Le syndicat mixte de traitement des déchets des Vosges poursuit sa mission depuis janvier sous son nouveau nom, Evodia. Plus que jamais, l’entité s’efforce de gérer et de valoriser ses déchets sur son territoire et d’en faire profiter l’économie locale. Parmi les filières du bois, du textile et du papier, implantées dans le département, Lucart et Norske Skog en sont les premiers bénéficiaires. Misant sur l’innovation, la productivité et l’environnement pour se développer, ils font partie des principaux employeurs et consommateurs de fibres cellulosiques recyclées.
Evodia en a fait son cheval de bataille : devenir à l’horizon 2020, un territoire exemplaire avec zéro déchet valorisable enfoui. Et ce n’est pas en envoyant ses déchets vers des exutoires hors du département qu’elle compte y parvenir. Au contraire, tout est mis en œuvre pour que les déchets générés sur son territoire y soient également valorisés. Cela passe tout d’abord par politique de prévention de déchets et d’augmentation du tri. Résultat : une production d’OMR inférieure à la moyenne nationale (214 kg/an/hab contre 269) et une hausse des performances de collecte sélective du verre (40 kg contre 31 kg en moyenne nationale) et des emballages et papiers (59kg contre 37,6 en moyenne nationale). Evodia atteint un taux de recyclage global de 77 % alors qu’il n’est que de 67 % sur l’ensemble du territoire. Ainsi, 70 % des papiers et des emballages triés dans les Vosges sont recyclés dans le département. Ils alimentent en matière première les six industriels du recyclage du territoire dont le centre de tri d’Epinal, exploité par Suez Environnement mais aussi et surtout deux grands transformateurs de fibres cellulosiques, Lucart et Norske Skog consommateurs de vieux papiers et de briques cartonnées.
Tous les ELA chez Lucart
A Laval-sur-Vologne, l’une des huit usines européennes du groupe italien Lucart emploie 270 salariés et produit plus de 50 000 tonnes de ouate pour le secteur du papier d’hygiène et de l’essuyage (essuie-main et essuie-tout). A l’échelle du groupe, cela représente une capacité totale de 370 000 t/an de matières. Ces produits s’adressent aux collectivités locales, aux professionnels et aux particuliers. Implanté depuis 2008 dans les Vosges, Lucart a développé en 2011, un procédé pour utiliser et transformer les briques alimentaires cartonnées en matière première.

Le site français consomme aujourd’hui environ 10 000 tonnes d’ELA par an, dont l’ensemble du flux généré dans le département (300 tonnes). Une brique alimentaire étant composée à 74 % de fibre, cela correspond à l’emploi réel de 7000 tonnes de fibres issues d’ELA. Les autres gisements qui composent sa matière première sont la pâte pure à hauteur de 10 % et les vieux papiers à 80 %. Pour Lucart, l’avenir est sans doute d’augmenter la part des ELA dans sa production : « hormis le coût de transport pour acheminer la matière jusqu’au site, nous reprenons le gisement à zéro. Heureusement, sinon notre activité ne serait pas rentable, explique la direction. Les tensions sur les vieux papiers et le coût de désencrage sont compensées par cette matière naturelle et pas chère contenue dans les briques alimentaires ».
Une piste pour recycler le PE-aluminium

Le fabricant a choisi de ne pas mélanger la fibre recyclée avec la matière vierge, pour des raisons commerciales et environnementales. Et persuadé qu’à terme, cela portera ses fruits auprès du grand public, pas encore décidé à ce jour à sauter le pas psychologique. Les gammes de produits 100 % recyclés Eco Natural sont commercialisées en France pour le marché des collectivités et des entreprises. L’étape la plus importante dans le traitement de la brique est de séparer la fraction fibre des films en plastique (PE) et en aluminium. Sur sa consommation annuelle de briques, la partie PE-aluminium représente 3000 tonnes de matières chaque année. Cette fraction n’est pas recyclée dans les Vosges mais en Italie, où elle est récupéré par un plasturgiste. La matière est agglomérée et valorisée par un fabricant de distributeurs de papiers toilette et de poubelles. Ces produits sont commercialisés depuis janvier 2018 sous la marque Al.PE.
L’usine de Laval qui affiche une chiffre d’affaires de 75 millions d’euros en 2017a investi depuis deux ans, 10 millions euros pour la remise à niveau des deux machines papiers. A cette rénovation, se sont ajoutées deux lignes de transformation qui font de Lucart France, un fabricant en pointe sur les papiers d’hygiène et d’essuyage à base de recyclé.
Diversifier l’activité papetière, un impératif
Avec 600 000 tonnes de papier journal produites chaque année, le papetier Norske Skog consomme près de 500 000 t/an brutes de vieux papiers. Dans ce gisement, 9000 tonnes proviennent de la collecte vosgienne. L’usine installée à Golbey emploie 325 personnes. Papeterie intégrée, elle fabrique de la pâte à papier à partir de bois (rondins et plaquettes de scieries) de la région et de fibres cellulosiques récupérées.

Celles-ci représentent 70 % de sa matière première. Industriel majeur dans le département, il subit pourtant depuis quelques années, le déclin de la consommation de papier journal. C’est pourquoi, sur ses 80 hectares de terrain, Norske Skog a décidé d’inviter d’autres entreprises ayant un lien avec le process et un engagement environnemental. « Il nous fallait inventer des leviers de croissance pour diversifier l’activité, réduire nos coûts et promouvoir la RSE » explique Martine Bortolotti, responsable projets RSE. Cette démarche a conduit à la création du cluster d’entreprises Green Valley en 2009 dont l’objectif est de mutualiser les ressources. Trois grands secteurs émergent aujourd’hui de cette mutation industrielle : la chimie du bois, les éco-matériaux et l’énergie verte. Le fabricant de panneaux de particules Pavatex, racheté depuis par Soprema, a ouvert le bal en 2013, avec à la clef, 50 emplois supplémentaires. Son installation adossée à la papeterie lui permet de bénéficier de bois moins cher et de vapeur excédentaire générée par le papetier. Norske Skog de son côté, perçoit de nouveaux revenus, de l’ordre de huit millions d’euros annuels, issus de la vente d’énergie vapeur et de services logistiques.
Autre projet, Bioskog. A partir de sciures de feuillus, issus des co-produits, il vise à extraire les molécules du bois pour fabriquer des protéines adaptées à l’alimentation de poissons d’élevage. Un démonstrateur est prévu pour 2018 ou 2019, pour produire 2500 tonnes de protéines. La construction d’une bioraffinerie à l’échelle industrielle devrait voir le jour, si tout va bien, en 2021, pour une capacité de 100 000 t/an. La production de biogaz à partir des effluents de sa station d’épuration fait également partie des projets de Norske Skog. D’ici quelques mois, l’entreprise sera capable de produire 17 000 Mwh/an de biométhane. Cette stratégie de diversification, orientée vers l’écologie industrielle, est la principale voie envisagée par le groupe papetier pour maintenir une industrie dynamique sur ce territoire et créer des emplois. La production de papier journal continuera inexorablement de faiblir. Les compléments de revenus liés aux nouvelles activités industrielles sur le site et sur le futur éco park de 70 hectares, de l’autre côte de la route, permettra de pallier ce déclin.
Crédit : CM
Lire aussi : Egger, fabricant de panneaux de particules
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »