Le réemploi dans le bâtiment ne se limite plus aux menuiseries, planchers et faux-plafonds. Les équipements électriques techniques ont aussi le droit à une seconde vie. Développée par l’entreprise Proclus, l’activité de réemploi va de la récupération à la remise en état et à la revente de pièces et d’appareils. La dépose a débuté sur des chantiers franciliens mais dès l’été 2023, concernera tout le territoire.
Le tri des produits électriques dans le secteur du bâtiment est géré jusqu’à présent par la filière REP DEEE, essentiellement en vue de leur recyclage. Mais la législation et les mentalités évoluent. La benne à ferrailles n’est plus la seule issue pour les disjoncteurs, climatiseurs et autres transformateurs en bon état de fonctionner, récupérés sur les chantiers de rénovation. A l’instar des faux plafonds, des planchers ou des menuiseries de fenêtres, le réemploi de matériel électrique est un marché porteur, alors que la RSE et la réduction des coûts deviennent moteurs sur des projets immobiliers. Chaque année, en France, près de 30 000 permis de construire sont validés alors que sont mis en œuvre environ 25 000 chantiers de démolition. Cela génère quelque 200 000 tonnes d‘équipements électriques dont seulement 3 % sont réemployés. Sachant que 30 % de l’impact CO2 d’un bâtiment provient des lots techniques, on comprend vite l’enjeu du réemploi. Face à des gisements souvent en bon état mais non réutilisés, Hervé Grimaud, ancien DG de Récylum, a eu l’idée de leur donner une seconde vie.
17 chantiers cobayes
Créée en novembre 2022, Proclus gère de A à Z, les équipements techniques issus de chantier. Depuis août 2022, les partenaires et collaborateurs de l’entreprise ont testé grandeur nature, les opérations d’évaluation, de dépose et de démontage sur 17 chantiers franciliens avant de lancer officiellement l’activité. Trois conditions doivent être réunies pour mener à bien ce réemploi, selon Hervé Grimaud : bien connaître en amont les chantiers de démolition ; garantir une dépose technique et de qualité ; stocker les pièces et le matériel certifié prêt à l’emploi. « Notre travail actuellement est d’intégrer au maximum les réseaux de la filière, pour se faire connaître des maîtres d’ouvrage engagés dans l’économie circulaire mais aussi des cabinets d’audits qui réalisent les diagnostics, souligne le président fondateur de Proclus. Nous pouvons ainsi évaluer sur place, le potentiel de réemploi in situ/ex situ des équipements électriques des bâtiments sous les angles techniques, économiques et environnementaux avec à la clef, la fourniture d’un rapport complémentaire du nouveau diagnostic PEMD ». Avant le curage, une simple visite sur site permet à l’entreprise d’identifier les équipements techniques réemployables. Une offre de reprise ferme et définitive est proposée sur les appareils qui présentent un intérêt pour les acteurs de la maintenance et/ou des travaux neufs. Interviennent ensuite les opérations de dépose et d’évacuation. Proclus emploie sept salariés, spécialistes du démontage, électriciens, techniciens experts en manipulation d’équipements électriques qui coordonnent également les interventions des partenaires.
L’étape centrale repose sur le test et la requalification du matériel selon son ancienneté, ses performances et sa conformité aux normes actuelles. « Dans cette démarche, nous portons le risque et la responsabilité de notre travail et de notre expertise », affirme Hervé Grimaud. Le référencement technique est identique aux produits neufs pour faciliter la recherche, avec trois niveaux de qualité : le Premium représente du matériel totalement fonctionnel avec aspect proche du neuf ; le Standard référence des équipements fonctionnels avec des traces d’usage ; le niveau Harvesting classifie des équipements surtout destinés à la récupération de sous-ensembles. Deux niveaux de garantie (hors qualité Harvesting) sont disponibles : Gold avec 2 ans minimum plus le reste à courir de la garantie constructeur sur certains produits et le Silver d’une durée d’1 an.
Centre de stockage des pièces

L’offre de reprise est attractive face à la benne ferrailles, principal exutoire jusqu’à présent. Cela va permettre selon la direction de Proclus, de récupérer des quantités importantes de produits identiques afin de répondre aux besoins des travaux neufs. « Nous pourrons de cette manière accompagner nos clients dans la continuité de service de leurs installations », souligne Hervé Grimaud. En attendant la revente des pièces ou des équipements, il faut stocker. Proclus loue pour le moment un entrepôt au Sud de Paris pour regrouper et référencer le matériel. L’objectif est de grossir rapidement sa capacité de stockage et d’approvisionnement, en déménageant à terme sur un plus grand site, de préférence proche de la capitale, mais aussi en agrégeant des données concernant des flux disponibles ailleurs en France. En plus de la garantie qualité et technique du produit, Proclus fournit un bilan environnemental du réemploi au démolisseur sur les émissions et les coûts évités grâce à la dépose, ainsi qu’au client final qui réutilisera ce matériel en seconde vie. Les équipements non fonctionnels sont quant à eux envoyés vers les filières de recyclage agréées. Certains équipements peuvent aussi être donnés à des associations humanitaires ou sociales en France et à l’étranger.
Levée de fonds d’un million d’euros

A ce jour, les déposes sont réalisées sur des chantiers franciliens, mais dès l’été 2023, l’offre de dépose et de collecte de matériel sera progressivement déployée sur l’ensemble du territoire. Dans les grandes agglomérations nationales, Proclus envisage de nouer des partenariats avec des entreprises locales spécialisées dans la maintenance ou le reconditionnement pour démonter et certifier l’équipement sans tout centraliser en Ile-de-France. La commercialisation des produits a par ailleurs démarré sur quelques market places spécialisées dans le réemploi. « Nous souhaitons pour notre activité commerciale disposer d’au moins trois canaux de distribution, insiste Hervé Grimaud. Nous passerons par des market places comme Cycle up ou Backacia pour promouvoir les équipements techniques d’occasion et toucher les entreprises du bâtiment ; sans oublier les distributeurs professionnels classiques ». D’ici quelques semaines, Proclus lancera son propre site de vente en ligne sur proclus.eco
« Les premiers mois de test nous ont démontré qu’une seconde chance technique était possible pour ces matériels. Et par ailleurs que le marché était mûr pour réemployer des équipements électriques dans le cadre d’une maintenance, ou sous forme de pièces d’occasion » insiste le fondateur de Proclus. Cela ne concerne plus seulement de l’éclairage général pour alimenter des sous-sols et des parkings, mais du réemploi d’appareils stratégiques de génie climatique ou de production d’énergie. Créée fin novembre 2022 avec un capital de 160 000 euros, Proclus bénéficie déjà d’une levée de fonds d’un million d’euros pour passer à la vitesse supérieure. Hervé Grimaud veut battre le fer pendant qu’ il est chaud. Pas question de négliger une demande frémissante et laisser détruire des milliers de tonnes d’appareils techniques en état de fonctionner.
Crédit : Quentin Durand
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