REP ASL : 12 000 t de matériels réemployés d’ici 2027

Espace de stockage, traçabilité et disponibilité des pièces détachées

Le matériel de sport et de loisirs est passé cette année en filière REP ASL, gérée par l’unique éco-organisme Ecologic. Cela signifie pour des milliers de produits, organiser dans toute la France, la collecte et la valorisation des matériels usagés. Le réemploi fait partie des obligations de la filière. Aux metteurs en marché, distributeurs, opérateurs de collecte et réparateurs, collectivités et usagers d’adopter les bonnes pratiques pour réemployer 12 000 tonnes d’ASL d’ici 2027. Ecologic et ses partenaires se donnent un an et demi pour évaluer les flux, se préparer à la traçabilité et à l’éco-conception.

La filière REP ASL (articles de sport et loisirs) est entrée en vigueur depuis le 1er janvier 2022 conforme à la loi AGEC de 2020. pour l’instant, il s’agit plutôt de préparer le terrain et l’ensemble des acteurs concernés, comme les fabricants, les distributeurs, les collectivités, les opérateurs de collecte et de traitement. Pour Ecologic en charge de la gestion de ces produits, la priorité est donnée aux travaux d’évaluation des flux, de traçabilité et d’accompagnement des partenaires. « Le réemploi est un enjeu fort, on ne se le cache pas, affirme Vanessa Montagne, directrice nouvelles filières chez Ecologic, et dans ce cas, tout ou presque est à construire. Cela passe en effet par le déploiement d’un marché de l’occasion pour des équipements sportifs jusque-là non réemployés ». Aujourd’hui, deux catégories de matériels sont installées dans cette pratique, même si de façon insuffisante : le cycle et le ski. Il va donc falloir s’inspirer de dispositifs existants de collecte, de réparation et remise en état pour mettre en œuvre d’ici un an, un marché de l’occasion pour des milliers d’autres articles de sport et loisirs.

ASL au fond des placards

Le marché des articles de sport et de loisirs français en hausse constante depuis 10 ans, est le troisième marché de biens de consommation français. L’ Ademe estime que près de 30 % des ménages ont tendance à conserver leurs articles de sport même s’ils ne s’en servent plus. Les ménages qui souhaitent se défaire de leurs articles de sport et de loisirs en bon état ont essentiellement recours à la revente et au don. Dès lors que ces articles ne sont plus en état, les ménages souhaitant s’en défaire ont tendance à les jeter (environ 70 %), ou à les conserver en vue d’une réparation.

La quantité d’ASL mise en marché chaque année, et concernée par la nouvelle REP a été estimée à environ 185 000 tonnes, selon une étude de l’Ademe sur des données de 2017 en France, ce qui représente un marché de 11,5 milliards d’euros. Des travaux de préfiguration ont fait état d’un flux de déchets annuel de l’ordre de 104 000 tonnes. Sur ce gisement, le réemploi porterait sur 6,4 % grâce aux acteurs de l’ESS principalement, soit environ 6700 tonnes de matériels. Pourtant 45 % du gisement d’ASL sont réemployables (vélos, trottinettes, rollers, appareils de fitness, tables de billard et de tennis de table, raquettes, luges, cannes à pêche etc .) tandis qu’une majorité d’équipements finit malgré tout chaque année dans les OMR, les encombrants et les déchèteries. Pour réduire les volumes de déchets et l’impact carbone de la filière, l’État veut changer la donne en incitant au réemploi. Dans le cahier des charges des éco-organismes (arrêté du 27 octobre 2021), le réemploi devra atteindre 9 % en 2024 et 14 % en 2027 des cycles mis en marché. Pour les autres flux ASL, l’objectif est de 4 % de réemploi en 2024 et 5 % en 2027.

Obligation de reprise

 

Evaluation des flux par l’Ademe

Jusqu’à la fin de l’année, Ecologic travaille à l’ouverture de 1000 points de collecte, en partenariat avec les structures de pratiques sportives, les distributeurs, les acteurs de l’ESS et les collectivités. A l’horizon 2027, à la fin de la première période d’agrément d’Ecologic, les attentes sur la collecte s’élèvent à 55 000 tonnes de produits dont 12 000 tonnes remployées. Les efforts à mener sont considérables. D’autant que l’évaluation de l’Ademe semble surestimée sur le réemploi issu des acteurs de l’ESS (6700 tonnes) par rapport à ce que Ecologic a observé sur le terrain, plus proche de 2000 tonnes.

Pour renforcer la collecte, la filière va s’appuyer sur trois sources d’approvisionnement : la grande distribution qui devra se doter dès 2023 d’espaces pour la reprise d’articles usagés (surface de vente entre 200 et 400 m2 dédiée aux ASL : obligation de reprise 1 pour 1 ; surface > à 400 m2 dédiée aux ASL : obligation de reprise 1 pour 0 sans obligation d’achat ; vente à distance dont le CA est supérieur à 100 K€ dédiée aux ASL : obligation de reprise 1 pour 1) ; les flux en déchèterie déposés dans les zones consacrées au réemploi ; les dons aux structures de l’ESS, parmi lesquelles les ressourceries ou recycleries spécialisées. Un autre gisement est à explorer également aujourd’hui, celui qui concerne les lieux de pratiques sportives (clubs, associations, collectivités locales).

« Notre rôle et notre priorité sont de référencer dans un premier temps, les structures de l’ESS qui travailleront avec nous. Nous en avons recensé pour l’instant environ 200, mais nous envisageons une montée en puissance en 2027 avec près de 1000 structures partenaires » indique Vanessa Montagne. Les réseaux de ressourceries et de recycleries vont commencer à signer leur contrat dans le cadre de la filière REP ASL. En parallèle, les recycleries spécialisées dans la reprise et revente d’occasion de matériel de loisirs et de sport s’étoffent. La recyclerie sportive compte aujourd’hui huit antennes en France et le réseau des recycleries du sport en recense cinq. Dans cette perspective, Ecologic et le Réseau solidaire L’Heureux Cyclage ont déjà signé un accord-cadre pour développer le réemploi des articles de sport et de loisirs et plus particulièrement les cycles. L’Heureux Cyclage est le réseau national des ateliers vélo participatifs et solidaires. Ses 150 ateliers adhérents font la promotion active du vélo et du réemploi. Ils ont une activité de collecte et de revalorisation qui permet chaque année, une remise en circulation de 400 tonnes de cycles. Les ateliers sont également des espaces de vie sociale qui offrent à plus de 100 000 bénéficiaires un lieu d’apprentissage pour l’entretien et la réparation de leur vélo.

Un fonds de 4,7 millions d’euros

 

Ces démarches partenariales sont accompagnées par un dispositif de soutien, via le fonds réemploi. Il sera constitué de 5 % des éco-contributions versées à Ecologic, soit l’équivalent de 4,7 millions d’euros. Le fonds réparation est porté quant à lui à 35 millions d’euros. Au cours des deux premières années, l’aide va surtout se traduire par un accompagnement des structures de l’ESS sur les compétences à acquérir (identification des flux, réparation, etc), avant de passer à un soutien financier à la tonne réemployée. En contrepartie, les acteurs de l’ESS devront garantir une traçabilité précise, à travers des opérations de pesée et de comptabilité. Toutes ces procédures vont se mettre en place au cours de l’année prochaine, assure Vanessa Montagne.

Une deuxième étape consiste pour l’éco-organisme à mettre en relation les structures de l’ESS avec les collectivités, les distributeurs et les lieux de pratiques. Objectif : contribuer à une connaissance fine des points de collecte sur le territoire. Il y a également un fort enjeu pour les Drom-Com où Ecologic dispose de six mois supplémentaires pour dresser un état des lieux des flux, des acteurs et des points de collecte. « Une vigilance particulière est mobilisée sur ces territoires lorsqu’il s’agit de monter de nouvelles filières, avec des contraintes lourdes sur la collecte, les dispositifs de réparation et la création d’un marché pour déployer les ventes de matériels d’occasion » selon Ecologic. « Depuis que je travaille sur cette filière, je constate un engagement collectif de toutes les parties prenantes, et notamment des grandes marques comme Decathlon qui s’impliquent dans le réemploi » souligne Vanessa Montagne. Cela se traduit par des partenariats avec des associations et des structures de l’ESS mais aussi à travers des campagnes de communication pour booster la demande de matériels d’occasion. Ecologic compte sur ce cercle vertueux pour renforcer la qualité générale des produits, gage de robustesse et d’allongement de la durée de vie.

Bonus-malus

 

En rythme de croisière, la filière ASL coûtera environ 33 millions d’euros par an, en tenant compte uniquement des coûts opérationnels (collecte, tri et traitement des déchets, coût du réemploi). Pour les financer, il est prévu qu’un pourcentage des ventes des produits concernés soit reversé à la structure en charge de la REP, l’éco-contribution. Pour les produits cycles, l’éco-contribution s’élèverait entre 0,7 % et 1,7 % du prix de vente du produit d’ici à 6 ans. Pour les produits hors cycle, entre 0,4 % et 0,6 %. Dans ce contexte, à l’instar des autres filières REP, l’éco-conception sera soutenue par une éco-modulation. Principe intrinsèque à la REP selon lequel les metteurs en marchés sont soumis à un système de bonus-malus sur la base de critères de performance environnementale, cette éco-modulation sera fondée sur trois critères : la disponibilité des pièces détachées, l’incorporation de matière recyclée et à partir de 2025, la durabilité des produits.

Dès l’an prochain, certains produits seront ciblés comme le rameur, l’elliptique, la table de ping pong, la trottinette, la tente de camping, le paddle-board et le panier de basket. Pour ces articles, un système de bonus-malus sera mis en œuvre selon la mise à disposition des pièces à sept jours. Pour une trottinette, le malus portera l’éco-contribution à 2,16 euros contre un bonus fixé à 1,94 euros. Ces quelques centimes d’écart seront-ils pour autant incitatifs ? Toute la question sera d’évaluer au fil du temps, le signal prix sur l’acte d’achat et les finances du metteur en marché, indique Vanessa Montagne. Autre thématique étudiée à partir de 2025 : le critère de durabilité. Comme pour les appareils électro-ménagers, tout est à construire dans ce domaine. De même qu’il est envisagé à terme d’instaurer un affichage pour informer le consommateur, s’inspirant de l’indice de réparabilité et de durabilité.

Des freins à lever

 

La ressourcerie ReStore associée à Triselec dans le Nord

Alors que la filière REP ASL s’engage sur le réemploi de manière significative et collective, plusieurs défis sont à relever. Ainsi, le problème de stockage et d’espace pour les points de collecte se pose chez les distributeurs, les acteurs de l’ESS et les déchèteries. A cela s’ajoute la demande pour des articles de seconde main, qui pour l’instant reste une inconnue. La traçabilité fait aussi partie des futurs chantiers. « Il faut convaincre de son intérêt auprès des acteurs de l’ESS en particulier et permettre que les données recueillies soient utiles au plus grand nombre, pour des études statistiques et de prospective par exemple » insiste Vanessa Montagne. Autres pistes à creuser : s’inspirer des échanges existants entre les clubs professionnels et les clubs de loisirs. Il s’avère que du matériel professionnel finit souvent entre les mains de clubs d’amateurs aux budgets et aux usages plus modestes. « Nous pourrions également étudier la manière dont certains articles pourraient passer de loisirs marchands à des associations via le don ». Enfin, d’autres projets sont envisagés au cours des prochaines années pour raccrocher les wagons à la commande publique notamment. L’idée est de favoriser l’acquisition par les collectivités locales ou les administrations, de matériels de seconde main sécurisés et certifiés.

Decathlon dans les starting-blocks

Dans sa déclaration de performance extra-financière 2021, Decathlon aborde un peu le réemploi mais accorde encore une grande place au recyclage. Pour autant, l’enseigne cherche déjà à favoriser le retour de matériel dans ses magasins. Ce sera une obligation à partir de 2023 mais c’est aussi pour la marque, l’opportunité de fidéliser sa clientèle, via la diffusion de bons d’achat par exemple, et la possibilité de développer un marché pour les articles d’occasion sur sa marketplace, Seconde Vie de Decathlon. En 2021, Decathlon a participé à quatre expérimentations avec Ecologic. Des bornes de collecte ont été disposées au sein de neuf magasins Decathlon en France afin de mieux caractériser les gisements, obtenir une première estimation du taux de réemployabilité des produits et tester les aspects techniques et logistiques de la REP (choix des contenants, rodage des flux logistiques, etc.). Ces expérimentations auxquelles ont également participé d’autres entreprises du secteur ainsi qu’une quinzaine de déchèteries, ont permis de collecter plus d’une trentaine de tonnes de produits. Grâce à ce projet, des liens ont pu être tissés avec les acteurs de l’ESS afin d’apporter des solutions de réparation et de réemploi à une part significative de produits.

Crédits : Ecologic, ReStore

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