La Chine a annoncé, en juillet 2017, l’arrêt des importations de certaines catégories de déchets plastiques à compter du 1er janvier 2018. Les conséquences ne se sont pas fait attendre. Environ 300 000 tonnes de matières plastiques, notamment des films industriels en polyéthylène, devront être recyclées en Europe, alors que les capacités de traitement et la demande industrielle sont insuffisantes. Cette situation a des répercussions sur toute la filière des plastiques, y compris les déchets non concernés par le grand export. C’est le cas des films plastiques agricoles usagés.
La filière française de traitement portée par Adivalor et le CPA (Comité des plastiques en agriculture) ont développé depuis plusieurs années une gestion volontaire associant les agriculteurs et les fabricants pour permettre une valorisation des films agricoles en France ou en Europe. La filière avait depuis trouvé ses marques et un certain équilibre au niveau de la collecte, en progression constante, sur le plan économique mais aussi au niveau des débouchés industriels pour ces plastiques, en particulier pour les films les plus souillés, recyclés par deux entreprises en France. Adivalor déplore que la filière agricole subisse les conséquences de cette situation, totalement extérieures à son fonctionnement.
Les mesures de restriction annoncées par la Chine sont la goutte d’eau en trop, constate Pierre de Lépinau, directeur général d’Adivalor. Après le Green Fence chinois de 2016 qui imposait des qualités plus élevées aux matières importées, le marché des plastiques recyclés a commencé à se dégrader inexorablement. Les raisons restent floues. On constate toutefois que les prix du Pehd, du Pebd et du PP ne cessent de s’étioler au niveau européen avec en parallèle une demande industrielle assez faible. En tout état de cause, la fermeture de la Chine aux déchets plastiques entraîne un surplus de films plastiques en France et en Europe que l’industrie du recyclage ne peut pas écouler. Par conséquence, les plastiques agricoles souillés entre 30 et 50 % qui disposaient des capacités industrielles suffisantes trouvent moins preneurs, car les recycleurs préfèrent se tourner vers des films industriels propres et de meilleure qualité.
Suez ferme une usine
En pratique, les bouleversements n’ont pas tardé, puisque le groupe Suez, principal recycleur de films agricoles vient de fermer l’un de ses deux sites basé à Viviez dans l’Aveyron. L’usine ex-Sopave a été mise en cessation d’activité de façon ferme et définitive. L’équilibre financier déjà fragile ne pouvait plus être maintenu suite aux mesures chinoises. Le site traitait 15 000 t/an de films pour une production de 5000 t/an de granulés et employait 35 personnes. Aujourd’hui, le groupe étudie les solutions de reclassement pour ces salariés. L’autre site de recyclage, basé à Landemont près de Nantes, poursuit son activité avec une capacité de traitement maintenue à 25 000 t/an, pour une production de 8000 tonnes. L’activité de Viviez représentait 4 % du tonnage des plastiques traités par Suez. Il est encore trop tôt pour se prononcer sur l’avenir de l’usine fermée. Le groupe poursuit néanmoins son développement dans le traitement des plastiques, en étudiant toutes les voies de valorisation possible. Son objectif est d’atteindre 600 000 tonnes recyclées en 2025 contre 400 000 tonnes actuellement.
Pour les autres produits comme les big bags et les ficelles, le marché reste stable, mais pour combien de temps ? Le problème se pose surtout pour les plastiques complexes ou en mélange dont le coût de traitement incompressible va rendre ces matières inexploitables. Alors que les prix ont commencé de dégringoler en 2016, leur chute se poursuit avec des écarts de prix de 50 % entre le vierge et le recyclé. « Autrefois, un film industriel pouvait se vendre 300 euros la tonne en Chine. Il se négocie désormais entre 0 et 100 euros sur notre territoire » explique Pierre de Lépinau, chez Adivalor. En 2017, la filière a déjà constaté quelques répercussions. Sur plus 50 000 tonnes de plastiques agricoles estimés collectés, entre 15 et 20 000 sont constitués de films de paillages très souillés. Sur ce gisement plus de 2000 tonnes ont d’ores et déjà pris le chemin de l’enfouissement, entraînant des surcoûts de facturation. Grosse déception pour Pierre de Lépinau qui n’envisageait pas cette marche arrière. « Nous sommes obligés d’expliquer aux agriculteurs qu’il n’y a pas d’autres moyens si l’on ne veut pas voir de nouveau traîner des films plastiques en bout de champ, comme c’est le cas en Espagne ». Dans ces conditions, la filière des plastiques agricoles a été obligée de réviser sa copie dans l’urgence.
D’autres pistes pour les films de paillage
Malgré une situation qui s’annonce difficile début 2018, la filière de gestion des films plastiques agricoles continuera de garantir l’enlèvement des films usagés, collectés auprès de tous les opérateurs, dans des conditions économiques nouvelles. Ainsi au 1er janvier, la filière a décidé de baisser le montant des soutiens pour les films de serre, tunnel et d’élevage et d’augmenter les facturations pour les films de paillage.
En parallèle, des bonifications seront proposées pour les films de paillage présentant un taux de souillure inférieur à 50%, grâce aux bonnes pratiques de retrait au champ. La filière par le biais du CPA, soutient fortement cette démarche avec le projet Rafu2. Les fabricants de machines agricoles contribuent dans ce projet au développement d’engins de dépose de films de paillage. Des tests sont réalisés dans plusieurs régions de France dont la Bretagne.
Par ailleurs, un autre axe de réflexion est mené sur l’emploi de films biodégradables, en particulier pour les cultures de salades et pour la première fois dans les DOM, en Guadeloupe. S’il y a 15 ans, le débat sur le biodégradable avançait peu en raison de son coût élevé et de l’utilisation controversée de plastiques oxo-fragmentables, la voie semble aujourd’hui libre. Dans la situation actuelle, le biodégradable serait plutôt intéressant sur le plan économique car il éviterait de déposer ces films souillés non recyclables, tandis que l’interdiction des matières oxo-dégradables en Europe se confirme.
A ne pas manquer :
La communauté internationale de la plasticulture se retrouvera du 29 au 31 mai 2018 à Arcachon. L’occasion d’aborder lors de deux ateliers, la gestion des plastiques agricoles en fin de vie avec EPRO (association européenne sur le recyclage et la valorisation des plastiques), et les plastiques agricoles biodégradables. La dernière journée sera consacrée à des démonstrations aux champs. Au programme : applications des plastiques en agriculture (serres, petits tunnels, paillage, filets), techniques de pose et de dépose des films.
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »