Le CETI file un bon coton

Du prototype matière au recyclage des fibres courtes

Grande consommatrice d’eau et de pesticides, la culture du coton pourrait au cours des prochaines années, connaître une pénurie. Et pourtant, cette matière fait partie des incontournables de l’industrie textile. Depuis six ans, le Centre européen des textiles innovants (CETI) s’investit dans le développement éco-responsable de la filière, avec l’élaboration de procédés de recyclage de fibres courtes, comme le coton. Cette plateforme de prototypage industriel, unique en Europe se met actuellement au service du projet Rewind et du consortium REPS pour traiter les tenues professionnelles usagées.

Comment aider les industriels du textile à réduire leur empreinte environnementale, en particulier vis-à-vis de leurs matières premières ? Ce secteur d’activité est aujourd’hui considéré comme l’industrie la plus polluante. Pour réduire cette pollution, plusieurs solutions s’offrent aux grandes marques, et aux producteurs de textiles : l’emploi de matières biosourcées, l’interdiction de substances toxiques, ou encore le recours à de la fibre recyclée. C’est à cette fin, que le centre européen des textiles innovants (CETI) a été créé en 2012 à Tourcoing. Une plateforme de 8000 m² accueille des lignes et des technologies pilote, pour concevoir et expérimenter de nouvelles pratiques dans ce secteur. Depuis 2014, le centre travaille sur l’éco-conception des produits comme le polyester issu de maïs et de betterave, mais également sur l’allègement des structures textiles, tout en conservant les mêmes propriétés mécaniques.

Si les industriels sont de plus en plus sensibles au recyclage de leurs produits en fin de vie, ils sont parfois démunis face aux actions à mener. Le CETI les accompagne en amont et en aval, en promouvant certaines pratiques comme le mono-matière, en encourageant la réduction de perturbateurs tels que les inserts métalliques ou plastiques, ou bien en associant des matériaux bio-sourcés. « Nous disposons de trois axes de recherche qui portent sur la performance des matières, la transformation digitale des process et le développement éco-responsable, explique Mara Poggio, ingénieure R&D, en charge de ce dernier volet. La recyclabilité fait partie aujourd’hui de nos priorités, car elle répond aux attentes de nos clients industriels, en quête d’économies de ressources et d’innovations ».

Ainsi est né en 2017, le projet Rewind. Grâce à un budget de six millions d’euros sur trois ans, financé par l’Ademe dans le cadre des investissements d’avenir, Feder et des fonds propres, le CETI a investi dans une nouvelle ligne de recyclage de deux millions d’euros. Le projet est également soutenu par la MEL (Métropole européenne de Lille) et l’éco-organisme Eco-TLC. L’objectif : favoriser la fin de vie des articles textiles pour approvisionner les nouvelles collections en matières premières issues du recyclage. Les marchés visés sont l’habillement et les textiles de maison. Parmi les principaux partenaires, figurent Decathlon et sa marque Solognac, l’école d’ingénieurs Icam, le fabricant de lignes de recyclage textile Laroche, le collecteur Gebetex et le fabricant de tissus techniques et professionnels TDV Industries.

La particularité de ce chantier est de développer à l’échelle pilote, toutes les étapes de traitement jusqu’à la confection d’un fil régénéré, à base de coton : tri automatisé par couleur et selon la composition, délissage par retrait des boutons et fermetures métalliques, effilochage, cardage, filature open end pour traiter les fibres courtes, tissage ou tricotage. Pour élaborer cette ligne de recyclage, le CETI s’entoure de plusieurs équipementiers du textile mais aussi de l’industrie du déchet. C’est le cas des constructeurs Tomra et Valvan Baling Systems, sollicités pour tester le tri des textiles par procédé optique.

REPS cible les tenues professionnelles

 

Les travaux sur le coton ont un double enjeu : éviter de recourir aux matières vierges dont on sait que la culture reste globalement néfaste pour l’environnement et surmonter l’obstacle de la fibre courte, intrinsèque au coton. En effet, si la fibre vierge de coton s’étire sur 5 cm environ, son effilochage va diviser sa longueur par deux. Pour pallier une fragilité liée à cette fibre courte, le CETI travaille sur la réalisation de mélanges en polyester biosourcé et en coton recyclé.

Ligne pilote au CETI

Au projet Rewind, est venue s’ajouter REPS, une offre spécifique sur la fin de vie des tenues professionnelles (hors EPI), portée par le consortium CETI et TDV Industries. Nom d’une armure (entrecroisements de fils) dérivée de la toile, mais aussi nom d’un tissu d’ameublement, REPS propose d’accompagner les trieurs-collecteurs, les marques du secteur de la mode et de l’ameublement dans leurs démarches environnementales. Pour TDV Industries, l’ambition finale est de contribuer à la fabrication d’un tissu de qualité en matière recyclée. « Il s’agit d’un partenariat privé qui doit déboucher sur la mise au point de prototypes pour des collections capsules. A la différence des produits textiles grand public, les vêtements professionnels sont en général plus homogènes dans le choix des matières et surtout garantissent une traçabilité de leurs composants, via le cahier des charges des donneurs d’ordres. Cela nous simplifie la tache dans l’élaboration du process de tri et la mise au point ensuite d’un fil régénéré à intégrer dans de futures collections », explique Mara Poggio. Reste néanmoins quelques freins techniques liées à la teinture des fibres déjà colorées. Le CETI développe et teste le procédé de teinture par voie sèche à l’aide d’un logiciel. Ce procédé consiste « tout simplement » à mélanger des fibres déjà colorées pour obtenir une couleur donnée. Encore faut-il savoir doser. « Ainsi, pour obtenir un rose, nous mélangerons des fibres rouges et blanches issus de vêtements en fin de vie effilochés rouges et blancs » explique Mara Poggio.

Opération d’ourdissage sur le site du CETI

Au-delà, subsistent certains obstacles psychologiques, même si selon Mara Poggio, la tendance est au vert : « des préjugés sur l’image bas de gamme de la fibre recyclée persistent. Mais en optant pour des textiles à base de fil régénéré, les marques font le grand saut. Elles estiment pour la plupart que cette démarche les conduit à réorganiser leur modèle économique et notamment à modifier leur logistique d’approvisionnement qui passe désormais par un circuit court ». Du changement de mentalité au changement de pratique, le chemin semble se raccourcir au fur et à mesure que la R&D apporte des résultats tangibles. Cette décantation ne pourra se faire que par des projets exemplaires, tels que Frivep ou avec Cepovett dans le recyclage du vêtement professionnel. Le centre de Tourcoing continue d’étendre ses missions en France dans ce secteur, mais aussi à l’échelle européenne dans le cadre de Horizon 2020. A ce titre, Adidas et BASF l’ont sollicité pour le projet Sport Infinity, afin de développer de nouvelles matières innovantes et recyclables. Le CETI a été par ailleurs invité à rejoindre le centre italien technique du textile pour plancher sur le recyclage des matières acryliques.

Crédit : Eco-TLC, CETI

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