Le mobilier Gautier intègre 50 % de bois de recyclage

Implanté en Vendée, le fabricant de meubles Gautier mise depuis près de vingt ans sur les circuits courts de production et la valorisation de ses déchets en interne. En première ligne, le bois issu de première et seconde transformation, est devenu pour l’entreprise, un enjeu environnemental et économique fort. Présent sur l’ensemble de la chaîne de valeur, Gautier vise la durabilité et la réduction de son empreinte carbone. De nouvelles solutions émergent également sur le réemploi et l’économie d’usage.

Seul fabricant français de meubles à intégrer la production de ses panneaux de particules, Gautier est implanté en Vendée depuis 1960 et emploie à ce jour environ 800 personnes sur trois sites : Le Boupère, Chantonnay et Saint-Prouant, situés à quelques km les uns des autres. Spécialisé à l’origine dans le mobilier de chambre d’enfant, Gautier a depuis élargi son périmètre en fabriquant du meuble de maison (Gami, Diagone) mais aussi du mobilier professionnel (G-Pro). Affichant un chiffre d’affaires annuel de l’ordre de 120 millions, l’entreprise familiale réalise 90 % de sa production sur le territoire, labellisée Origine France Garantie. Gautier a choisi dès le départ d’intégrer l’ensemble de sa production, excepté la quincaillerie.

Ouvrier dans l’usine du fabricant de meubles Gautier sur le site de Chantonnay (85).

« Nos usines sont dimensionnées pour répondre uniquement à nos besoins, explique Pierre-Emmanuel Berthault, directeur QSE. Nous utilisons chaque année environ 90 000 tonnes de matière première de bois, dont 50 % proviennent de connexes de scierie. Le reste provient du recyclage d’ameublement usagé et de palettes ». Les sources d’approvisionnement jusqu’à l’usine ne dépassent pas un rayon de 300 km pour les déchets de première transformation et sont inférieures à 100 km pour le bois de recyclage. Certifié PEFC et ISO 14001 depuis 2006, Gautier incorpore aujourd’hui 45 000 tonnes de bois de recyclage dans ses panneaux. La limite est située à 65 % d’intégration selon le directeur QSE : « au-delà, cela signifie une perte de résistance, compensée par l’ajout de colles et d’adjuvants supplémentaires. Dans l’esprit d’un juste équilibre écologique et économique, à qualité technique égale, nous préférons garder ces proportions ».

Le réemploi freiné par le dernier km

 

L’entreprise a commencé à investir dans le recyclage avant même la création de la filière REP DEA ménagers portée par eco-mobilier en 2012. C’est à partir de 2002, que l’éco-conception fait son entrée dans la société qui souhaite réduire le transport, l’emploi de colles, les chutes et les déchets, et au final les coûts de production. Résultat, en 2004, Gautier sort de ses usines, la première gamme de bureaux certifiés NF Environnement, répondant à 19 critères environnementaux, liés à la matière première, aux émissions de solvants, à l’aptitude à l’usage. Depuis, l’entreprise a étendu la certification à d’autres gammes de mobiliers. Depuis 2006, l’outil de production a basculé vers des peintures, vernis et laques à base aqueuse, tandis que les seuils d’émissions des COV (Composés organiques volatils) sont désormais inférieurs de moitié à la norme européenne en vigueur. Des travaux sont également menés en vue d’utiliser à plus long terme, des colles sans formaldéhyde.

« La durée de vie de nos meubles pouvant atteindre facilement vingt ans est à double tranchant pour notre activité, mais nous compensons cette durabilité en pariant sur le renouvellement par effet de mode » explique Pierre-Emmanuel Berthault. D’autres démarches d’économie circulaire sont en réflexion. C’est le cas du réemploi de mobilier de seconde main, en partenariat avec des ressourceries locales. Toutefois le coût élevé du dernier km empêche pour l’instant l’entreprise de développer cette action. En l’absence de modèle économique pérenne, en particulier dans la logistique, cette piste ne s’avère pas viable pour le moment, souligne le directeur QSE. Autre projet, l’économie d’usage suscite quelque intérêt, même si les bénéfices restent à préciser. Gautier a lancé un dispositif de location avec option d’achats il y a un an et demi pour sa gamme de bureaux vendus par Gautier Office. « Aujourd’hui, encouragés par l’économie circulaire, nous voulons tester cette démarche pour en vérifier la pertinence dans notre secteur, explique Pierre-Emmanuel Berthault. Paradoxalement, la durée de vie assez longue de nos produits nous fait en quelque sorte concurrence, ce qui n’incite pas pour l’instant le consommateur à opter pour l’achat d’usage ».

Autonomie énergétique

 

Sur la gestion des déchets, Gautier réduit et valorise un maximum. Outre les 1500 tonnes annuelles de DIB et déchets dangereux triées et envoyées vers des filières de traitement et de recyclage, l’entreprise valorise en énergie ses co-produits de sciures, générés par son process, soit l’équivalent de 10 000 tonnes par an, ce qui correspond à 10 % de matière non utilisée en production. « Nous poursuivons nos efforts pour diminuer nos chutes de production en ajustant nos approvisionnements et nos process de fabrication. Ce qui reste finit dans nos quatre chaudières bois, conformes à la réglementation et capables de brûler aussi du bois adjuvanté » explique Pierre-Emmanuel Berthault. Un bénéfice environnemental et économique assuré en l’absence d’énergie fossile, que l’entreprise revendique haut et fort, face à une législation français parfois pas toujours cohérente, ni pragmatique.

Gautier utilise connexes de scierie et bois de recyclage à 50/50

Gautier génère entre 200 et 300 tonnes de déchets ultimes issus du tri du bois de recyclage. Il s’agit d’un mélange de déchets plastiques, de peintures et des copeaux de bois que les chaudières de l’entreprise ne peuvent pas accueillir. Jusqu’à présent, ces résidus partaient en enfouissement. Aujourd’hui, une solution de transformation en CSR (Combustible solide de récupération) a été trouvée auprès d’un partenaire industriel local. C’est déjà mieux que la mise en décharge, mais ce n’est pas encore la panacée, souligne le directeur QSE qui regrette la mauvaise distribution des matières premières. Gautier se retrouve confronté à deux problèmes : le conflit d’usage sur les connexes de scieries et les exutoires pour les déchets ultimes issus de bois de recyclage. Si ces derniers peuvent aujourd’hui être transformés en CSR, l’absence de filière organisée et aidée pour promouvoir son utilisation ne le rend pas compétitif. Autre sujet d’inquiétude pour le fabricant de meuble intégré, la concurrence déloyale portée par des projets énergétiques en France. Les chaufferies biomasse utilisent encore essentiellement du bois de première transformation, plaquettes forestières ou sciures ce qui représente une aberration pour Pierre-Emmanuel Berthault : « non seulement, ces chaufferies sont subventionnées contrairement à nos usines, mais en plus, elles ont recours à du bois de classe A qui devrait être recyclé dans le panneau et non valorisé en énergie. Pendant ce temps, les gisements de bois adjuvantés de classe B ne trouvent pas d’exutoire, contrairement aux chaufferies d’Europe du Nord et en Allemagne. Comme en témoignent les exportations de CSR français vers ces pays ».

Ces tensions sur le marché du bois n’empêchent pas le fabricant de meubles de s’adapter. Toutefois, il ne faudrait pas qu’une nouvelle chaufferie bois s’installe dans la région, avec le risque de monopoliser les co-produits de scierie, et compromettre l’économie circulaire régionale instaurée par l’entreprise au fil des ans. Le seul projet de chaufferie biomasse envisagée sur le territoire, mais pas avant cinq ou six ans, concerne Ecocumbust sur la centrale EDF de Cordemais en Loire-Atlantique. Le risque de concurrence semble malgré tout limité, puisque le combustible se substituant au charbon serait constitué essentiellement de bois de classe B et C, des déchets non recyclables en l’état.

Crédit : Gautier

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