Plaine Commune : le réemploi au cœur du plan de prévention

Réduire la production de déchets de 12 000 tonnes

Au Nord-Est de Paris, Plaine Commune amorce un tournant dans sa politique de gestion des déchets jusqu’en 2028. Face à la hausse des déchets constatée depuis 2010 sur ce territoire, l’EPT souhaite réduire leur production de 29 kg/hab/an sur six ans. Son PLPDMA (Programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés) donne désormais au réemploi un rôle central parmi les stratégies d’évitement. Objectif : créer plus de ressourceries et libérer de l’espace en déchèterie.

Comme l’ensemble des collectivités françaises, Plaine Commune doit se mettre en conformité avec la loi en matière de gestion des déchets. Les objectifs et les échéances visent notamment une réduction de 15 % des DMA et de 5 % des déchets d’entreprises en 2030 par rapport à 2010 ainsi que le réemploi/réutilisation de 5 % du tonnage des déchets ménagers en 2030. Cela dit, chaque territoire se soumet à ses indicateurs de terrain (densité urbaine, catégorie socio-économique, moyenne d’âge, type d’habitat etc.) pour mettre en place les mesures les plus appropriées. En 2019, le territoire de Plaine Commune a produit 242 729 tonnes de Déchets Ménagers et Assimilés (DMA). Ils incluent les ordures ménagères, les déchets occasionnels (DEEE, textiles, piles et accu, ameublement, pneus) et les déchets des collectivités (déchets verts, déchets de voirie, déchets des services techniques et dépôts sauvages). Ce flux représente près de 31 000 tonnes.

La fraction OMR regroupe 40% de produits et matériaux valorisables, dont une grande partie réemployable.

Au total, cela correspond à 484 kg/habitant (hors déchets de collectivité) contre une moyenne nationale de 582 kg/habitant. Sur l’ensemble des déchets collectés, le réemploi tel qu’il est recensé à ce jour sur ce territoire auprès des structures existantes, ne représente qu’une cinquantaine de tonnes. Pour se débarrasser des déchets occasionnels de gros volume susceptibles d’être réemployés comme les meubles, literies, gros cartons et ferraille, deux solutions : la collecte des encombrants en porte-à-porte tous les 15 jours et l’apport en déchèterie. Celles de Pierrefitte-sur-Seine, Aubervilliers et Epinay-sur-Seine sont accessibles également aux entreprises et artisans. Par ailleurs, la déchèterie du Syctom située sur les quais de seine à Saint-Ouen est ouverte à tous les habitants du territoire. Enfin, l’espace de tri de la Ville de Paris de porte de la Chapelle est ouverte aux habitants de Saint-Denis et de Saint Ouen. Malgré ces dispositifs, une large fraction de déchets sont des erreurs de tri ou finissent en dépôts sauvages. La principale difficulté concerne le geste de tri : 47% des OMR pourraient être triés en vue d’être réemployés ou recyclés tandis que 24% de la poubelle « jaune » accueillant des emballages sont des erreurs de tri.

Au total, la collecte et le traitement de l’ensemble des DMA ont coûté en 2019 près de 54 millions d’euros à la Communauté de Communes, soit l’équivalent de 123 euros par habitant. La facture va sans doute encore grossir sous le poids d’une TGAP en hausse pour le traitement des déchets non valorisés. Selon les prévisions établies par l’EPT, la contribution au Syctom devrait ainsi augmenter de 33 % en 2025. Le PLPDMA 2022-2028 tient compte de ces enjeux et si les différentes missions de prévention sont menées jusqu’au bout, la production de déchets passerait à 203 000 tonnes tandis que le coût global du service descendrait à 50 millions d’euros. Soit une réduction de 12 000 tonnes de déchets et une économie de plus de 3 millions d’euros sur six ans. Quant au réemploi, si l’objectif de 5 % à 2030 est atteint, cela concernerait sur Plaine Commune, l’équivalent d’environ 10 000 tonnes de produits et matériaux. On est encore très très loin du compte. Mais pour Laurent Monnet, en charge de l’économie circulaire pour Plaine Commune, il faut avancer par étapes.

Réemploi historique

 

Le Marché aux Puces de Saint-Ouen

Ce territoire francilien génère en effet 40 % de déchets qui pourraient être évités grâce au réemploi entre autres. Face à ce gaspillage engendré par un mauvais tri, de la négligence, ou tout simplement un manque de dispositifs, une réflexion a été menée autour de la lutte contre le gaspillage, la sensibilisation, la gestion de proximité des biodéchets, la consommation durable et le réemploi. Celui-ci fait l’objet d’une attention toute particulière, puisqu’ une étude a été réalisée en 2021-2022 par le bureau d’étude CAP3C pour Plaine Commune. Le territoire est historiquement lié à la seconde main avec la présence des Puces sur Saint-Ouen depuis le XIXe siècle. Toutefois, ces travaux ont mis en évidence une couverture disparate mais importante des boutiques de vente d’occasion et de réparateurs. Le recensement fait état de 855 vendeurs de seconde main, dont 824 situés sur la seule ville de Saint-Ouen et 31 sur le reste du territoire. C’est trois fois plus que la moyenne sur le département de la Seine-Saint-Denis. A contrario, seuls 234 réparateurs exercent sur le périmètre, soit deux fois moins que dans le département séquano-dionysien. Par ailleurs 34 structures du réemploi ont été identifiées sur le territoire dont trois généralistes : la Régie de quartier de Saint-Denis, Landy Kadi et l’Inutile Utile (associations bénévoles). Le potentiel est important, mais le retard est grand sur la structuration du réemploi en termes d’espace, de collecte, de logistique et de viabilité économique. Or derrière cette pratique, il y a de l’activité locale et des emplois possibles par le biais de la réparation, de la vente de pièces détachées, de la collecte « préservante » des objets réutilisables.

Le frein du foncier

 

D’ici à 2028, la politique de Plaine Commune favorisant le réemploi des flux de mobilier, DEEE, textiles TLC, bibelots, vaisselle, décoration, livres, DVD, CD, Cycles, équipements de loisirs, outillage, produits et matériaux de construction, met l’accent sur le développement de structures d’insertion et de filières spécifiques (textiles, vélos, livres, téléphones portables, ordinateurs). « Nous voulons soutenir les acteurs du réemploi et de la réparation, encourager les partenariats locaux, faciliter l’accès aux gisements de biens » explique Laurent Monnet sans cacher que l’espace foncier demeure le principal enjeu du territoire. L’urbanisme de transition pour accueillir ce type d’activité reste malheureusement dominant : « si nous avons été pionniers dans le réemploi de matériaux du bâtiment avec l’installation de deux plateformes Cycle Up à Saint Ouen et Réavie à La Courneuve, de nombreux autres projets éco-responsables nécessitent également du terrain ».

17 kg/hab de textiles dans les OMR

Les apports en déchèteries s’élèvent en 2019 à 36 800 tonnes, moins que la moyenne nationale. Alors que les dépôts sauvages sont en croissance.

Actuellement, la collecte des encombrants s’élève sur Plaine Commune à environ 11 200 t/an, tandis que les apports en déchèterie représentent 16 800 t/an. Les textiles sont collectés dans des bornes de collecte ou par des associations. Mais le territoire déplore encore 17 kg/an/hab de textiles dans la poubelle des OMR. Plaine Commune a établi pour chaque type de déchets, les gisements d’évitement et le potentiel de réduction sur six ans. Ainsi pour les textiles, linge et chaussures (TLC), le territoire mise sur le maillage des points de collecte, en passant à partir de l’an prochain de 100 à 295 bornes. Sur un gisement d’évitement possible de 7628 tonnes, le potentiel de réduction s’élèverait à 270 tonnes. Pour les 36 8000 tonnes d’apports en déchèteries (mobilier, DEEE, vaisselle, et autres objets), Plaine Commune cible deux destinataires : les structures du réemploi qui pourront récupérer des flux grâce à la mise en place de caissons sur trois déchèteries ; et les particuliers, avec l’ouverture d’un local de réemploi et/ou d’une zone de gratuité par déchèterie. Cela permettrait de détourner au moins 1320 t/an de matière sur les trois déchèteries de Plaine Commune.

Ressourceries et pouvoir d’achat

 

En parallèle, le développement des ressourceries est indispensable. Trois ressourceries sont envisagées à court terme dont l’activité aiderait à réduire le flux de déchets de 870 tonnes. C’est peu par rapport aux flux collectés, mais c’est un début qu’il faudra transformer progressivement en habitude chez les habitants, assure Laurent Monnet. Pour mener à bien ces actions de prévention et de réemploi, Plaine Commune a dressé un calendrier prévisionnel. A partir de 2023, priorité donc aux ressourceries et à la réparation. Un soutien pourra être apporté aux projets fixes ou ambulants : notamment les camions de réparation (vélos, DEEE, textiles…), les permanences réparations, les repair cafés, les bricothèques…etc. Déjà, une première ressourcerie au cœur du quartier réhabilité du Clos Saint-Lazare à Stains doit voir le jour en 2023. Le Syctom finance une partie de ce projet avec l’EPT. « Il faut savoir que pour pérenniser ce type de structure, nous devons prévoir une surface d’au moins 1500 m² et un investissement d’environ 90 000 euros. Sans compter les coûts de fonctionnement estimés autour de 500 000 euros par an », avance Laurent Monnet. Les ressourceries s’inscrivent dans le cadre de la politique de prévention du syndicat de traitement. Ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent mais plutôt aujourd’hui l’espace qui freine les initiatives, renchérit Corentin Duprey, vice-président de Plaine Commune et président du Syctom depuis juillet 2022 : « nous sommes confrontés par ailleurs à un gros problème de tri qui fera l’objet d’une vaste campagne de sensibilisation en 2023 au sein du Syctom. L’extension des consignes de tri a permis de capter certains gisements valorisables mais aussi beaucoup d’autres flux non valorisables. Cela entraîne une augmentation des bennes déclassées et donc des coûts de traitement ».

Sur le réemploi, le Syctom entend aussi accompagner les collectivités comme Plaine Commune par des campagnes d’information. « Nous espérons convaincre ainsi les habitants qui jettent, de réduire leur consommation pour plus de sobriété d’une part et si ce n’est pas possible, de réfléchir à une seconde vie pour leurs produits. Dans le contexte actuel, on peut toucher le public avec la dimension environnementale mais également économique en pointant du doigt le maintien du pouvoir d’achat, s’il fait appel au réemploi et au marché de la seconde main », indique Corentin Duprey.

Partenaires publics et privés

 

La Maison du vélo réunit des associations de réparation et promotion du cycle sur Plaine Commune

L’habitat collectif est plus que jamais intégré dans la boucle en stimulant la coopération entre bailleurs et copropriétaires. Les responsables de Plaine Commune imaginent dans ce contexte, plusieurs actions comme la mise en place au sein des immeubles, de locaux pour réemploi, de ressourceries éphémères, et de journées troc entre locataires. La thématique vélo est toute aussi importante puisqu’à partir de l’an prochain, des ateliers de réparation ainsi que la récupération de vélos en déchèterie seront mis en place. Le territoire entend poursuivre le financement d’ateliers d’autoréparation de vélos réalisés par des associations, réunies au sein du réseau Bicyclo, la Maison du Vélo de Plaine Commune installée à Saint-Denis. Autre projet, celui de mettre à disposition de ce réseau, les vélos récupérés en déchèterie ou dans les locaux des immeubles soit pour leur donner une « seconde » vie, soit pour constituer un stock de pièces détachées afin de proposer à la population des vélos/pièces à prix réduits. « Il existe une véritable attente des habitants et des communes pour déployer le vélo sur notre territoire et le rendre accessible à tous d’ici 2030 » évoque Laurent Monnet.

Pour renforcer le réemploi de gisements phares comme le textile, les vélos, les livres ou les ordinateurs et les smartphones, l’EPT souhaite par ailleurs structurer la démarche autour de filières spécifiques. Les publics visés sont les ménages, les collégiens et les lycéens. L’idée est de pérenniser des filières locales de réemploi de textile et de développer les points de récupération dans des lieux stratégiques (crèches, écoles, médiathèques…). En 2023, Plaine Commune va en outre étudier la faisabilité d’une filière de réemploi autour des ordinateurs et smartphones avant de pouvoir lancer en 2025, des ateliers de réparation, s’inspirant d’une première expérience dans un lycée d’Aubervilliers. Les livres ne sont pas oubliés, via la promotion du don. Cela passera également par des partenariats avec les bibliothèques, bailleurs, universités, lycées, collèges, écoles, mairies, associations, déchèteries.

Réduire de 12 000 tonnes la production de déchets en six, c’est à la fois peu, et beaucoup au regard du contexte social, économique et urbain de Plaine Commune. Tous les leviers pour atteindre cet objectif sont mobilisés. La sensibilisation et le travail collectif en font partie. Dans ces conditions, les élus sont conscients qu’aucun acteur du territoire ne devra être oublié.

Quelques chiffres :

Formée en 2001, Plaine Commune se compose de communes : Aubervilliers, La Courneuve, Epinay-sur-Seine, L’Île-Saint-Denis, Pierrefitte-sur-Seine, Saint-Denis, Saint-Ouen-sur-Seine (depuis 2013), Stains, Villetaneuse. Avec ses 440 113 habitants au 1 janvier 2018, elle représente 6% de la population totale du Grand Paris, et 27% de celle du département de la Seine-Saint-Denis. Ce territoire accueille 68 000 établissements économiques (administrations et entreprises).

Crédit : MAP, Géoportail

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