Pare-chocs automobiles, coques d’aspirateurs, cafetières, boîtiers d’ordinateurs, les plastiques techniques de VHU et DEEE comme le PP, le PS et l’ABS ne sont pas assez bien traités pour les recycler dans des produits à forte valeur ajoutée. L’arrêt des exportations vers l’Asie conduit à repenser leur valorisation de manière plus qualitative. Pour la jeune entreprise de régénération Skytech, répondre aux obligations réglementaires et à la demande croissante des transformateurs est un enjeu majeur de son activité.

Collectés depuis des dizaines d’années sur les chantiers de traitement de VHU, de DEEE et de DIB, les déchets de PP, d’ABS et de PS sont recyclés dans des applications souvent dégradées et beaucoup exportés jusqu’en 2018 vers l’Asie. La difficulté de les séparer en raison d’une densité proche et de leur couleur foncée, que ce soit par flottation ou tri optique, empêche d’obtenir des flux de matières de qualité. L’entreprise Skytech veut inverser la tendance. Fruit de plus de dix ans de recherche avec le CNRS, l’ENS Paris Saclay et d’un partenariat financier avec le fonds Xerys Invest, cette industrie, créée en 2018, s’appuie sur quatre brevets déposés en lien avec la séparation des plastiques techniques et deux brevets en cours sur la formulation de polymères régénérés. C’est à Bonnières-sur-Seine que Skytech a démarré son activité en 2020 en séparant les polymères post-consommation avec un taux de pureté de 99%. Son procédé Triblast repose sur le principe de l’électricité statique qui charge certains plastiques en positif et d’autres en négatif. Il permet ainsi de trier les résines sans consommer d’eau ou de produits chimiques. Les déchets ABS, PP et PS parviennent à l’usine sous forme de broyat. Une fois séparés par triboélectricité, ils sont granulés pur ou formulés à façon pour répondre aux spécificités techniques et aux cahiers des charges des clients industriels pour acquérir une résistance thermique ou des propriétés anti-UV par exemple. Ces plastiques à l’origine sont issus d’appareils électriques ou de véhicules qui ont vieilli. Leurs propriétés mécaniques et de résistance sont dégradées. « Notre rôle est de rebooster ces matières plastiques par granulation et compoundage, souligne Christophe Lamboeuf, directeur général de Skytech. Au final, nous proposons une gamme de granulés styréniques régénérés premium répondant aux exigences des industriels et des plasturgistes ».
50 000 tonnes en 2024
Le savoir-faire de l’entreprise lui permet désormais de s’inscrire dans une nouvelle stratégie de croissance. « Depuis le lancement de notre activité, sur une première année pleine en 2021, nous avons produit 4500 tonnes de granulés régénérés. Et ce n’est qu’un début » souligne son directeur, alors que tous les signaux sont au vert pour augmenter rapidement les capacités : obligations réglementaires sur l’éco-conception et le recyclage ; demande croissante des industriels en rABS et rPS en France et à l’international. Dans cette perspective, qualité et quantité doivent être au rendez-vous. Cela s’est traduit pour Skytech fin 2021 par une nouvelle levée de fonds de 16 millions d’euros auprès de son actionnaire historique Xerys Invest, soit au total, une augmentation de capital de 27,4 millions d’euros. Sans compter les subventions de l’Ademe et de Bpifrance dans le cadre de France Relance. Objectif : accélérer la R&D sur les procédés de recyclage et de formulation et financer la montée en puissance de sa production sur son nouveau site de Val d’Hazey (Eure). L’inauguration de l’usine est prévue au premier semestre 2022. Celle-ci accueillera quatre lignes de production pour séparer et traiter des ABS, PP et PS, mais également d’autres plastiques durs comme par exemple du PA. L’entreprise vise dès la fin de cette année, 35 000 tonnes de matières régénérées et 50 000 tonnes d’ici 2024. Les effectifs devraient passer de 60 à une centaine de salariés.

« Nous nous efforçons de répondre à toutes les normes possibles qui vont nous permettre de développer des débouchés pour nos produits, explique Christophe Lamboeuf. Plusieurs secteurs s’intéressent à nos polymères recyclés, dans l’automobile, l’emballage, l’électroménager et même l’industrie du jouet. En particulier, le rABS que nous produisons vient d’être déclaré conforme à la norme européenne EN71-3 (2019+A1:2021) ». Cette norme spécifie les exigences et les méthodes d’essai applicables à la migration de nombreux composants chimiques susceptibles d’être contenus dans les matériaux entrant dans la fabrication des jouets. Selon le DG de Skytech, il s’agit d’une étape règlementaire majeure : « le marché du jouet, sur lequel nous avons de grandes ambitions, s’ouvre à nous. Nous sommes confiants quant à un accueil positif des acteurs de cette industrie, particulièrement consommatrice en résines plastiques, pour nos solutions très élaborées et écologiquement vertueuses. » Skytech ne compte pas se limiter à son développement national. Rapidement, une implantation en Italie, proche des gisements de déchets plastiques complexes devrait voir le jour. L’entreprise envisage à plus long terme, de déployer son activité ailleurs en Europe (Espagne, Allemagne, Royaume-Uni).
Crédits : Skytech
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