Une collecte séparée pour les produits en céramique

Expérimentations à Fouesnant et au Cyclad

Présents dans des secteurs soumis à REP, les produits en céramique et dérivés (porcelaine, terre cuite, grès, faïence etc.) ne bénéficient d’aucun dispositif de collecte séparée ni de filière de recyclage distincte. Face à des flux en mélange peu valorisés, un projet sera lancé en début d’année 2025 pour les  caractériser et les quantifier. Porté par Ecomaison, il prévoit une expérimentation en collectivités et un temps de recherche avec des industriels sur des solutions pérennes de réemploi et de recyclage.

La céramique et ses dérivés (porcelaine, terre cuite, grès, faïence etc.) sont des matériaux utilisés par plusieurs industries diverses et variées qui génèrent 5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France. Du carrelage au sanitaire, de la vaisselle aux pots de jardin, des terrines alimentaires aux objets de décoration d’intérieur, la matière se décline sous des centaines de produits qui aujourd’hui n’intègrent aucune filière structurée de réemploi ou de recyclage à l’échelle nationale. Bien souvent jetés dans les bennes tout venant en déchèterie, ces produits finissent cassés et non réemployables. Au mieux, ils seront utilisés concassés pour intégrer du remblai ou combler des carrières. Au pire, ils peuvent prendre le chemin de l’enfouissement. A la tête de quatre filières REP (ABJ, DEA, PMCB et jouets), Ecomaison est aujourd’hui fortement concerné par ces produits et souhaiterait développer dans le cadre de son budget R&D, des solutions de recyclage à plus forte valeur ajoutée, à l’instar des projets sur le bois, les mousses de matelas, les plastiques et le métal. Pour entreprendre cette démarche, l’éco-organisme est accompagné de trois autres éco-organismes : ecominero pour la REP PMCB, Citeo et Leko pour les REP emballages ménagers, industriels et restauration. Ils se sont eux-mêmes associés à des organisations professionnelles comme la Confédération des Industries Céramiques en France (CICF), Les Entreprises Françaises de Charcuterie Traiteur (FICT), la Fédération des Magasins de Bricolage et de l’Aménagement de la Maison (FMB), les Jardineries et Animaleries de France, et Pact Alim (PME et ETI françaises de l’alimentation). Ecomaison et ses partenaires souhaitent notamment anticiper la réglementation qui pousse à la mise en place de filières REP balais pour tous les produits non concernés jusqu’à présent, avec le déploiement d’une filière volontaire.

Fouesnant et Cyclad dans la boucle

 

Une première étape a été finalisée, la plus facile, selon Xavier Rebardy, responsable des affaires réglementaires et juridiques chez Ecomaison : la collecte des données des mises en marché par activité. Pour les articles de bricolage et jardinage, cela concerne 30 000 t/an de produits ; les éléments d’ameublement et de décoration portent sur 38 000 t/an ; les arts de la table représentent entre 200 et 300 000 t/an ; les emballages (ménagers et de la restauration) portent sur 50 000 t/an tandis que le bâtiment est le plus gros contributeur à hauteur de 1,2 million de tonnes par an.

A partir de janvier 2025, le projet entrera dans le vif du sujet : caractériser les gisements apportés en déchèterie et les quantifier. Jusqu’en juin 2025, trois ou quatre collectivités serviront de cobayes pour ces tests grandeur nature. A ce jour, deux ont déjà répondu présent : Fouesnant dans le Finistère et le syndicat mixte Cyclad en Charente-Maritime. Une troisième est prévue en Ile-de-France pour balayer toutes les typologies d’habitations. « Ces collectivités ont déjà réalisé des expérimentations sur la gestion des déchets. Nous allons former les agents d’accueil sur plusieurs indicateurs nécessaires au bon déroulement du projet. Cela passe par de nouvelles consignes de tri, pour quantifier les flux, regarder la typologie des produits apportés et évaluer le potentiel de réemploi ». Cette collecte séparée va donc permettre de fournir des échantillons pour des industriels et le centre technique de céramique de Limoges. En parallèle, Ecomaison et ses homologues étudieront la configuration autour des déchèteries dans un rayon de 15 minutes en transport. « Nous allons pour chaque site, recenser les acteurs de la distribution et des structures ESS pour évaluer le potentiel du réemploi » explique Xavier Rebardy.

Applications à forte valeur ajoutée

 

Les ressourceries ont un rôle important à jouer dans le réemploi des produits céramique 

Les éco-organismes mettent leur expertise en commun pour déterminer les meilleures solutions de recyclage pour les objets en céramique, tout en créant des synergies avec les filières de recyclage existantes (pour les matériaux inertes). Nous devons tenir compte aussi des actions menées de façon isolée dans les entreprises. L’enjeu le plus important pour réussir ce changement d’échelle, c’est la massification et la mise en œuvre d’une logistique adaptée. En attendant de voir la création d’une filière industrielle, plusieurs applications sont envisagées en lien avec du recyclage à forte valeur ajoutée. Par exemple, à partir de céramique réduite en poudre, on peut imaginer de l’impression 3D pour des objets, ou une utilisation comme charge minérale dans des applications composites.

Enfin, la dimension économique sera également prise en compte ainsi qu’une évaluation de tous les canaux de collecte possibles pour garantir les volumes. « Sur l’aspect réemploi, nous pourrons nous appuyer sur des solutions existantes comme des matériauthèques dans le bâtiment pour encourager cette pratique à plus grande échelle » souligne Xavier Rebardy. En parallèle de la collecte en déchèteries publiques, une communication sur la collecte en points de vente et en ressourceries sera réalisée sur les territoires d’expérimentation afin d’avoir une vision complète des moyens de collecte à déployer pour développer le réemploi de ce matériau, notamment les pots horticoles en céramique vendus en jardineries.

Crédit : Pixabay

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