Dawn meats pour une barquette simple de transport de viande crue et Asevi pour une bouteille recevant un produit de nettoyage. Ces études vont servir à mettre en place les bons modèles économiques, en tenant compte des paramètres sociaux, financiers et environnementaux. Au final, l’ensemble des tests réalisés vont aider à créer des méthodologies d’analyses qui deviendront peut-être la norme.

Des ACV biaisées à ce jour

 

Les livrables des démonstrations sont programmés pour le printemps 2026, associés à la sortie de rapports complets d’ACV, de nouvelles règles de conception des emballages réemployables, des recommandations sur les modèles économiques à adopter et un guide pour promouvoir les systèmes de réemploi. Les paramètres influant sur le résultat d’une ACV comparative sur les emballages réemployables sont multiples : taux de retour, consommations liées au lavage, allocation du transport de retour de l’emballage, taux de recyclage et d’incorporation de recyclat (surtout pour l’usage unique).

Buddie-Pack se penche aussi sur les alternatives à la consigne

« Il est important de rappeler qu’à ce jour, la plupart des études ACV sont biaisées et souvent en faveur de l’usage unique car les données se basent sur des pratiques anciennes éprouvées. D’où le besoin de mettre en place de nouveaux outils d’évaluation des impacts du réemploi. La consommation d’eau pour le lavage, le transport multi-rotation, et les propriétés de tenue des matériaux doivent suivre des étapes bien précises initiées notamment par l’Ademe via son référentiel ACV » insiste Justine Gloz, cheffe de projet économie circulaire au centre IPC. Pour les porteurs du projet, les questions à se poser en lisant une ACV sont : qui est commanditaire de l’étude ? Le rapport d’ACV est-il conforme aux normes ISO 14 040/44 ? Est -il soumis à revue critique ? Les systèmes comparés sont-ils étudiés avec la même précision ? Est-il transparent dans ses choix de données ? Les hypothèses sont-elles étudiées avec une analyse de sensibilité ? Quels sont les impacts environnementaux analysés ?

Guider les industriels dans leur choix

 

Prochaine étape, la publication des études sociales en mai 2025. Elles seront associées à des analyses sur le coût-avantage, et la mise en place des chaînes de valeur alternatives. Des conclusions seront sur la conception et les caractéristiques des équipements ainsi que sur les technologies de décontamination possibles. Puis en août 2025, les travaux donneront lieu à la publication d’indicateurs de circularité censés clarifier les paramètres à prendre en compte pour réduire les impacts des emballages plastiques réemployés. Une étude est également prévue sur les effets des incitations au réemploi. La consigne est la solution la plus facile à ce jour, mais est-elle efficace et la plus pertinente au regard de nouveaux critères ?

A ce jour, les emballages plastiques en recyclé (rPET) ne sont pas étudiés, mais ils mériteraient d’être dans le spectre. Par contre des études d’impact sont envisagés sur le PEhd recyclé dans la bouteille de détergent. De même les emballages flexibles et souples sont écartés de l’étude et du réemploi pour l’instant. Les installations de lavage et de séchage ne sont pas encore vraiment adaptées à ce type de plastique. « Ce projet très complet en termes d’études, d’informations et de retours d’expériences, doit aider les industriels à orienter leur choix. Libre à eux de se saisir ou pas des résultats méthodologiques du projet. Nous espérons toutefois que les normes et les objectifs réglementaires les inciteront davantage à entamer cette démarche ».

Eternity system poursuit sa croissance en Allemagne

Impliqué comme partenaire industriel dans le projet Buddie-Pack, Eternity Systems a contribué dès le début en menant des cycles de lavage intenses sur plusieurs résines pour tester l’impact visuel et sanitaire. Cela a permis d’orienter le choix des plastiques des nouveaux emballages soumis aux cas d’études. L’implication d’Eternity va continuer au cours des prochains mois pour mettre au banc d’essai, ces contenants utilisés notamment en restauration collective.

En parallèle, l’entreprise a démarré depuis janvier 2024 un troisième site de lavage de 5000 m² à Sankt Leon-Rot en Allemagne. Le site prévoit la création de 25 nouveaux emplois à court terme, avec déjà une équipe de 9 personnes en place. D’une capacité annuelle de lavage de 30 millions de contenants, le site se consacre principalement au traitement des emballages secondaires et tertiaires, de type palettes et big box en plastique. Parmi les secteurs ciblés, Eternity Systems cherche à toucher des clients du secteur de l’alimentation, l’automobile, la pharmaceutique et autres industries connexes. « L’Allemagne et la France sont à ce jour, les deux pays européens moteurs sur l’emballage réemployable, souligne Franck Andrieux, responsable commercial. En plus de notre extension, nous sommes également experts en réparation. Sur chaque site, nous disposons désormais d’une station de remise en état d’emballages industriels où des agents sont formés pour remplacer certaines pièces et effectuer des soudures sur les plastiques ».

* France (Actia (IPC, LNE, CTCPA), Eternity Systems, Uzaje, Knauf Industries), Allemagne (Plasmion, Vytal Global), Espagne (Aimplas, Ausolan, Asevi, Smurfit Kappa, Christeyns), Pays-Bas (Searious Business), Irlande (Dawn Group, TUS – Université technologique de Shannon) et Royaume-Uni (Université de Sheffield, ECHO Brand Design).

Crédit : Uzaje, Eternity systems (David Arous)

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