Les déchets plastiques complexes ou en mélange qui composent les refus de tri, les déchèteries et les bennes de DIB ne finiront bientôt plus enfouis ou incinérés. Depuis quelques années, des projets industriels de recyclage émergent comme celui de Replace dans la Marne, soutenu par les pouvoirs publics et des fonds privés. La recyclabilité de tous les plastiques enfin résolue ?
Construire une nouvelle filière de recyclage pour des déchets plastiques complexes, en créant des boucles circulaires locales. C’est l’ambition de la start-up industrielle Replace, implantée à Vienne-le-Château dans la Marne sur l’ancien site du groupe Albéa. Fin 2021, l’entreprise fondée par Laurent Villemin et Christian Horn, spécialistes de la plasturgie, a démarré sa première ligne de recyclage de déchets plastiques complexes, à base de résine PE, PP multi- composants.

« Nous souhaitons recycler des flux de déchets plastiques qui ne le sont pas aujourd’hui, en nouveaux produits sur le même territoire. Cela signifie, récupérer dans un rayon de 100 km des chutes de production (purges de regranulation, ou résidus de fabrication) et des déchets post-consommation (masques chirurgicaux, emballages alimentaires ou hygiéniques en carton mais plastifiés à l’intérieur). Nous privilégions pour l’instant une majorité de déchets post-production à hauteur de 70 %, dont on connaît la composition, pour diluer des flux post-consumer ». Dès 2019, ce projet a obtenu le soutien de l’Ademe par le biais du dispositif Orplast et de la région Grand Est, au titre du Plan de Relance. Une fois lancée, l’entreprise Replace a pu conduire sa première levée de fonds de quatre millions d’euros auprès des Business Angels Yeast, du fonds d’investissement ILP et du groupe AISA, fabricant de machines de transformation des plastiques, son actionnaire historique. Le groupe ILP est l’acteur régional du renforcement des Fonds Propres des entreprises du Grand Est en développement ou transmission. L’entreprise a également reçu le label Solar Impulse, récompensant les entreprises actrices de la transition écologique. Elle est lauréate du réseau Entreprendre et d’Initiative Metz.
Approvisionnement et débouchés locaux
En prospectant dans la Marne, les fondateurs de Replace constatent que le potentiel est immense, même si ce département n’est pas spécialement industriel. Au coeur des enjeux locaux, le vignoble et l’activité viticole sont à la fois fournisseurs de déchets et consommateurs de nouvelles matières premières. C’est dans ce domaine que Replace s’investit. Depuis le début de l’année 2022, l’installation a recyclé plus de 500 tonnes de plastiques issus notamment des coiffes de champagne (plastique métallisé non-recyclé jusqu’à présent) afin de les transformer en 1,5 million de tuteurs de vigne, vendus localement sous la marque Tutofi. Dans la Marne, dominée par l’exploitation viticole, le piquet de vigne et arboricole a du sens. « Il est résistant avec une durée de vie estimée à plus de dix ans, plus sûr pour ceux qui le manipulent et recyclable » insiste Laurent Villemin. Rien à voir avec les piquets de vigne en plastique recyclé, fabriqués il y a vingt ans, assure-t-il.

Le procédé de traitement repose essentiellement sur du broyage et de l’extrusion. Pour agglomérer les résines en mélange, une étape de forte compression est réalisée ; c’est l’un des secrets de l’industriel pour lequel un brevet a été déposé. Les machines d’extrusion et de moulage sont conçues, fabriquées et assemblées en France. L’investissement de départ s’élève à un peu plus d’un million d’euros. Une fois broyés, les déchets arrivent en mélange selon des dosages spécifiques sur la ligne d’extrusion où ils sont fondus puis transformés par moulage, en piquets de vigne. Le process permet de traiter 1500 t/an de matières. Le procédé lui-même ne nécessite aucun adjuvant. Replace parvient à recycler en mélange plusieurs résines. « Ce modèle nous permet de garantir des objets 100% recyclés, recyclables et locaux, avec un cycle de vie infini », précise Laurent Villemin qui vise déjà d’autres applications pour sa matière. La palette en plastique régénéré pourrait être utile dans certains secteurs industriels où le bois n’est pas admis, comme la filière cosmétique par exemple.
Diversifier et déployer

De nouveaux débouchés sur le territoire du Grand Est sont à l’étude. Replace collabore ainsi avec le groupe Larbaletier, une entreprise basée à Troyes spécialisée dans le mobilier d’agencement professionnel. Elle vend notamment du mobilier pour la distribution alimentaire, de la décoration de magasin et du mobilier urbain, de bonne facture. Une nouvelle gamme d’équipements intégrant des plastiques recyclés pourrait voir le jour. Pour assurer ce développement et diversifier ses débouchés, l’usine marnaise a accueilli en octobre, une nouvelle ligne d’extrusion. Le site à terme pourrait accueillir entre quatre et six lignes de traitement. Sur le plan social, la start-up s’est associée à une entreprise adaptée locale afin de recruter ses premiers opérateurs de production. D’ici à la fin de l’année, la société espère doubler ses effectifs (15 personnes) et atteindre le million d’euros de chiffre d’affaires. L’usine devrait embaucher à terme entre 40 et 50 personnes. Les dirigeants de Replace espèrent ensuite dupliquer leur modèle sur d’autres territoires, pour traiter les flux de plastiques en mélange issues des collectivités et des industries. L’idée est de construire des sites au plus près des gisements et faire en sorte que les produits recyclés soient utilisés au mieux sur le même territoire : « nous misons sur une cohésion de notre procédé à l’échelle industrielle, pour optimiser nos coûts de traitement et de production » assure Laurent Villemin.

Replace cherche aujourd’hui à identifier des zones où il existe des besoins pour des produits éco-conçus. Tous les refus des centres de tri et les nouveaux gisements de déchèterie peuvent être éligibles. « Au regard de ce que nous proposons, plusieurs acteurs de la filière de gestion des déchets plastiques s’intéressent à notre activité, comme Valorplast par exemple » souligne Marie-Laure Ruppel, responsable des projets stratégiques chez Replace. D’ici fin 2023, Replace souhaite construire deux autres sites en France, actuellement à l’étude. A l’heure où la R&D et les investissements sont visiblement relancés en France pour recycler un maximum de déchets plastiques, toute activité industrielle est bonne à prendre. « Les projets de recyclage chimique de grande ampleur ne nous inquiètent pas, car nous ne traitons pas les mêmes flux à la base, insiste Laurent Villemin. En outre, ce type d’usine va générer quantité de résidus plastiques qu’elle ne pourra pas valoriser mais que nous pourrons recycler mécaniquement et pour lesquels nous développerons de nouvelles applications industrielles ».
Crédit : Replace
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