Réparateur EEE : un métier sous tension

Les entreprises forment leurs propres techniciens

Il n’y a pas de réparation de qualité sans réparateur compétent. C’est tout l’enjeu de cet ancien métier qui redevient à la mode. Pour prolonger la durée de vie des appareils électriques, la réparation implique un savoir-faire et des outillages adaptés. Plusieurs acteurs de la filière DEEE (structures ESS du réemploi, distributeurs, réparateurs spécialisés) s’investissent dans la formation de leurs futurs techniciens. En partenariat avec l’éducation nationale ou des organismes d’État, l’apprentissage encadré et certifié va de quelques mois à deux ans selon les publics concernés.

Selon l’observatoire prospectif du commerce, environ 5000 réparateurs d’appareils électroménagers exercent aujourd’hui en France, et d’ici cinq ans, plusieurs d’entre eux partiront à la retraite. Les besoins à court terme sont évalués d’ici 2027 à 3000 techniciens supplémentaires. L’évolution législative avec la loi AGEC et des raisons économiques poussent à prolonger nos appareils électriques. Depuis son lancement, le bonus réparation aurait ainsi généré chez plusieurs réparateurs labellisés, une croissance d’activité de 30 %. La filière a donc de beaux jours devant elle, à condition d’anticiper dès maintenant la formation et le recrutement de techniciens spécialisés. Du principal distributeur français sur le marché de l’électroménager et de l’informatique à la structure de l’ESS, la formation est au coeur d’une stratégie à court et moyen terme.

Source : Etude Ademe 2021, Fonds réparation de la filière EEE

 

Centres de formation du groupe Fnac-Darty

C’est le cas chez Fnac-Darty dont l’objectif est d’intégrer dans ses effectifs 500 nouveaux techniciens d’ici deux ans, aussi bien pour les interventions à domicile sur le gros électro-ménager que les réparations du PAM ou du multimédia en atelier. Le groupe a commencé dès 2019 à former de nouveaux techniciens réparateurs via sa Tech Académie, soit à ce jour 700 personnes. Résultat, 40 % des réparateurs salariés ont moins de quatre ans d’ancienneté. Son premier centre de formation en partenariat avec le CFA Ducretet* et l’Afpa a démarré en octobre 2022 à Metz Ennery, accueillant des lycéens et des actifs en reconversion ou réinsertion professionnelle. Depuis, des ouvertures de classes ont eu lieu à Marseille, en région parisienne et à Nice. Pour 2023, ce sont environ 175 réparateurs opérationnels que le groupe prévoit d’embaucher et en moyenne 200 techniciens par an pour étoffer son service réparation ; seule solution pour atteindre son objectif de 2,5 millions de produits réparés d’ici 2025. « Actuellement, le métier de réparateur est sous tension, car notre secteur n’a pas suffisamment anticipé la demande. En outre, il faut du temps pour former un technicien qui doit évoluer avec le marché. Une fois sur le terrain, celui-ci doit pouvoir réparer aussi bien des appareils qui ont dix ou quinze ans d’âge que des équipements récents bourrés d’électronique » assure Fabrice Attelann, responsable formation RH.

A côté des géants de la distribution, des spécialistes de la réparation comme Murfy et la Compagnie du SAV, veulent attirer de nouvelles recrues dans leur structure. Le développement de la Murfy Académie s’inscrit dans ce contexte. Basée à Bobigny (93), l’entreprise a formé depuis 2021, seize promotions dans cinq villes différentes. Au total, 132 stagiaires ont donc suivi l’intégralité de la formation avant de signer un CDI chez Murfy. La formation se déroule dans les ateliers de reconditionnement de Murfy. Dès le premier jour, le candidat se retrouve devant des machines, tournevis et multimètre en mains. Ces apprentis en reconversion proviennent de domaines très différents : restauration, maintenance, boulangerie, coiffure, mécanique auto, grande distribution, logistique, etc. La période de formation dure 6 mois alternant des modules de formation théoriques et pratiques au sein de l’atelier régional et des semaines d’immersion avec un collègue expérimenté sur la route. Les trois premiers mois de formation, sous convention avec Pôle Emploi portent surles bases du métier de technicien. Les trois autres mois sont passés en CDI sur 35h. Objectif : être capable de réaliser 6 interventions/jour après 6 mois d’apprentissage. Les compétences professionnelles visées à l’issue de cette formation sont l’autonomie technique. Cela signifie maîtriser les fondamentaux sur les appareils électroménagers de lavage et de froid, diagnostiquer et réparer ces appareils, adopter les bons réflexes pour devenir autonome. Autre compétences demandées : le sens du service client et la maîtrise des process et de l’organisation.

Quatre nouvelles formations à la rentrée

 

Ces formations méritent d’être examinées avec attention souligne Joël Couret, délégué général à la réparation chez Fedelec. Il ne mâche pas ses mots à l’encontre des dérives de certains professionnels de la filière EEE : « des entreprises laissent croire qu’il s’agit de leur propre formation. Pourtant, c’est un bien commun, résultat de négociations au sein de la branche professionnelle et des différentes institutions scolaires. Tandis que d’autres sous couvert de l’appellation flatteuse Académie font du dégrossissement accéléré débouchant sur une simple attestation privée ». L’amplification de la demande de réparation associée à la pénurie de techniciens induisent parfois des comportements regrettables de la part de certaines entreprises, déplore-t-il.

Atelier de réparation à Bezons (95)

La déception des consommateurs sur le plan technique doit absolument être évitée, ajoute Joël Couret, car elle mettrait à mal tous les efforts contribuant à redonner un avenir à la réparation. Des représentants d’artisans réparateurs au sein de la fédération comme Jean-Louis Bossard qui siège à la CPNEFP (Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de la Formation), Gilles Saint-Didier (Education Nationale + administrateur au CFA Eugène Ducretet) et Eric Wetzel qui siège au CPPO (Comité Paritaire de Pilotage de l’Observatoire) sont intervenus ces dernières années pour un renouveau de la formation. Leurs positions ont notamment permis le retour de l’étude de l’électronique et de l’apprentissage de la réparation au composant dans quatre formations qui accueilleront leurs premiers étudiants à la rentrée 2023 : le BAC Pro CIEL (3 ans – Niveau 4), remplaçant le BAC Pro SN qui ne correspondait plus aux attentes des entreprises ; la Mention complémentaire du BAC Pro CIEL (1 an – Niveau 4) pour une spécialisation dans la réparation EEE ; le CQP Technicien réparateur en électroménager et multimédia ; la formation certifiante RC3E (Réparateur Conseil d’Equipements Electriques et Electroniques).

Ne pas décevoir le consommateur

 

Inauguration officielle de l’Atelier de l’Excellence en présence de Véronique Riotton, députée (à gauche) et le préfet de l’Essonne (à droite)

C’est dans ce contexte que la Compagnie du SAV a créé son Atelier de l’Excellence. Spécialiste de la réparation à domicile de gros appareils électro-ménagers depuis 2012, l’entreprise emploie 150 techniciens sur toute la France avec plus de trois millions d’interventions à son actif. Sur son siège social de Lisses (Essonne), elle a lancé un parcours de formation en partenariat avec le lycée Georges Brassens d’Evry-Courcouronnes (91). Combinant cours théoriques en salle et travaux pratiques sur équipements, l’atelier propose une formation complète de deux ans sur toute la gamme GEM (Gros électroménager), avec habilitation électrique, en vue de réparer tout type de panne, y compris les plus complexes. Les cours sont dispensés à des lycéens en contrat d’apprentissage. Lancée en 2021, la première promotion est composée d’une douzaine d’apprentis : « nous insistons autant sur le savoir-faire que sur le savoir-être. Lors d’un déplacement à domicile, nos techniciens doivent résoudre une panne rapidement et efficacement. L’étape de diagnostic est donc cruciale, c’est presque 80 % de la réparation réalisée » souligne Laurent Falconieri, directeur général de la Compagnie du SAV. Dès la rentrée prochaine, l’entreprise proposera à des étudiants, une Mention Complémentaire Production et Réparation de Produits Électroniques (bac+1) en partenariat avec le lycée Galilée de Paris 13. A l’issue de cette formation, les apprentis peuvent prétendre à un CDI dans l’entreprise. C’est un peu le but du jeu, selon Laurent Falconieri, pour répondre à la demande croissante des clients. Labellisée QualiRépar, l’entreprise a enregistré une croissance d’activité de 30 % avec le bonus réparation.

En parallèle, la Compagnie du SAV a développé son atelier de reconditionnement. Y sont formés ses futurs techniciens et des publics éloignés de l’emploi, comme des personnes en situation d’un handicap ou en reconversion professionnelle. Une complémentarité indispensable selon Laurent Falconieri qui prévoit la vente en ligne sur le site de l’entreprise dès l’automne 2023. Les techniciens réparateurs à domicile pourront également proposer des appareils reconditionnés si les réparations chez le client n’ont pas pu aboutir. Les appareils proviennent des fabricants majoritairement. Souvent neufs, ces équipements ont reçu un choc ou ont un défaut qui ne leur permet pas d’être commercialisés en l’état. L’objectif à très court terme est d’agrandir rapidement l’activité de reconditionnement en s’installant sur un nouveau site proche de l’actuel pour répondre à la demande. « Tout l’enjeu pour nous est de former sur une période ni trop longue ni trop courte pour avoir des techniciens compétents et autonomes, opérationnels à court terme, insiste le DG de la Compagnie du SAV. Cette expertise est indispensable ; il en va de notre rentabilité et de notre équilibre économique ».

Certification en attente chez Envie

 

Passerelle entre le monde du réemploi et le monde du travail, la fédération Envie accompagne les personnes en réinsertion professionnelle en les formant à la réparation des appareils électriques et électroniques. Depuis son lancement dans les années 1990, Envie dispense des formations en interne sur des périodes moyennes de six mois. Mais un changement d’échelle s’impose à l’entreprise à la fois pour contribuer à l’essor du réemploi en France, et répondre à la demande. En 2022, Envie a formé 171 salariés contre 102 en 2021. Fin 2022, la fédération a fait une demande auprès de France Compétences pour proposer une certification au réemploi et à la réparation. Le délai d’attente de validation est d’environ dix mois.

« Le contenu de notre formation sera ainsi reconnu par l’État et permettra un diagnostic poussé sur les EEE et le multimédia, et à terme sur les appareils électriques issus du jardinage et du bricolage, explique Ali Taleb, directeur adjoint chez Envie. Cette formation pourra compléter ce qui est proposé chez Fnac-Darty avec lequel nous travaillons, à savoir, notre expertise sur la rénovation et le réemploi de pièces détachées d’occasion ». La formation certifiante d’une durée d’un an devrait lancer sa première promotion à l’automne 2023. Les candidats sont essentiellement des salariés en insertion par l’activité économique et des demandeurs d’emploi longue durée. La formation pourra être financée par les entreprises et des organismes comme le CPF et l’Opco. Priorité est donnée aux régions. La fédération compte créer d’ici 2025, six pôles régionaux de formation, tous adossés aux ateliers du réemploi. Deux sites, dans l’ouest et le sud-ouest, sont déjà sur la liste pour démarrer cette formation certifiante avant la fin de l’année. Parmi les formateurs, des enseignants indépendants mais aussi des salariés d’Envie expérimentés, prêts à transmettre à leur tour, leur savoir-faire.

* CFA Ducretet : créés en 1992 par les professionnels de l’industrie et de la distribution, les CFA du Réseau Ducretet forment aux métiers de la vente et de la réparation de l’électroménager, du multimédia et des objets connectés, ainsi qu’aux métiers des télécommunications et des infrastructures numériques.

Crédit : Fnac-Darty, ecosystem, CM

En savoir plus :

Formations initiales : Fedelec

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