Quel avenir pour la filière papier-carton en France ?

Deux rapports de missions attendus mi-janvier

L’industrie papetière a-t-elle un avenir en France ? En 2014, un rapport parlementaire avait proposé 34 chantiers pour sauver la filière, en misant sur le recyclage. Depuis, la situation n’a guère changé, voire empiré. La mutation du marché du papier est venue s’ajouter aux problèmes structurels. Résultat : des usines cessent leur activité, tandis que d’autres cherchent à se diversifier. Mi-janvier, deux nouveaux rapports verront le jour, fruits de missions parlementaire et gouvernementale. La filière papier-carton attend cette fois-ci un soutien et des mesures à la hauteur des enjeux. Dernière lueur d’espoir.

L’arrêt au printemps dernier de la principale usine à papier française, UPM à Chapelle Darblay, a été l’élément déclencheur. En d’autres termes, quelque 250 000 tonnes de papier journal en moins sur le territoire chaque année, et autant de vieux papiers non recyclés. Le gouvernement et plusieurs députés ont décidé de prendre les choses en mains en lançant l’été 2020, deux missions sur l’avenir de la filière papier-carton. Pendant plusieurs mois, visites de sites et auditions se sont enchaînées. Tous les acteurs de la filière sont venus témoigner. Objectif : trouver des solutions pour redresser cette industrie et surtout permettre aux usines restantes de survivre aux bouleversements actuels et futurs du secteur. Depuis près de dix ans, l’industrie papetière française va mal. Avec le déclin de la consommation de la presse papier, l’outil de production n’est plus rentable. Les deux usines françaises de production de papier journal connaissent aujourd’hui un destin incertain. Sur le site de Chapelle Darblay, on espère rebondir d’ici l’été prochain, tandis que Norske Skog à Golbey a choisi de prendre un nouveau virage pour 2023.

Six ans après le rapport Bardy, rien ou presque

 

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme en 2014. Le rapport du député Serge Bardy allait déjà dans ce sens, avec à la clef plusieurs chantiers. Intitulé « De l’intelligence collaborative à l’économie circulaire : France terre d’avenir de l’industrie papetière », ce rapport préconisait notamment de développer le recyclage pour renforcer la filière papier. A l’époque il était déjà question d’économie circulaire à travers l’emploi de fibres recyclées, comme l’un des atouts majeurs de l’industrie papetière française. Le rapport encourageait à améliorer le tri et sécuriser les approvisionnements des usines en papiers récupérés à travers plusieurs mesures : réglementation plus stricte de la mise en décharge des papiers usagés, uniformisation des consignes de tri en France, séparation à la source des produits fibreux et non fibreux, obligation d’installation dans les logements neufs d’un dispositif de tri à la source. Le rapport prévoyait aussi de soutenir la consommation de papier recyclé dans plusieurs supports comme la presse ou les manuels scolaires. En outre, l’écologie industrielle et territoriale ainsi que la mutualisation des services faisaient partie des pistes pour diminuer la facture énergétique de cette industrie, défavorisée par rapport aux papetiers allemands, fortement subventionnés.

Six ans après, où en est-on ? Hormis le décret cinq flux pour mieux trier et recycler les papiers de bureaux, les solutions mises sur la table pour adapter l’outil français à l’évolution du marché mondial sont minimes. Pourtant, ce n’est ni la matière, ni l’innovation qui manquent : les ressources en papiers récupérés ainsi que les connexes de scieries générés sur le territoire permettent d’approvisionner localement les usines. Quant aux nouveaux débouchés dans l’emballage, des structures comme le CTP (Centre technique du papier) ou l’éco-organisme Citeo y travaillent. Car la réalité ne laisse plus d’autre choix : le marché du papier journal et graphique se réduit inéluctablement, avec une érosion de la consommation de l’ordre de 8 % par an. Une baisse de 15 % est attendue en 2020 et de 20 % en 2021 en France, selon Stéphane Panou, président de Federec Papier. En Europe de l’Ouest, le marché du papier journal était à 12 millions de tonnes avant Covid. En 2020, il devrait descendre à 4,5 millions, soit une chute de 25 %. En face le secteur de carton ne s’est jamais aussi bien porté, profitant de l’essor de l’emballage logistique, agroalimentaire et du e-commerce. La crise Covid en témoigne. Le marché du papier d’hygiène pourrait également devenir une piste pour écouler les vieux papiers. Mais attention, souligne-t-on chez Copacel, fédération des industriels papetiers, tous les débouchés ne se valent pas. Le papier à désencrer ne trouve pas sa place dans du papier d’hygiène, sauf à investir massivement dans de nouvelles technologies.

L’heure de se diversifier

 

Pendant des décennies, les usines à papier ont tourné presque sans histoire. La machine était rodée, produisant du papier journal à partir de vieux journaux ; les tonnages entrants et sortants s’équilibraient. Si l’évolution a été progressive, la filière semble maintenant accuser le coup avec retard. Sur l’ancien site presque centenaire d’UPM Chapelle Darblay de Grand-Couronne, près de Rouen, l’espoir subsiste. En juin 2020, le groupe décide d’arrêter officiellement sa production, faute de repreneur et licencie ses quelque 200 salariés sauf trois personnes. Arnaud Dauxerre, cadre et responsable achat de matières en fait partie : « nous sommes là pour aider à maintenir le site en bon état jusqu’en juin 2021, si de nouveaux projets de reprise émergent. Le jeu en vaut la chandelle : un outil industriel de plusieurs millions d’euros sur un site de 33 hectares raccordé rail et fluvial, qui accueille en outre sa propre station d’épuration, et une chaudière biomasse ». La Seine permettait ainsi d’acheminer jusqu’à l’usine 40 000 tonnes de déchets papiers, chaque année, tandis que la centrale biomasse valorisait les déchets générés sur le site (boues de désencrage entre autres) afin de produire de la chaleur, pour les besoins de l’usine. Le surplus était transformé en électricité et réinjecté dans le réseau, rapportant un million d’euros à UPM chaque mois.

Chiffres clés (Copacel et Federec)
La France disposait en 2019 de 84 usines, soit 128 machines à papier, pour un chiffre d’affaires total de 5,4 milliards d’euros. En 2019, la collecte des Papiers et Cartons à Recycler (PCR) s’est élevée à 6,7 Mt de déchets papier-carton, dont 1,9 Mt de vieux papiers et 4,8 Mt de vieux cartons. Les flux de papiers appelés aussi JRM (sorte 1.11) proviennent à 55 % des collectes sélectives, soit environ 900 000 tonnes de papier à désencrer. L’an dernier, plus de la moitié de ce tonnage (500 000 tonnes) a été recyclée en France. En 2019, sur le gisement total de PCR, 5,2 Mt ont été utilisées par l’industrie papetière française.

Papiers récupérés comme matière première

Malgré de nombreuses incertitudes, Arnaud Dauxerre veut encore peser dans les débats. Il reste six mois pour convaincre l’État et les investisseurs, avant que le groupe finlandais ne jette l’éponge et décide de tout démanteler. Pour rappel, l’usine consommait plus de 250 000 tonnes par an de JRM (sorte 1.11) issus du tri des vieux papiers de 1200 collectivités. « Mais aujourd’hui, nous sommes face à un Etat qui a du mal à comprendre qu’il faut repenser toute la filière avec de nouvelles activités, insiste Arnaud Dauxerre. Si on crée de nouvelles offres, on ne détruit pas la machine, c’est aussi simple que cela ». Et ce ne sont pas les idées qui manquent. Outre les applications innovantes dans l’emballage, une solution pour le site serait de produire de la pâte marchande recyclée à partir du gisement de JRM. Autre piste, celle de construire une filière de matériaux d’isolation à base de ouate de cellulose. Dans cette affaire, l’État ne peut pas encourager le recyclage de papiers et réaliser des missions sur le devenir de la filière papier-carton sans s’impliquer directement par le biais de la commande publique, souligne l’ancien cadre d’UPM. Un avis partagé par Amorce et le CNR, associations de collectivités locales qui cherchent à pérenniser leurs débouchés, après la fermeture de Chapelle Darblay. «  Il y a un an, les collectivités concernées ont dû se mettre en quête de nouveaux débouchés, indique Olivier Castagno, responsable du pôle déchet chez Amorce. Une grande partie des flux est aujourd’hui acheminée à Golbay, dans les Vosges, où se trouve la dernière usine française de papier journal à base de fibres recyclées. Le reste est envoyé vers des papeteries européennes, principalement en Allemagne. Même si le déclin de la consommation de papier journal est irréversible, l’écoulement de la matière à court terme doit être garanti. Et c’est là que le bât blesse.

Vendre des bobines à la Chine

 

Bobine mère, chez Lucart

Avec la fermeture des frontières chinoises aux déchets de matériaux, Chapelle Darblay a une nouvelle carte à jouer, espère Arnaud Dauxerre : « nous pourrions en adaptant nos machines, fabriquer des bobines à partir de matière recyclée pour le grand export, vendues aujourd’hui à bon prix (de l’ordre de 400 euros la tonne), car la demande est au rendez-vous. Dans ce cas, pourquoi ne pas imaginer des entreprises de collecte et de traitement, investir dans ce secteur ? » Le projet du site de Grand-Couronne en clair, c’est convertir les lignes pour produire 450 000 t/an de PPO (Papier Pour Ondulé), et recycler du JRM à hauteur de 150 000 tonnes. « Certes, ces transformations nécessiteraient entre 60 et 80 millions d’euros, mais face à des machines de plusieurs centaines de millions d’euros, doit-on baisser les bras ? s’interroge Arnaud Dauxerre. Notre usine est au cœur de l’actualité réglementaire sur l’économie circulaire, de la réindustrialisation française et de la transition énergétique. Le rapport Bardy n’a rien donné, alors que toutes les conditions au succès étaient réunies pour avancer. Aujourd’hui avec le plan de relance du gouvernement, des craintes subsistent : les aides sont accordées sans véritable stratégie industrielle ». Les jours à venir seront sans doute décisifs pour l’usine et pour l’État. Le 15 janvier 2021 devrait marquer la fin des offres de reprise acceptées par UPM et la sortie des deux rapports de mission. Simple coïncidence ? En tout état de cause, depuis ces dernières semaines, dans la sphère parlementaire et au sein du gouvernement, la pression est montée d’un cran pour accélérer le rendu des conclusions.

Norske Skog change de cap en 2023

 

Yves Bailly, PDG de Norske Skog Golbey

Sur le site vosgien de Norske Skog, la matière première provient de deux sources : la pâte issue du recyclage de vieux papiers à hauteur de 60 % et la pâte de trituration à base de fibres de bois (40%). « Nous sommes le dernier des Mohicans, reconnaît Yves Bailly, PDG de l’usine. Le papier à désencrer est intégré chez nous à 76 % pour refabriquer du papier journal.  Toutefois, le recyclage n’est pas tout. Nous utilisons des connexes de bois produits localement par la filière forestière ». Pour Yves Bailly, on ne devrait pas opposer fibres vierges à bas de bois et fibres de papier recyclé. Depuis dix ans, on angle sur le recyclage comme l’issue incontournable sans tenir compte des spécificités de cette industrie, souligne Jan Le Moux, Directeur Economie Circulaire et Politiques Produits chez Copacel : « l’usage de recyclé ne peut pas tout résoudre notamment dans les secteurs du papier bureautique et d’hygiène qui exigent des qualités techniques et visuelles précises, et qui utilisent des sortes ne connaissant pas de problème d’écoulement. On oublie que l’utilisation des sous-produits de scieries utilisés par l’industrie papetière répond aussi à une logique d’économie circulaire. Si l’on mise tout sur les vieux papiers, quid de la filière bois et de ses déchets ? Les projets biomasse ne peuvent pas non plus tout absorber ».

Sauf que le marché dicte sa loi et que dans moins de trois ans, Norske Skog devrait se passer définitivement de déchets bois pour pérenniser son activité. « Actuellement, nous vivons un paradoxe, où la demande de vieux papiers est forte en Espagne, en Allemagne et au Benelux, non pas pour alimenter des usines de papier journal mais des sites de production de PPO (Papier Pour Ondulé). Les prix de vente sur ce marché sont bien plus élevés, affirme Yves Bailly. Comme nous ne pouvons pas suivre, cela profite à l’emballage carton et aux usines européennes ». Ce mélange de vieux papiers, appelé aussi gros de magasin, prive ainsi la filière papier journal des derniers flux disponibles.

sur le site de Golbey

Pour rester en vie, Norske Skog travaille depuis 2018 sur la conversion de son outil de production. Actuellement les deux machines de Golbey ont une capacité totale de production de 600 000 tonnes par an. La conversion d’une machine vers le carton réduira alors la production de papier journal de 250 000 tonnes. « Dans le même temps, nous devrons abandonner totalement notre approvisionnement en bois de 450 000 tonnes. La machine restante produisant du papier journal répondra en effet aux objectifs du gouvernement, de fabriquer du papier journal en 100 % recyclé, soit l’emploi annuel de 350 000 tonnes de vieux papiers » explique Yves Bailly. Une pré-étude de faisabilité est prévue pour 2021 et l’investissement total a été évalué à 250 millions d’euros. Cela comprend des modifications sur les machines ainsi que la construction de nouveaux bâtiments pour stocker et trier les PCR. Au total, ce changement va permettre au site de produire 550 000 t/an de PPO.

Le montant de l’investissement a conduit au lancement d’une concertation publique le 4 novembre 2020. Les procédures administratives sont longues et très chronophages déplore la direction de Golbey, sans remettre en cause les exigences environnementales : « à l’heure où sur notre territoire, la réindustrialisation et le recyclage font partie des priorités de l’État, nous devons prouver que nous lavons plus blanc que blanc. D’ici à 2023, de nouvelles usines en Europe seront déjà opérationnelles et nous devrons encore rattraper notre retard économique et commercial ». Des professionnels du recyclage comme Stéphane Panou s’interrogent : « pourquoi aujourd’hui, plusieurs programmes d’investissement émergent rapidement en Europe pour ajuster l’outil papetier alors qu’en France, le retard s’accumule avec le risque de ne pas pouvoir amorcer le virage nécessaire ? »

Le carton d’emballage, planche de salut

 

Contrairement au papier journal, le carton d’emballage non alimentaire peut facilement intégrer 92 % de matière recyclée. Avec ses 30 sites industriels, ses 4000 employés et son milliard d’euros de chiffre d’affaires, DS Smith est le numéro un français sur le marché du carton. Le groupe mise plus que jamais sur l’activité packaging qui devrait encore se développer d’ici à trois ans. Dans les 34 pays où il est implanté, le groupe consomme 4,3 millions de tonnes de vieux papiers sur l’ensemble de ses 270 usines. Spécialisé dans la production d’emballages en carton pour l’industrie, l’e-commerce, et la grande consommation (alimentaire et non alimentaire), DS Smith fait aussi du sur-mesure et investit dans l’éco-conception pour réduire ses grammages à performance égale. En France, le groupe travaille à 80 % pour le marché de la grande consommation ; le reste est destiné à l’industrie.

Sur le territoire, ses usines se trouvent dans un rayon de 200 km des grandes zones d’activités logistiques, ou agro-alimentaires. Mais c’est à Rouen que DS Smith possède sa plus grosse usine de fabrication de PPO avec une capacité de 300 000 t/an. Pour ce segment de marché, l’emploi de fibres recyclées est indispensable, contrairement à la division papier kraft pour l’industrie agro-alimentaire où seule est utilisée la fibre vierge. Pour Christophe Furet, directeur de communication à la division emballages, le marché de l’emballage au plus fort de la crise sanitaire a enregistré une activité soutenue grâce à l’agro-alimentaire et au e-commerce. « Chez DS Smith, le carton est un matériau d’avenir, et pourrait à moyen terme bénéficier des interdictions réglementaires à l’égard du plastique. A ce jour, explique-t-il, nous pouvons d’ores et déjà miser sur le développement de cinq nouvelles catégories d’applications grâce à la loi AGEC ». Les industriels sont en effet en train de basculer un certain nombre de produits en plastique vers du carton. C’est le cas des pièces de calage en PS, des films de fardelage, des barquettes de produits frais, fruits et légumes, ainsi que des présentoirs de vente. La diversification d’usines comme celle de Golbey n’inquiète pas le groupe. Le déploiement de nouveaux débouchés pour les cartons ne fait que commencer.

Garantie de reprise et soutiens équilibrés

 

Papiers en centre de tri

Le gisement de PCR provenant de la collecte sélective s’élève à près de deux millions de tonnes par an. Mais jusqu’à présent, Citeo, l’éco-organisme en charge de la filière emballages ménagers et papiers ne soutient le marché qu’à hauteur de 700 000 tonnes, avec une couverture des coûts de collecte autour de 20 %. « L’État nous demande de trier plus pour augmenter le recyclage, mais en face, les débouchés viennent à manquer. On sait par ailleurs que 15 % des papiers graphiques finissent encore dans les OMR » déplore Bertrand Bohain, délégué général du Cercle National du Recyclage (CNR). La demande croissante du gros de magasin pour le marché du PPO incite les collectivités à demander une révision des barèmes de soutien. La collecte des vieux papiers par les collectivités représente 900 000 t/an. Les JRM sont triés à hauteur de 500 000 tonnes. Le reste finit dans le gros de magasin, sollicité par le secteur de l’emballage. Or le soutien de Citeo s’élève à 50 euros la tonne de JRM et à 30 euros la tonne de papier carton mêlés. Pour les associations de collectivités, l’éco-organisme Citeo ne peut plus décider seul dans son coin, déconnecté de la réalité du marché : « nous demandons un re-équilibre des soutiens ainsi que la prise en charge des surcoûts liés au stockage. Par ailleurs, pour favoriser la compétitivité des vieux papiers recyclés, nous sollicitons la mise en œuvre d’éco-modulations pour les metteurs en marché. Il faudrait aussi encourager une meilleure visibilité avec une fiscalité réduite sur les produits 100 % recyclé de qualité et un affichage environnemental » insiste Romain Castagno. Actuellement, la REP papier ne sert pas à l’outil industriel français, ajoute-t-il. La valeur ajoutée liée au tri, à la collecte et à la préparation des vieux papiers profite au final à l’Europe, mais pas au marché français directement.

Des missions, pour quoi faire ?

 

La mission parlementaire fait face à un double enjeu, selon Amorce. L’industrie ne peut plus se contenter de boucles fermées. De nouveaux débouchés s’imposent pour compenser le déclin de la presse papier et des papiers graphiques et sauvegarder l’industrie en France. Le deuxième enjeu porte sur le recyclage. Les aides publiques sont indispensables pour soutenir la garantie de reprise et la tonne triée pour recyclage. « Il faut aussi que la commande publique sur les achats de papier recyclé devienne plus systématique, ajoute Stéphane Panou. Par ailleurs, on observe que le tri des papiers de bureau n’est pas assez appliqué, surtout dans les administrations publiques, alors que c’est une source supplémentaire de matières de qualité ».

Ligne de production chez DS Smith

La fédération de l’industrie papetière est plus inquiète sur le périmètre des missions parlementaire et gouvernementale ; déplorant que les ministères de l’agriculture et de la culture n’aient pas été convoqués à ces études. « L’analyse de l’avenir de notre filière reste finalement cantonnée à une vision de l’économie circulaire dont le périmètre serait encore une fois limitée au recyclage, sans tenir compte de l’origine du bois, matériau renouvelable et issu de chutes de la filière bois ». Pour Amorce, on espère mais sans plus. Malheureusement, on a perdu six ans depuis le rapport Bardy, selon Romain Castagno. Pendant ce temps, la presse payante a bénéficié de dérogations pour ne pas incorporer trop de matière recyclée. Résultat : des contributions en nature sous forme d’encarts publicitaires dans la presse magazine. Pourtant, celui-ci est vital. Les éditeurs de presse magazine doivent désormais jouer un rôle plus actif. Toutefois, la situation change dès cette année avec la loi AGEC. Le décret du 29 décembre portant sur l’adaptation des REP fait état de teneur minimale d’incorporation de fibre recyclée : 50 % au 1er janvier 2021 pour la presse papier journal pour être éligible aux prestations en nature. La presse magazine pourra encore attendre un an avant de devoir intégrer 10 % de recyclé. Cela avance, doucement mais sûrement.

Missions accomplies ?

En septembre 2020, une mission d’information a été lancée par 11 députés de tous bords pour analyser les raisons de la crise vécue par la filière du recyclage du papier-carton et apporter des réponses concrètes. Pendant quatre mois, des dizaines d’auditions de professionnels de la filière mais aussi d’associations environnementales et de structures de l’ESS ont permis aux députés de se pencher sur : les limites culturelles et les freins économiques à l’intégration du papier recyclé ; l’équilibre à trouver entre les filières papier et bois ; la qualité de la collecte et du tri. Le rapport est attendu courant janvier. Presqu’au même moment, une mission relative à l’évaluation de la situation et au soutien de la filière papier-carton a été commandée par les ministères de l’Ecologie et de l’Economie au conseil général de l’économie (CGE) et au conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD). Objectif : faire des propositions pour accroître les débouchés pour les matières collectées, et évaluer les conséquences techniques et économiques sur l’outil productif, ainsi que les répercussions financières pour les filières REP concernées. Les résultats sont aussi prévus courant janvier.

A savoir :

  • Papetiers soutenus par le Plan de Relance

Dans le cadre du programme de décarbonation de l’industrie française, l’État a sélectionné 16 premiers lauréats parmi lesquels la papeterie Palm à Descartes (37) et Saica Paper à Vénizel (02). L’ensemble des projets représente un investissement total de 291 millions d’euros et un soutien de France Relance de 61 millions d’euros.

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