L’industrie du recyclage se déconfine lentement

Semaine après semaine, les organisations professionnelles du recyclage en France, en Europe et dans le monde, suivent de près l’évolution du secteur depuis le début de la pandémie Covid-19. Depuis quelques jours, le déconfinement se confirme dans plusieurs pays, et redonne l’espoir de reprise d’activité pour les recycleurs et négociants de matières premières secondaires. Selon le BIR, Bureau international du recyclage, les restrictions aux exportations se lèvent progressivement en Asie, en Inde, en Amérique et en Europe.

Depuis le 15 mai, les premiers mouvements de déconfinement ont entraîné une reprise progressive des activités économiques et particulièrement dans le secteur des matières à recycler. En Chine, les restrictions s’allègent peu à peu, mais les usines ne tournent pas encore à plein régime. Les commandes ne sont pas toutes au rendez-vous, et les marchés de l’offre restent insuffisants. Dans une perspective positive pour le recyclage des plastiques, le prix du baril de pétrole repart doucement à la hausse après un fort déclin. Cependant, les coûts de traitement des déchets restent toujours plus élevés que les prix de vente. Dans le même temps, les acheteurs sont devenus très sélectifs sur la qualité des matières à recycler. Plusieurs unités de recyclage de plastique ont fait faillite et des problèmes émergent avec le travail illégal. En règle générale, les usines produisent seulement à 40 % de leur capacité actuellement.

Les difficultés rencontrées sur la demande risquent probablement de persister selon l’organisation mondiale du recyclage BIR, notamment pour des pays dépendants des achats chinois. La crainte d’une deuxième vague de pandémie n’est pas la seule raison. La volonté de la Chine de réduire sa dépendance vis-à-vis des autres pays pourrait changer dramatiquement le paysage économique chinois dans les années à venir, pressent le BIR. En Inde, les organisations commerciales sont toujours en pourparlers avec le gouvernement pour décongestionner les ports maritimes et lever les détentions de marchandises, ne serait-ce que pour réduire l’impact sur le commerce international. Dans l’ensemble, les mesures de confinement en Inde s’allègent doucement, même si les usines rouvertes ne fonctionnent qu’entre 30 et 40 % de leur capacité, sont confrontées à des retards de paiement ou à un manque d’effectifs. Toutefois, il est prévu que l’industrie indienne reprenne à plein régime au cours des prochaines semaines.

Relance verte au Canada

Les Etats-Unis continuent de relever d’importants défis pour faire face à une forte demande. L’agence de protection de l’environnement invite le public à poursuivre le recyclage des papiers usagés notamment. Les exportations ne semblent pas rencontrer de difficultés majeures pour l’instant. Toutefois, l’offre et la demande trouvent l’équilibre à des niveaux relativement bas. Le Canada de son côté reste très dépendant des importations et des exportations, la plupart avec les Etats-Unis. Ce partenariat commercial va déterminer la capacité de reprise du Canada, alors que les provinces se déconfinent peu à peu. Après la crise sanitaire, ce pays d’Amérique du nord semble se focaliser davantage sur la relance verte soutenue par des entreprises qui ont besoin de mettre en lumière leur stratégie durable pour obtenir des fonds d’aide publics. Pour le moment, les ports canadiens de la côte ouest observent une pénurie de conteneurs. En Amérique du sud, la fermeture des industries au Brésil en réponse au Coronavirus a entraîné une chute de 65 % de production de déchets sur ce territoire.

Reprise graduelle en Europe

En Europe, la reprise économique est graduelle dans plusieurs pays. En Allemagne par exemple, l’industrie relance sa production à des niveaux différents. Les frontières sont de nouveau ouvertes avec l’Europe depuis le 15 mai, atténuant ainsi les problèmes logistiques. Au Royaume-Uni, même scénario d’allègement des restrictions économiques. Certains sites ne font que livrer ou collecter les matières à recycler, sans pouvoir redéployer la vente de matériaux pré-traités. Les nouveaux enregistrements de voitures neuves ont chuté de 97 % en avril 2020, reflétant la forte pression que la pandémie a exercé sur l’industrie des déchets métalliques. Pour les vieux papiers, le déclin des volumes constatés outre-manche a aidé à booster les prix et à restaurer les marges mais les collectes remontent lentement. En effet, les prix devraient repartir à la baisse alors que le marché européen redémarre. Par anticipation d’une seconde vague de pandémie, certaines usines papetières ont sur-stocké.

En Espagne, alors que les contaminations au Covid19 sont surtout concentrées autour de Madrid, en Catalogne, à Castille-la-Manche et Castilla-et-Leon, l’activité industrielle a augmenté de 15 % au cours des trois dernières semaines. Les sites de récupération et de traitement de déchets sont ouverts mais les niveaux d’activité dépendent de la variabilité des flux de matières entrants. Notamment dans le secteur des métaux ferreux et non ferreux, qui tourne en majorité autour de 30 à 50 % des capacités. Certains sites s’approchent d’un niveau de 75 % mais environ 70 % des sites de démantèlement de VHU sont toujours fermés. Les recycleurs de textiles travaillent à 30 % et les collectes municipales sont suspendues, tandis que les recycleurs de pneus usagés travaillent entre 20 et 30 % des capacités, en raison de la fermeture des garages de réparation.

Aux Pays-Bas, le recyclage a été considéré comme activité essentielle pendant la crise sanitaire. Initialement, de nombreux employés se sont mis en congé maladie mais l’activité semble avoir repris désormais à un niveau habituel. L’industrie en Pologne a été sérieusement affectée par la pandémie et les collectes de déchets ont également souffert. Les volumes de cuivre collectés ont chuté de 30 % en mars et de 45 % en avril, alors que les volumes d’étain ont baissé de 25 %, de 50 % pour le plomb et de 75 % pour l’aluminium. Le marché des déchets cuivreux s’est maintenu parmi les métaux non ferreux et a bénéficié d’une demande soutenue, tandis que l’aluminium a été frappé par la fermeture des usines automobiles, toujours en vigueur. L’enregistrement de nouveaux véhicules a chuté de 60 % en avril par rapport à avril 2019. Une enquête d’organisation professionnelle révèle un déclin de 30 à 55 % des collectes de déchets, selon la taille de l’entreprise. Pour le mois de mai, des prévisions tablent sur une chute des collectes de 35 à 40 %.

La Russie dépendante du Moyen-Orient

La moitié des régions de Russie est toujours soumise à des restrictions sur la collecte, avec pour conséquence une réduction de l’ordre de 50 % des volumes de déchets traités en avril et probablement en mai. La demande globale de déchets métalliques a chuté de 30 %. Les industries du recyclage et de la métallurgie fortement dépendantes des exportations, ont été durement touchées par la crise sanitaire. En particulier vis-à-vis des Emirats Arabes Unis qui ont décidé de suspendre les mouvements commerciaux de ferrailles et de vieux papiers pendant quatre mois. Bien que cette mesure vise à renforcer la demande domestique, l’organisation des recycleurs du Moyen Orient (BMR) alerte sur le fait que l’industrie locale ne pourra pas absorber tous les flux de déchets générés dans le pays, et qu’en conséquence, les exportations devront nécessairement être relancées à court terme. L’économie des Emirats se prépare cependant à relancer son activité après le Ramadan, le 23 mai, alors que l’Arabie saoudite anticipe déjà une augmentation de ses exportations de déchets. Le pays a également décidé de relever la TVA de 5 à 15 % en juillet pour compenser la baisse du prix du pétrole.

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