La filière de gestion des déchets de l’agrofourniture a démarré en 2001. Lancé dans le cadre d’un engagement volontaire entre fabricants, metteurs en marché, agriculteurs et recycleurs, ce dispositif porte ses fruits vingt ans après avec 67 % de recyclage. Au vu des résultats, la loi sur l’économie circulaire n’a pas remis en cause l’initiative de la profession. Pour Adivalor, l’éco-organisme gestionnaire, l’instauration d’un accord-cadre avec l’État renouvelé tous les cinq ans depuis 2003, garantit une certaine marge de manoeuvre.
Films d’ensilage, enrubannage, bidons, big bags, fûts, ficelles, filets anti-grêle, gaines d’irrigation, voici quelques catégories de produits et emballages usagés collectés et recyclés par la filière de la plasticulture. Une pratique mise en place en 2001 et qui a vu au fil du temps, le nombre de flux s’étendre à une vingtaine de produits. A tel point que cette spécificité française, en pointe dans ce domaine, suscite beaucoup d’intérêt au niveau européen et international. Les performances sont à la clef. Aujourd’hui, 300 000 agriculteurs sont mobilisés dans la gestion de leurs déchets plastiques tandis que la filière implique 1200 opérateurs de collecte, 350 industriels ou importateurs.

Sur le terrain, ce sont actuellement 7000 points de collecte disponibles dans toute la France, ce qui a permis de collecter en 2019, près de 80 000 tonnes de matières. « Cela représente une progression de 6500 tonnes par rapport à 2018, hors films de paillage. Non seulement nous affichons 90 % de recyclage pour ces matières collectées, mais notre filière permet de recycler 67 % des produits mis en marché. Nous sommes bien loin devant les emballages plastiques ménagers et industriels qui affichent à peine 30 % de recyclage en France », affirme Rémi Haquin, président d’Adivalor, l’éco-organisme en charge de cette filière volontaire. Autant dire qu’avec ces résultats, la filière a pu échapper à la vague REP souhaitée par le gouvernement dans le cadre de sa nouvelle loi sur l’économie circulaire.
90 000 tonnes pour 2020
Cette filière a dès 2003, contractualisé avec l’État en signant un accord-cadre qui fixe les objectifs à atteindre tous les cinq ans. C’est ainsi que le 3e accord pour la période 2016-2020 ambitionne un taux de collecte de 78 % cette année, équivalent à 90 000 tonnes de matière. Depuis sa création, la filière portée par Adivalor, n’a cessé d’élargir son périmètre de gestion et aujourd’hui, pour chaque catégorie de déchet issu de l’agrofourniture, l’accord fixe un taux de collecte et de recyclage à atteindre. « Face à l’évolution réglementaire, nous sommes en ligne avec la loi anti-gaspillage et économie circulaire qui souhaite renforcer les contrôles, l’affichage, la traçabilité et l’incorporation de matière recyclée, mais nous voulons surtout continuer de piloter notre engagement volontaire avec la plus grande marge de manœuvre possible », insiste Rémi Haquin, président d’Adivalor.

Si les chiffres apportent quelque satisfaction au regard des autres filières de gestion de déchets, il n’en reste pas moins de nouveaux défis à relever. « Actuellement 90 % des déchets collectés sont recyclés, en France ou en Europe. Le reste est incinéré ou mis en décharge. Nous avons un double défi, souligne Pierre de Lépinau, directeur d’Adivalor, celui de développer la collecte pour atteindre 100 % d’ici à 2030 et de tendre vers un recyclage maximal des plastiques collectés. Pour renforcer la collecte et sensibiliser un maximum d’agriculteurs, nous souhaitons avec le CPA (Comité français des Plastiques en Agriculture) encore élargir le champs des produits repris et concentrer nos efforts dans certaines régions au Sud de la Loire, où la performance reste inférieure à la moyenne nationale ». Derniers flux collectés en 2019 : les emballages vides de produits oenologiques de la cave en zones viticoles et les gaines souples d’irrigation des zones maraîchères. Sont également visés les produits d’hygiène des élevages de porcs et volaille, mais aussi, les chiffons de nettoyage des mamelles, les voilages non tissés anti-insectes, ou encore les diffuseurs aérosols de phéromones, amenés à remplacer de plus en plus les produits insecticides sur les cultures.
100 % collectés, 100 % recyclés
Autre défi, celui du recyclage. « Alors que la Chine a fermé ses frontières il y a deux ans, une fraction de notre gisement le plus souillé, les films de paillage, a dû être orientée en enfouissement, car les recycleurs français ont préféré du jour au lendemain prendre en charge les films industriels plus propres, qui étaient auparavant exportés ». Une vraie gageure pour Adivalor, qui entrevoit aujourd’hui trois voies possibles pour ces films de paillage : la relance du film biodégradable sur certaines cultures comme la salade ; le développement de machines de dépose plus propre, conçues dans le cadre du programme Rafu sur les cultures de carottes, de melon ou d’échalote ; et enfin, le lancement fin 2021, d’une unité de prétraitement (broyage et nettoyage de films) portée par le projet CleanFlex et le fabricant Europlastiques. Le site sera localisé près de Montpellier et pourra traiter 10 000 tonnes/an de films souillés, en vue de sortir 3500 tonnes de matière prête à la régénération.
Outre les films de paillage, les filets anti-grêle devraient faire l’objet d’une unité spécifique de traitement en 2022, ainsi que les big bags qui à ce jour, n’ont aucune aucune filière en France, déplore Pierre de Lépinau. Un appel à projets a été lancé sur ce gisement dont la collecte s’élève aujourd’hui à 8000 t/an. Les candidats retenus seront dévoilés cet été. L’idée est bien sûr de traiter et recycler sur le territoire un maximum de big bags utilisés dans plusieurs secteurs industriels.
Recycler en boucle si possible

La filière ne cache pas ses inquiétudes concernant l’environnement économique du recyclage des plastiques pour l’année 2020 : d’une part, le prix de la matière vierge a baissé de façon significative durant le dernier trimestre de l’année 2019, ce qui rend le prix de la matière recyclée peu compétitive. D’autre part, l’augmentation de la demande en matière plastique recyclée reste molle. Pour Pierre de Lépinau, il ne faut plus tergiverser : la priorité est d’inciter par tous les moyens l’emploi de matière recyclée à la place de résine vierge, partout où cela est possible, et le consommateur à l’achat de produits plastiques issus du recyclage : « la loi sur l’économie circulaire a défini de bonnes orientations, mais il faut maintenant agir vite car bon nombre de recycleurs font face à des difficultés économiques réelles. La filière agricole est mobilisée en ce sens, tant au niveau français qu’européen, même si elle ne représente que 2 % de la consommation des plastiques en France ».
Dans cette perspective, Adivalor pousse à développer la qualité du tri pour garantir au final plus de débouchés. « Nous réfléchissons sur la mise en place d’un tarif différencié à la reprise des produits les moins souillés, comme une forme d’éco-modulation. Actuellement, nous pouvons réaliser plusieurs applications à partir des plastiques de l’agrofourniture, assure Pierre de Lépinau, tels que des bidons recyclés en tubes ou gaines techniques, des films recyclés en sacs poubelles, des big bags transformés en cagettes ou éléments de construction, des filets paragrêles en mobilier urbain ».
Bidons et big bags éco-conçus

Qui dit économie circulaire, dit aussi et surtout éco-conception et réemploi. En ce qui concerne ce dernier, difficile de faire plus dans un secteur, qui utilise déjà, selon le directeur d’Adivalor, les emballages ou les produits à leur optimum. On ne peut pas remplacer actuellement des matières qui assurent des fonctions indispensables dans l’agriculture comme le transport, stockage, sécurité, explique-t-il : « notre objectif vise davantage à favoriser le bon usage des produits et garantir leur recyclage localement, pouvant dans l’idéal bénéficier à notre filière ». En amont, les fabricants ne négligent pas non plus l’éco-conception de leurs produits en vue d’améliorer leur recyclage. Selon Luc Systma, coordinateur Phyt’allia au sein du groupe Invivo, des études sont en cours sur les big bags et les bidons en vue de supprimer les opercules et favoriser le monomatière. Le film d’enrubannage, constitué jusqu’à présent d’un complexe en PE/PA assurant une barrière au gaz, pourrait être repensé avec d’autres matériaux compatibles en filière de recyclage.
Les engagements de la filière Adivalor, exclusivement tournée vers la gestion et le recyclage des produits de l’agro-fourniture, ne vont pas faiblir de sitôt. Les pratiques sont désormais rodées, éprouvées, et validées par les pouvoirs publics. Il aurait été sans doute judicieux pour bien d’autres secteurs d’activité de s’en inspirer pendant qu’il était encore temps.
Crédit : CPA, Adivalor
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