NordicCE2020: préparer l’avenir après le Covid-19

Les pays scandinaves veulent accélérer leur transition

L’heure du déconfinement a sonné. Est-ce pour autant synonyme d’un retour à la vie d’avant ? Beaucoup en Europe ne le souhaitent pas, envisageant plutôt un changement de modèle économique et sociétal. Sous l’égide des ambassades et chambres de commerce des pays scandinaves aux Pays-Bas, le sommet nordique de l’économie circulaire (NordicCE2020), organisé en février dernier, a questionné la place de ce modèle dans la société. Aujourd’hui, son rôle est devenu crucial pour sortir de la crise. 

A quoi ressemblera le futur post-Coronavirus ? C’est la question que tout le monde est en droit de se poser. Sur le plan économique et social, l’enjeu est clair : allons-nous revenir à la situation d’avant Covid-19 ou bien pourrons-nous amorcer un basculement vers un modèle plus durable, plus circulaire ? En Europe du Nord, plusieurs instances non gouvernementales travaillant sur l’économie circulaire estiment que la réussite du déconfinement dépendra de la capacité de la société et des entreprises à se remettre en question et à se pencher sur de nouvelles pratiques. Pour Freek van Eijk, directeur de Holland Circular Hotspot, il y a deux dimensions qui vont co-exister à court terme : la reprise rapide des entreprises pour ne pas mourir, et à plus long terme, l’idée que l’économie circulaire offre un énorme potentiel pour permettre à la société de devenir durable et résiliente. Selon Cathrine Barth, co-fondatrice de Circular Norway, la priorité pour bon nombre de citoyens est de ne pas perdre son emploi et de conserver un maximum d’entreprises. Cette organisation indépendante créée en 2017 soutient la société norvégienne dans une démarche d’économie circulaire. Elle facilite l’accès des entreprises à l’innovation et à la connaissance (ressources, flux de matières disponibles etc.) à travers l’organisation de réseaux d’influence : « dans le même temps, une tranche importante de la population est consciente qu’une partie des emplois et de l’économie norvégienne actuelle n’est pas compatible avec l’économie circulaire, notamment les activités liées à l’exploitation des énergies et matières fossiles » souligne Cathrine Barth.

C.Barth, F.van Eijk, M.Haugland, H.Friedl

Outre le soutien des entreprises dans leur transformation, Circular Norway travaille sur la mutation de la ville dans plusieurs secteurs (étude des flux dans le milieu médical, scolaire, industriel) et au service des filières alimentaires et des commerçants (boulangerie, épicerie, vins, bières et spiritueux, viande et poissons). Des actions sont mises en œuvre sur une année, favorisant des synergies industrielles comme la récupération de chaleur, l’aquaponie, la transformation de pain en bière, etc. Pour Marthe Haugland, conseillère pour l’organisation Nordic Innovation*, mesurer davantage la durée de vie des choses, l’usage et leur conception sera primordial : « nous devons développer une stratégie politique qui permet d’analyser les flux de matières entrantes au niveau des villes et des activités industrielles. L’objectif est de promouvoir de nouveaux concepts comme la production locale, le collaboratif et la proximité. Les défis sont élevés, car l’espace temps est limité mais cela représente une formidable opportunité pour les jeunes générations ».

Leadership européen

 

L’Europe est engagée dans un green new deal ; dans ce sens, le vieux continent peut jouer le rôle de leadership dans le développement de l’économie circulaire, explique Harald Friedl, président de l’organisation Circle Economy aux Pays-Bas. Pour faire face à l’augmentation des inégalités sociales que peut entraîner cette pandémie, mais aussi une prochaine crise climatique, il estime que la relocalisation de la production peut favoriser la création d’emplois et ainsi renforcer l’ancrage des entreprises sur leur territoire : « la réduction de notre dépendance à l’égard des autres pays implique aussi de préserver les ressources en Europe, d’éviter de créer des déchets inutiles, et le cas échéant, de les valoriser sur place ». La fragilité économique liée à plusieurs semaines de confinement risque par ailleurs de conduire à la disparition de nombreuses entreprises en Europe, y compris dans les pays les plus riches comme les Pays-Bas, explique Freek van Eijk. Afin de sortir de cette crise sanitaire et probablement économique, sans trop de difficultés, l’économie circulaire peut apporter des solutions à 80 % dans l’innovation sociale et 20 % grâce à la technologie. « Le Covid-19 a déjà conduit à plus de chômage et entraînera sans aucun doute des déficits budgétaires ainsi qu’une augmentation des dettes des Etats. Cette pandémie nous apprend aussi à donner plus de place à l’innovation dans le travail. Nous pouvons faire plus avec moins, trouver mieux, moins cher et avec des moyens plus rapides pour travailler ensemble. D’autres pratiques peuvent être testées comme la réparation ou l’usage sur l’ensemble de la chaîne de valeur ».

Pour l’organisation Holland Circular Hotspot, il faut résister à la tentation de conserver des activités qui pourraient retarder la transition écologique. Par exemple, cela fait sens de fonder le futur en fixant des prix sur les externalités et en instaurant un prix du CO2 pour encourager des activités compatibles avec un futur plus durable. Cette crise a montré combien les emplois laborieux sont importants. Cela doit aider à relocaliser le réemploi, la réparation, le reconditionnement, la remise à neuf, le recyclage en boucle et apprécier la ressource humaine comme capital intégré à l’entreprise. « En réalité, explique le directeur de Holland Circular Hotspot, nous devrions oser investir dans l’avenir et faire en sorte que la PME locale innovante ait accès aux fonds nécessaires. Malgré une volatilité élevée du marché, ajoute-t-il, l’offre et la demande de matières premières secondaires devront être renforcées ».

Entreprises néerlandaises réactives

 

Consommateurs de produits finis, les Pays-Bas produisent peu de matières premières. Leur industrie principalement basée sur du service ou de la transformation a souffert de ce confinement. Fabricant et fournisseur de mobilier de bureau, l’entreprise Ahrend a su tirer son épingle du jeu grâce à sa spécialité : la vente et la remise à neuf d’équipements (chaises, tables, desks), via sa gamme Ahrend Reuse. La conception et la production ont continué, mais une tendance a émergé : la demande de mobilier remis en état, pour équiper les employés travaillant à domicile. La marque centenaire a ainsi pu répondre aux besoins de la population en période de confinement grâce à son approche circulaire du mobilier d’entreprise. A la base, l’emploi de matériaux de haute qualité, durables et sans danger pour la santé que l’entreprise sait adapter au format désiré, regarnir ou repeindre dans toute couleur souhaitée. L’objectif de la célèbre enseigne : redonner une vie nouvelle à un produit usagé, pour le faire durer. Si un équipement n’est vraiment plus utilisable, Ahrend récupère les composants pour réaliser de nouveaux produits, avant recyclage en dernier recours.

Travail du métal chez Brink Industrial

Dans le même secteur, la société Altis BV fabrique des panneaux, cloisons et éléments haut de gamme pour bureaux, tables, armoires et construction intérieure. Ses principaux clients, les écoles, ont fermé, affectant directement l’activité de l’entreprise. Edward van Dijk, son directeur général espère que cette crise est un signal d’alarme, pour nous préparer à une crise climatique et à celle des matières premières. En attendant, le ralentissement économique a permis à Altis BV de réfléchir sur de nouveaux produits à base de matières biosourcées. Un projet de partenariat avec Brink Industrial est également à l’étude pour développer des produits métalliques, 100 % recyclables et récupérables, destinés aux travailleurs à domicile. Pour l’entreprise, le télétravail pourrait ouvrir la voie à de nouveaux concepts basés sur la modularité, le réemploi et l’usage. De son côté, Brink Industrial, spécialiste de produits métalliques à partir de feuilles, récolte le fruit de son investissement : deux millions d’euros dans une ligne de production automatisée. L’industrie 4.0 est un chemin à suivre pour l’industrie manufacturière néerlandaise selon son directeur. Il estime que cela renforcera la qualité des produits, diminuera la dépendance vis-à-vis des pays étrangers et permettra une plus grande compétitivité à l’égard des pays low-cost.

Une période propice à la maintenance et à la réparation, c’est l’expérience de l’entreprise Revamo BV, spécialisée en ingénierie mécanique (projection thermique, revêtement laser et usinage). La construction de machines s’est arrêtée depuis plusieurs semaines. Résultat, une baisse d’activité pour l’entreprise, qui a su s’adapter malgré tout à de nouveaux besoins. Plusieurs clients industriels ont eu un peu plus de temps pour penser à réparer des pièces plutôt qu’à en acheter de nouvelles. Ce basculement d’activité a permis à Revamo de développer son service de réparation, jugé fiable et moins cher que l’achat d’une pièce neuve venant de l’étranger. « Maintenant que ce service a été plutôt bien perçu pendant le confinement, l’État devrait inciter davantage l’industrie à cette pratique en montrant tous les bénéfices économiques et environnementaux comme la création d’emplois locaux et la réduction d’émissions de CO2 » souligne Roelof Vedder, son directeur.

* Nordic Innovation est un regroupement d’experts gouvernementaux et non-gouvernementaux provenant de Suède, du Danemark, de Norvège, de Finlande et d’Islande. Sur la période 2018-21, trois programmes d’actions ont été définis : mobilité et connectivité ; transition écologique ; santé, démographie et qualité de vie. Le siège est basé à Oslo et le budget annuel attribué s’élève à environ 8 millions d’euros.

Crédits : NordicCE2020, Brink Industrial

A lire aussi :

L’écologie industrielle s’installe en Europe

La Finlande investit pour mieux recycler

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article