Le premier baromètre sur le vrac et le réemploi des emballages ménagers, publié en mai 2024, sera désormais réactualisé chaque année, et enrichi par les données du secteur. A ce jour, encore peu de chiffres recensés par les acteurs, en cours de développement. Pour sa première édition, l’enquête pose les bases et met en lumière les enjeux de ce marché émergent.
En l’absence d’informations quantitatives et qualitatives suffisantes pour représenter le réemploi des emballages ménagers, l’étude est davantage une exploration initiale d’un secteur en devenir. Le baromètre du vrac et du réemploi des emballages ménagers a été réalisé par le cabinet Deloitte, sous l’impulsion de Réseau Vrac et Réemploi, avec le soutien de Citeo et Léko, et la participation des acteurs de la filière. Basée sur 56 entretiens de professionnels (dont 26 opérateurs du réemploi et 14 distributeurs) et sur 32 fichiers de données quantitatives, cette première édition établit des bases en vue d’enrichir l’Observatoire du réemploi et de la réutilisation de l’Ademe qui publiera son rapport en septembre 2024. Pour l’instant, les volumes réalisés ne sont pas assez nombreux et précis. Plusieurs acteurs sont en phase de création ou d’acquisition de compétences, ce qui rend difficile la mise en place d’un baromètre complet et totalement fiable. Pour autant, toute donnée aussi maigre soit-elle, est bonne à prendre.
Séquelles de la crise sanitaire
Un périmètre d’analyse sur les emballages réemployables a été défini. Ces emballages sont conçus et mis sur le marché pour accomplir pendant leur cycle de vie plusieurs trajets ou rotations en étant remplis à nouveau ou réemployés pour un usage identique à celui pour lequel ils ont été créés. C’est pourquoi, les recharges à usage unique ne sont pas intégrées dans l’étude. La réglementation impose que les emballages réemployables soient également recyclables. Le rapport se concentre sur les emballages ménagers des produits de grande consommation (PGC), excluant les emballages utilisés dans les cafés, hôtels et restaurants (CHR), ainsi que les emballages industriels et commerciaux (EIC). Le baromètre a sollicité cinq catégories d’acteurs qui englobent la production d’emballages réemployables, la production d’équipements pour la vente en vrac et réemploi, le conditionnement des produits vrac et préemballés en emballages réemployables, leur distribution en magasin et le parcours consommateur, ainsi que la phase de collecte, de lavage et/ou de réemploi des emballages.
Entre 2019 et 2020, le marché du vrac en France a enregistré une croissance significative. En 2020, la crise sanitaire et l’inflation ont freiné cette progression, reléguant surtout le vrac aux magasins et épiceries bio. En 2024, ce marché voit cependant un regain de croissance, signe d’une évolution prometteuse pour les prochaines années, indique l’étude. Le réemploi connaît également un frémissement, avec 161 projets soutenus par les éco-organismes Citeo et Léko en 2023. Les prévisions sont optimistes même si beaucoup d’incertitudes entourent cette filière, liées en particulier à la réglementation européenne. Les ambitions françaises sortiront-elles gagnantes ? C’est la question principale qui se pose, alors que le règlement PPWR (emballages et déchets d’emballages) voté en mai 2024 par le Parlement européen entrera en vigueur courant 2026. Les objectifs notent une réduction de 5 à 15 % des déchets d’emballages entre 2030 et 2040, ainsi que des obligations de réemploi, spécifiques pour certains secteurs. Mais de nombreuses dérogations sont apparues à la fois sur les produits, les secteurs d’activité et pour les pays dont les taux de recyclage dépassent les objectifs fixés par l’UE. Dans ces conditions, les fabricants, les marques, les distributeurs seront-ils prêts à s’engager dans cette aventure, si Bruxelles fait preuve d’autant d’indulgence ? Seules l’adhésion du consommateur et la quête de nouveaux marchés pourraient être des facteurs déterminants.
Retour faible des emballages
En 2023, selon le baromètre, environ 1000 points de collecte ont été installés chez les opérateurs interrogés, et plus de 13 millions d’emballages récupérés. D’après enquête, le taux de retour d’un emballage réemployable est estimé en moyenne à 35 % (87 % en livraison à domicile ; 15 % en GMS), alors que l’objectif visé est de 62 % en 2024. Le taux d’emballages réemployés est une donnée non disponible à ce jour qui devrait être calculée et diffusée pour la première fois en septembre 2024 par l’Ademe dans l’Observatoire du réemploi et de la réutilisation. A ce jour, en France, une soixantaine de centres de lavage sont répartis dans 18 régions. Cela équivaut à 12,5 millions d’emballages traités en 2023. Pourtant, le taux d’utilisation des machines de lavage reste très faible, autour de 19 % en 2023. La filière compte sur un renversement de tendance et prévoit la mise en service de quatre nouveaux centres d’ici fin 2024 en Occitanie, dans l’Ouest et le Grand Est. Pour justifier cet optimisme, la filière table cette année sur une hausse de 20 % d’embauche dans ce secteur ; +55 % d’emballages collectés en vue de leur réemploi ; et +75 % d’emballages lavés et remis en marché. Plus de 80 % des opérateurs du réemploi interrogés existent depuis moins de cinq ans. La plupart reconnaissent que la rentabilité n’est pas encore atteinte, dès lors que la chaîne de valeur est en phase de développement. Sur la période juillet-décembre 2023, 85 % des commerces adhérents de Réseau Vrac et Réemploi notent une stabilisation ou une hausse de la fréquentation journalière dans les commerces vrac. Cela reflète une nette amélioration par rapport à la même période en 2022, où la proportion s’élevait à 58 %). Les acteurs interrogés ont installé en tout plus de 30 000 équipements de vrac sur l’ensemble du territoire français et ce depuis 2011.
« Les objectifs ne seront pas atteints »
Selon le Réseau Vrac et réemploi, plusieurs signaux sont à prendre en compte, comme la montée en puissance des opérateurs sur le réemploi de pots et bocaux ; la hausse des points de collecte installés et les capacités de lavage disponibles pour traiter 300 millions d’emballages. En termes de références d’emballages réemployables, en 2023, les magasins bio en compte une centaine, contre 10 en GMS. Le verre compte actuellement une dizaine de produits disponibles, et une quarantaine pour le plastique. La loi AGEC prévoit une réduction de 20% des emballages en plastique à usage unique d’ici fin 2025 et l’atteinte de 10% d’emballages réemployés d’ici 2027. Clairement, il y a peu de chances de les atteindre, assurent les co-rapporteurs du bilan de la loi AGEC. Pourtant, la filière des emballages ménagers s’active depuis au moins cinq ans pour répondre aux objectifs. Avec l’appel à projets « EncoRE plus de réemploi » lancé en 2023, Citeo par exemple met en lumière 144 actions et solutions moyennant une enveloppe de 35 millions d’euros sur les 50 millions d’euros provisionnés. Parmi les lauréats figurent la Coalition Circul’R, DéfiVrac, le regroupement Danone, Andros et Ecotone (lavage de contenants), ou encore GreenLoop packaging (Decathlon).
Tous les acteurs sont représentés : metteurs en marché, collectivités, apporteurs de solutions (traçabilité, design, tests, nouveaux matériaux, etc.) ou groupements constitués de plusieurs de ces acteurs. La majorité des projets provient des boissons et de l’alimentaire (respectivement 57 et 56 projets), mais le non-alimentaire est également présent (avec 17 projets mixtes alimentaires et non-alimentaires et 5 projets exclusivement non alimentaires). Outre le financement, 67 projets bénéficient également d’un accompagnement d’experts de Citeo en raison de leur potentiel de standardisation, d’innovation et/ou de mutualisation. En 2024, Citeo accélère sur le réemploi. L’enveloppe consacrée au financement du réemploi atteindra 100 millions d’euros. Les critères ont été élargis pour accueillir des projets de campagnes de communication auprès des consommateurs. Prochaine étape : l’apparition des premiers emballages réemployables dans les magasins d’ici la fin de l’année.
Investissement et foncier
Pour favoriser l’essor du réemploi dans les grandes surfaces, le baromètre a identifié quelques pistes à creuser et les derniers freins à lever. Actuellement, la collecte des emballages par les distributeurs reste une initiative volontaire, limitant ainsi le nombre de distributeurs engagés dans cette démarche. Le système de collecte est donc hétérogène. Cela ne facilite pas le geste retour du consommateur, incapable de rapporter ses emballages consignés chez n’importe quel distributeur. De plus, le financement des équipements de collecte représente un défi majeur pour la grande distribution. Le changement de comportement des consommateurs fait partie des leviers phares. Les distributeurs doivent investir dans des dispositifs de sensibilisation, en plus du travail de fond nécessaire pour rendre l’offre attractive. Ainsi la communication en magasin sur les emballages consignés joue un rôle clé pour améliorer le taux de retour des emballages. Toutefois, la mise en place du réemploi en magasin est encore trop souvent inadaptée à la logistique actuelle. L’espace disponible pour installer les équipements ou organiser la collecte et la déconsignation des emballages demeure le principal obstacle, surtout dans les magasins de ville. Les logiciels de caisse des points de vente doivent également évoluer pour intégrer le traitement comptable et fiscal de la consigne monétaire (les montants de consigne n’étant pas soumis à TVA) et la comptabilisation des emballages réemployables. Enfin, l’étude insiste sur la collaboration nécessaire entre les industriels, les distributeurs et les opérateurs de réemploi pour générer des volumes constants, interopérables et réduire les coûts associés.
L’année en cours représente un moment décisif et prometteur pour le vrac et le réemploi, indique le baromètre, avec une perspective positive de reprise de croissance pour le vrac, et des indicateurs de consolidation du marché du réemploi des emballages. Le réseau compte par ailleurs sur l’Observatoire national du réemploi et de la réutilisation de l’Ademe pour relayer en masse le déploiement et la nécessité d’une telle filière. Les promoteurs du réemploi et du vrac souhaitent rapidement structurer ce nouveau modèle pour clarifier les rôles et les responsabilités de chacun. Trois chantiers majeurs sont attendus de pied ferme : la recherche de solutions pour garantir un nettoyage efficace des contenants ; la standardisation des emballages pour accroître les volumes ; l’organisation de la gestion et de la distribution des parcs d’emballages réemployables.
Crédit : Uzage
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