Le rétrofit va booster la filière réparation

Les constructeurs automobiles prêts à jouer le jeu

Le basculement des véhicules à moteur thermique vers du moteur électrique est d’actualité en Europe. En France, les pouvoirs publics ont donné des gages aux professionnels du secteur au niveau législatif et financier. Le rétrofit répond à un enjeu de décarbonation des mobilités et permet selon Mobilians d’accompagner la filière automobile vers une économie circulaire. A la clef : allonger la durée de vie des véhicules, retarder la production de VHU, encourager l’emploi de pièces détachées d’occasion, renforcer l’activité de réparation.

Alors que la décarbonation du secteur automobile s’inscrit désormais dans une feuille de route gouvernementale, le déploiement du rétrofit est plus que jamais d’actualité pour l’association AIRe, des acteurs du rétrofit électrique et la fédération Mobilians (activités de la filière automobile). L’État semble avoir donné des gages aux professionnels du secteur avec le lancement d’un Plan rétrofit fin avril 2023. Y seraient associées une enveloppe budgétaire de l’ordre de 20 millions d’euros réservée aux investissements dans le cadre de France 2030. Un premier appel à projets a été lancé sur le « Soutien aux projets d’investissements pour produire en France les véhicules routiers de demain et leurs composants ». L’État s’engage également à aider les démarches de conception et d’homologation des prototypes dans le cadre des investissements de R&D industriel. La révision de l’arrêté de mars 2020 est actuellement en cours pour simplifier les possibilités de rétrofit et d’introduire des flexibilités techniques et administratives.

Tous ces signaux confortent la profession dans sa volonté d’accélérer le mouvement. Si la réglementation européenne sonne le glas en 2035 de laproduction de véhicules thermiques, certaines mesures peuvent d’ici là faire évoluer le parc électrique plus rapidement. En France, avec plus de 40 millions de véhicules en circulation et moins de 1,5% équipé avec des motorisations électriques, le rétrofit a une chance de percer. La mise en place progressive des Zones à Faibles Émissions (ZFE) dans plusieurs métropoles françaises peut aider à son développement. Pour encourager sur cette voie, tous les usagers de véhicules légers, véhicules utilitaires et des deux roues (particuliers et entreprises), l’État annonce des aides à la conversion allant de 6000 à 10 000 euros. Mobilians et AIRe ne manqueront pas de rappeler au gouvernement ses engagements à l’automne prochain, dans le cadre du projet de loi de finances.

Dix ans de plus

 

De leur côté, les professionnels de l’automobile anticipent l’évolution de leur activité et de leurs métiers. Les acteurs du rétrofit mènent un important travail de R&D et d’homologation. Concernant les véhicules particuliers (VP/VL) et 2-3 roues motorisés, six systèmes de rétrofit sont homologués à ce jour, mais 17 systèmes de rétrofit sont actuellement à l’étude et 9 autres en cours d’homologation. Au total, cela correspond à 32 systèmes de rétrofit pour les véhicules particuliers et 2-3 roues motorisés disponibles d’ici 2025, soit en perspective, un parc de plus de 11 000 véhicules. Les véhicules utilitaires légers (VUL) seront concernés par 23 systèmes de rétrofit homologués d’ici 2025. Cela permettra de couvrir l’ensemble du marché des VUL, soit près de 8 000 véhicules. Les VASP (bennes de collecte, dépanneuses, ambulances, food-trucks, camping-vars etc.) pourront aussi bénéficier d’une homologation à terme. L’intérêt pour le rétrofit est déjà significatif chez les exploitants de véhicules industriels, bus et cars, comme Keolis et Transdev qui inaugurera prochainement son premier car rétrofité entrant en exploitation. Autre marché ciblé, les flottes publiques pourraient basculer plus rapidement vers le rétrofit, grâce à l’obligation de verdissement du parc pour les grandes entreprises et les administrations, imposée par la Loi d’orientation des mobilités.

« Pour un particulier, un véhicule rétrofité pourra facilement durer dix ans de plus, assure Stéphane Wimez, président du métier Rétrofit de Mobilians. Avec un enjeu important sur la réduction de l’empreinte environnementale, de l’ordre de 50 %. Sans compter que le prix d’un véhicule rétrofité reste deux à trois fois moins cher qu’un véhicule électrique neuf ». Depuis plusieurs années, les constructeurs ont travaillé sur la durabilité des véhicules. Leur désintérêt vis-à-vis du rétrofit pendant plusieurs années s’est radicalement transformé. Des groupes comme Renault ou Stellantis sont conscients que le rétrofit peut leur faire gagner du temps en innovation et en investissements pour convertir leur production. Cela peut aussi être une nouvelle source de revenus grâce au marché des pièces détachées d’occasion et au prolongement de la garantie constructeur.

Crédit : R-FIT

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