L’association Rejoué œuvre pour la remise en état et la vente de jouets d’occasion. Outre la vente aux particuliers, la structure de l’ESS crée des partenariats avec les professionnels de l’enfance. Objectif : diversifier ses marchés face à l’insuffisance de moyens financiers et humains proposés par la nouvelle REP Jouets. Avec l’Ademe et des structures publiques de l’enfance, Rejoué participe à une expérimentation sur l’économie de la fonctionnalité pendant deux ans.
Le cadre législatif (LTECV, Loi AGEC…) impose d’ici 2025, le recyclage de 65% des emballages de tous types et la réduction de 50% des déchets enfouis, et d’ici fin 2023 le tri à la source des déchets alimentaires. Sur un territoire de près de 6 millions d’habitants et une densité pouvant aller jusqu’à 21 000 hab/km², le Syctom se fixe comme objectif global de réduire drastiquement la quantité d’ordures ménagères sur la période 2021-2026. Cela se traduit par des soutiens financiers, en investissement et en fonctionnement, mais aussi des accompagnements avec mise à disposition d’outils de communication, de sensibilisation et de moyens. Les aides sont apportées aux projets des communes, des établissements publics et des associations à condition que leurs projets soient co-financés par les EPT. Parmi les actions ciblées, figurent le compostage de proximité, les démarches EIT, la consommation responsable et la lutte contre le gaspillage alimentaire. Le réemploi et la réparation sont fortement encouragées, à travers la création de recycleries ou de ressourceries.
Une aide de 40 000 euros
Dans ce contexte précisément, le bureau syndical du Syctom a voté le 8 novembre 2022 une subvention de 40 000 euros pour soutenir un projet de l’association Rejoué. Cette aide fait l’objet d’une convention tripartite avec la Ville de Paris qui participe à hauteur de 20%. L’ambition de Rejoué est de diversifier ses partenariats et de multiplier ses démarches de coopération avec les professionnels de l’enfance, leurs prescripteurs (réseaux, fédérations professionnelles, médias, etc.) et les collectivités territoriales (élus et responsables de service). « Malheureusement, nous ne pourrons pas compter sur les soutiens de la REP Jouets. Les éco-contributions établies par l’éco-organisme éco-mobilier ne vont pas favoriser le réemploi, en dépit des objectifs fixés par la loi AGEC et des avis de l’Ademe. Avec le montant perçu estimé à 18 000 euros par an, nous ne pourrons pas continuer à faire du réemploi de qualité. Fort de ce constat, cela nous oblige aujourd’hui à diversifier notre clientèle et nos sources de revenus », avoue Claire Tournefier, présidente de Rejoué. L’association, experte dans la réparation, le reconditionnement et la remise en état de jouets espère créer de nouveaux partenariats avec les professionnels de l’enfance du secteur public et privé.
Offre de service en co-construction
Grâce à l’aide financière du Syctom et de la Ville de Paris, la structure a deux objectifs. Le premier est de faire connaître davantage l’offre innovante, éco-responsable et locale de jouets et jeux dans les écoles et les crèches. Cette action est d’ailleurs encouragée par l’achat obligatoire d’au minimum 5 % de jouets issus du réemploi dans la commande publique (Loi AGEC). Le second objectif est de co-construire et expérimenter une offre de service basée sur la valeur d’usage du produit pour et par les professionnels de l’enfance. Rejoué ne proposera à ces professionnels non plus des jouets à la vente, mais des prestations selon les besoins et les usages. « Dans ce domaine, nous visons notamment les crèches, les ludothèques et les structures d’accueil pour les enfants en situation de handicap, situées dans la capitale. Nous avions déjà comme partenaires des crèches en dehors de Paris avec lesquelles nous avons démarré une expérimentation, dans le cadre du programme Coop’Ter, soutenu par l’Ademe. Celui-ci va donc prendre de l’envergure au cours des deux prochaines années grâce aux 40 000 euros que nous avons reçus » souligne Claire Tournefier. Cette dernière ne cache pas que le contexte devient difficile alors que le réemploi n’a jamais été aussi présent dans le discours politique et le quotidien des Français : « malheureusement, on ne peut que déplorer l’insuffisance des moyens financiers et humains mis dans cette nouvelle filière REP Jouets. La mise à disposition du foncier pour stocker les flux collectés n’a pas non plus été prise en compte ».
Cette REP Jouets pourrait au final générer une forme de greenwashing de la part des metteurs en marché, déplore la présidente de Rejoué : « les distributeurs sont prêts à collecter pour du réemploi, uniquement pour récupérer la crème et capter la clientèle avec des bons d’achats. Nous risquons alors de ne récupérer que des produits bas de gamme ou pas réparables ». Qui finiront au recyclage ou en dons ? Comme un air de déjà vu dans la filière textiles, que Rejoué ne veut absolument pas connaître.
Crédit : Rejoué
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