L’éco-conception au service de la productivité

Révision en cours de la norme ISO 14006

Considérée comme l’un des piliers de l’économie circulaire, l’éco-conception fait peu à peu son entrée dans l’entreprise. Depuis dix ans, le Pôle Eco-conception de Saint-Etienne contribue à la mettre en lumière et en démontre ses bénéfices. Parmi ses priorités, l’association promeut l’éco-conception comme l’un des garants de la performance environnementale. Les témoignages de démarches réussies ne manquent pas. Plusieurs entreprises avouent elles-mêmes être surprises des changements positifs au sein de leur activité.

Une étude sur la profitabilité de l’éco-conception, publiée en 2014 par le Pôle Eco-conception de Saint-Etienne et l’Institut de développement des produits du Québec, montre que sur 30 entreprises ayant fait une démarche d’éco-conception, 26 ont augmenté leurs ventes et 40 % d’entre elles ont observé une marge sur les produits éco-conçus, supérieure aux produits fabriqués de manière traditionnelle. Qu’est-ce que l’éco-conception ? L’Ademe en a donné une définition toujours d’actualité. C’est « la conception d’un produit d’un bien ou d’un service, qui prend en compte, afin de les réduire, ses effets négatifs sur l’environnement tou au long de son cycle de vie en s’efforçant de préserver ses qualités ou ses performances ».

Mais dans l’industrie, il y a la théorie et la pratique. Pendant des années, l’emballage et l’automobile ont souvent mis en avant l’éco-conception pour se focaliser sur l’allègement du produit, afin de garantir une préservation des ressources et surtout une économie des émissions de CO2. Du coup, ces investissements sur l’allègement pouvaient parfois aller à l’encontre d’une meilleure recyclabilité du produit, puisqu’ils ne tenaient pas compte de la facilité de démontage ou du choix des matériaux recyclables. Aujourd’hui, plusieurs exemples dans l’industrie de l’emballage montrent au contraire une très grande attention sur la recyclabilité, mais délaissant de ce fait tous les autres critères composant l’éco-conception. Difficile en réalité pour une entreprise d’avoir une vision globale sur l’ensemble du cycle de vie d’un produit et/ou d’un service.

Depuis que l’économie circulaire a fait son apparition dans le paysage français et européen, l’éco-conception semble prendre encore plus de place. A la fois perçue comme l’un des sept piliers de ce nouveau modèle économique, l’éco-conception devient aussi la méthode qui s’applique à chacun des autres piliers et garantit que ceux-ci ne vont pas à l’encontre de la performance environnementale de la démarche.

Economies et productivité

 

Dans la feuille de route sur l’économie circulaire, l’éco-conception concerne six mesures phares. On y retrouve surtout de l’affichage environnemental pour le consommateur et de l’éco-modulation dans les filières REP. En réalité, peu de moyens mentionnés pour aider les fabricants à s’orienter vers une démarche d’éco-conception. Sur le terrain, plusieurs raisons motivent les entreprises. Elles souhaitent anticiper la réglementation, répondre à une demande des clients, réduire les coûts de fabrication, réduire leur consommation d’énergie et de ressources, se repositionner face à la concurrence. Mais une démarche d’éco-conception ne se lance pas à la légère. C’est une véritable stratégie d’entreprise à mettre en place pour garantir son succès, souligne Samuel Mayer, directeur du Pôle Eco-conception de Saint-Etienne.

Modules des systèmes logistiques chez Savoye

De nombreuses sociétés n’ont pas attendu le cadre réglementaire pour faire de l’éco-conception, leur stratégie de croissance. Savoye est spécialiste des solutions techniques pour le stockage et les flux logistiques, l’entreprise propose des systèmes manuels ou automatisés pour les plateformes de distribution. Avec l’idée de travailler sur la recyclabilité et les économies d’énergie, l’entreprise a décidé de repenser entièrement ses convoyeurs à charge légère, avec une démarche d’éco-conception. Accompagnée par le Cetim (Centre technique des industries mécaniques), Savoye a identifié deux enjeux dans le cycle de vie d’un convoyeur : la consommation énergétique et la réutilisation dans une autre installation ; le choix des matières premières en vue d’une recyclabilité. La réflexion s’est traduite par une réduction du nombre de composants, l’intégration de fonctionnalités pour adapter la consommation d’énergie, la modularité de la gamme en vue d’une réutilisation. Résultat : un nombre de pièces divisée par trois, une consommation électrique réduite de 45 % et un taux de recyclabilité de 75 % liée en partie à la suppression de modules en plastique utilisés pour débrayer et freiner les rouleaux. Tous ces efforts ont permis à l’entreprise de gagner des parts de marché avec 60 sites équipés en plus soit 40 kms en plus installés en France, en Russie, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, en Italie en Angleterre, en Pologne et en Australie. Pour les clients, cela signifie aussi une maintenance facilitée avec moins de pièces à stocker et leur remplacement plus aisé.

Afin de réduire l’impact environnemental de ses câbles et mieux se positionner face à la concurrence, le groupe Nexans a choisi de déployer depuis 2010, une démarche d’éco-conception sur quinze sites de production en Europe et aux Etats-Unis. Ces travaux ont été appliqués à son câble de moyenne tension EDRMAX, utilisé dans les réseaux enterrés de distribution d’électricité.  Nexans a surtout travaillé sur la phase d’utilisation pour rendre les câbles plus performants et d’une plus grande efficacité énergétique. Pour y parvenir, un nouveau design de la gaine du câble a été développé, sans modifier la composition du produit. Nexans a également agi sur la mise en emballage du câble, pour réduire le nombre de jonctions et faciliter le travail de l’installateur. Au final, cette modification de design a permis de diminuer les pertes d’énergie de 17 % et de réduire l’impact sur les émissions de CO2 de 12 % sur le cycle de vie du produit.

Berlingots emballés dans du film plastique Lactips

Lauréate du concours Eco-Innovations en octobre dernier, avec neuf autres entreprises* et en décembre, récompensée par le Circular Challenge 2018 de Citeo, la start-up Lactips a été fondée en 2014 et installée à Saint-Jean-Bonnefonds. Son originalité : fabriquer des granulés thermoplastiques à partir de caséine, la protéine du lait. Ce matériau plastique biosourcé, est soluble dans l’eau chaude ou froide, biodégradable, comestible, imprimable et industrialisable par les procédés classiques de la plasturgie (extrusion gonflage, injection, thermoformage…). Il constitue en outre une bonne barrière à différents gaz. Destiné principalement à la production de films souples, il pourrait trouver de nombreuses applications industrielles pour emballer les détergents, les produits agro-chimiques, mais aussi l’alimentaire, les produits cosmétiques et médicamenteux. L’entreprise envisage de produire 440 tonnes de granulés plastiques l’an prochain. Dans un autre registre, celui de la communication, le groupe Décathlon a remis à plat son système d’affichage environnemental. Alors que 73% de l’impact environnemental provient des produits vendus par la marque, l’étiquetage ne concerne à ce jour que 1500 produits vendus en ligne. Pour mettre au point cet affichage, dix années de recherche ont été nécessaires.

Les cinq lettres A, B, C, D, ou E sont affichées sur le 1/3 de l’offre textile, chaussures et confection. En 2019, Décathlon pourra afficher la note sur 50 % des produits proposés en magasin. L’affichage environnemental permettra au client de faire son choix en connaissance de cause sur les matières et les procédés utilisés. La modélisation des impacts de production sur l’environnement, la création d’un référentiel type pour chaque produit (t-shirt, ou pantalon) a fait travailler l’enseigne différemment avec ses fournisseurs : partage des méthodes, création des critères communs avec une base de données harmonisée pour effectuer les calculs, et benchmarker d’autres acteurs. Côté clients, l’affichage regroupe sept éléments maximum, pour rendre l’information lisible. Par ailleurs, l’affichage environnemental fourni aux chefs de produits a fait changer les mentalités. Ils ont écarté d’eux-mêmes les produits mal notés.

Quand les REP montrent l’exemple

 

Parmi les mesures phares de la feuille de route, l’une d’elles souhaite renforcer le rôle des filières REP et notamment redonner des marges de manœuvre aux éco-organismes. Cela pourrait se traduire par la mise en place d’un plan quinquennal sectoriel fixant la trajectoire, en termes de prévention et d’éco-conception. Aujourd’hui, Citeo propose à ses clients metteurs en marché, plusieurs outils pour les aider à éco-concevoir et réduire leur contribution. FEEL est un diagnostic en ligne destiné à l’entreprise et qui ne prend que 15 minutes. A la clé : un plan d’action personnalisé avec des pistes de travail concrètes. L’entreprise peut également analyser le cycle de vie de ses emballages, déterminer leur impact environnemental et élaborer un plan d’actions grâce au site web BEE (Bilan Environnemental des Emballages). Dans le domaine du papier graphique, l’éco-conception joue aussi un rôle en termes de gains environnementaux et économiques. Citeo propose aux entreprises de visualiser directement sur leur devis, les impacts environnementaux de leurs imprimés publicitaires et de simuler le montant de leur contribution grâce au logiciel Paper Metrics développé au sein de la filière papier.

De son côté, éco-mobilier, en charge des déchets d’ameublement non professionnels, a publié en 2016, son premier guide de l’éco-conception. Il offre une base de connaissances sur les matériaux composant le mobilier d’aujourd’hui et favorise le partage de ces informations avec les acteurs opérationnels et les entreprises du mobilier. Plus récemment, le Pôle Eco-conception et éco-mobilier se sont associés pour réaliser un état de l’art des projets d’éco-conception dans le secteur du mobilier. Cette étude donne de nombreux exemples de solutions mises en oeuvre par l’industrie du mobilier en Europe. A travers la publication de 61 fiches produits, cet état des lieux veut inspirer et encourager les entreprises dans leur démarche d’éco-conception.

L’éco-conception dans les normes

 

Au niveau international, la norme ISO 14006 : 2011 donne les grandes lignes pour établir, documenter, mettre en œuvre et améliorer le management de l’éco-conception de produits ou de services. Cette norme est utilisée par les organisations qui ont déjà mis en place un système de management environnemental conforme à la norme ISO 14001. Actuellement, la norme ISO 14006 : 2011 est en cours de révision et sera disponible au premier trimestre 2020. A l’échelle de la France, l’Afnor propose la norme NF X30-264 réactualisée en 2013. Ce document fournit des lignes directrices pour tout type d’entreprise, quelle que soit sa taille, et en particulier les TPE et les PME qui souhaitent initier une démarche d’éco-conception. Il propose une méthodologie pragmatique de mise en place d’une démarche d’éco-conception et permet notamment une appropriation (démarche, acteurs, outils, etc.) de l’éco-conception au sein de l’entreprise. Englobant l’éco-conception, l’économie circulaire donnera naissance d’ici à deux ans, à une nouvelle norme ISO 14009, pour contribuer à une gestion efficace de l’économie circulaire dans les produits et composants, réduire les risques commerciaux et créer de nouvelles opportunités. A l’origine de ce projet, se trouve l’agence française Afnor. Sa norme expérimentale XP X30-901 publiée en octobre dernier, permet de planifier, mettre en œuvre, évaluer et améliorer un projet d’économie circulaire.

Depuis plus de dix ans, l’éco-conception a fourni bon nombre d’études, travaux de R&D, labels et normes en tous genres. Si cette littérature peut s’avérer complexe et chronophage, elle a au moins démontré une chose et non des moindres : les bénéfices engendrés par une réduction de l’impact environnemental. Alors que l’éco-conception est devenue le moteur de l’économie circulaire, une simplification et une meilleure visibilité des outils disponibles sont plus que jamais nécessaires.

* Décathlon, Eco-mobilier, Lactips, Florentaise, Les Vignerons de Buzet, Nok Factory, Notox, Pic Bois, You et 1083

A savoir :

L’Ademe, la CCI Rhône-Alpes et le Pôle éco-conception proposent d’accompagner les entreprises de la région AURA dans leur démarche avec l’outil PRIME (Programme régional d’innovation et de management par l’éco-conception). L’entreprise qui le souhaite est informée, formée et conseillée dans la mise en œuvre de projets concrets, grâce à des webinaires, des ateliers techniques, un diagnostic initial éco-conception et des outils d’évaluation.

L’Ademe vient de lancer son nouvel appel à projets de recherche Perfecto 2019 sur l’amélioration de la performance environnementale des produits

A lire :

rapport_profitabilite-ec-2014_web

L’éco-conception dans les emballages

L’éco-conception en Allemagne

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article