Valoregen va recycler des emballages souples en PE

Une usine de 28 000 t/an à Damazan d’ici à fin 2021

Un million de tonnes de résines en polyéthylène sont consommées chaque année en France pour faire de l’emballage souple ménager et industriel, selon PlasticsEurope. A ce jour, seulement 8 % de ce gisement est recyclé. Les échéances réglementaires devraient néanmoins pousser les performances et inciter à l’intégration de matière régénérée. Dans le Lot-et-Garonne, le futur écoparc du syndicat ValOrizon accueillera fin 2021, l’entreprise Valoregen. Sa particularité : recycler des plastiques souples en PE par voie mécanique et chimique.

Le recyclage n’a jamais été aussi plébiscité et dénigré en France que maintenant, notamment en ce qui concerne les déchets plastiques. D’un côté, on reproche à la filière de la plasturgie de ne pas recycler plus ; de l’autre, on critique ce mode de traitement qui tend à justifier selon certains, le tout jetable. Les futures réglementations en Europe incitent les Etats à réduire leur consommation de plastiques tout en leur demandant de renforcer leur recyclage. Parmi les produits ciblés, les emballages souples en polyéthylène font partie du quotidien industriel, et ménager. Si la guerre a été déclarée aux sacs de caisse jetables dans toute l’Europe, les emballages souples en polyéthylène n’en demeurent pas moins présents sur le marché sous forme de films industriels, ménagers ou pour l’agrofourniture. Leur consommation s’élève à 9 millions de tonnes en Europe, dont un million de tonnes en France. La France ne recycle que 26% des déchets plastiques, loin derrière la Norvège (43,4%), la Suède (40,6%), et l’Allemagne (37,7%).

Quant aux emballages plastiques souples, ils ne sont recyclés en France qu’ à hauteur de 8 %, ce qui correspond à une capacité totale industrielle de 80 000 t/an. Parmi les recycleurs français de plastiques souples déjà en place, figurent Groupe Barbier, Suez, Paprec, Machaon ou encore Reborn (ExcelRise). Depuis 2018, la fermeture des frontières chinoises a donné du sens au développement d’une industrie relocalisée en Europe pour recycler ses propres déchets plastiques. Les films et emballages industriels en particulier étaient auparavant exportés en grandes quantités vers l’Asie. Désormais, le recyclage de cette matière est encouragée sur le territoire, pour bénéficier aux entreprises locales, créer de l’emploi et permettre une incorporation plus significative de plastique recyclé dans de nouveaux produits.

Ecoparc de Damazan

 

L’écoparc représente 16 hectares de terrain, dont 2,7 ha de bâtis.

C’est dans ce contexte relativement favorable et sur sollicitation industrielle en 2018, qu’un projet inédit verra le jour à l’automne 2021. Au cœur du Lot-et-Garonne, à Damazan exactement, le futur écoparc porté par le syndicat de traitement ValOrizon accueillera plusieurs entreprises de l’économie circulaire dont Valoregen. Cette entreprise placée sous régime ICPE, attend le feu vert des autorités publiques pour démarrer son activité. Au moins neuf mois incompressibles. Sur cette ancienne friche industrielle de 16 hectares dont 2,7 ha de bâtis, Valoregen prendra ses quartiers sur 8 900 m² de bâtiments existants avec des possibilités d’extension. « L’objectif pour cette future unité industrielle sera de recycler plusieurs variétés de déchets en PE, des emballages ménagers, du film industriel et commercial, mais aussi des déchets de films agricoles non souillés, collectés hors filière REP. Les matières issues des extensions de consignes de tri de la collecte sélective et les déchets de l’agro-fourniture seront des flux complémentaires au mix approvisionnement initial » explique Thierry Perez, président de Valoregen, ancien directeur général au sein du groupe Derichebourg Multiservices et de Cycléa (La Réunion).

Le projet vise un approvisionnement principalement régional dans un rayon optimal de 250 km. L’unité de recyclage aura une capacité de traitement au démarrage de 28 000 t/an. « Nous allons cibler des gisements qui ne sont pas forcement traités actuellement en France, en l’absence de solution de traitement économiquement viable pour les gestionnaires de déchets » souligne Thierry Perez. Le projet représente un investissement total de 17,1 millions d’euros. A la tête du capital de Valoregen, Thierry Perez est majoritaire à 51 % ; le reste est détenu par la société suisse Valevic GmbH, en tant qu’investisseur. Valoregen rassemble plusieurs partenaires commerciaux, universitaires, financiers et conseillers (Grand Thornston et KPMG) ainsi qu’un pétrochimiste (nom gardé secret à ce jour) avec lequel Valoregen a signé un contrat de fourniture de matière pouvant aller jusqu’à 100 000 t/an sur dix ans. « Nos futurs clients sont aujourd’hui à la recherche de matières premières recyclées de grande qualité, mais insuffisantes sur le marché » insiste Thierry Perez. Pourtant, les gisements à traiter ne manquent pas et l’industrie française du recyclage peut encore largement se renforcer.

Recyclage mécanique compromis

 

Process de recyclage choisi par Valoregen

Valoregen a choisi d’aller dans ce sens en s’appuyant sur des pratiques nouvelles : « notre souci est d’obtenir une qualité élevée de matière régénérée à un prix d’achat inférieur à celui des résines vierges, souligne Thierry Perez. Aujourd’hui, plusieurs voix s’élèvent en Europe, pour dire que l’avenir du recyclage mécanique est compromis pour deux raisons : d’une part les coûts de traitement incompressibles ont du mal à concurrencer les coûts du marché des plastiques primaires ; d’autre part, la qualité n’est pas toujours au rendez-vous, par rapport aux résines vierges, malgré l’évolution des techniques de tri ». La future installation de Valoregen prévoit ainsi de séparer en amont différentes typologies de plastiques à l’entrée du procédé, afin de produire des matières régénérées à forte valeur ajoutée. Dans cette perspective, le site fera appel à deux technologies complémentaires : un recyclage mécanique d’une capacité de 15 000 t/an de granulés et un recyclage chimique produisant 13 000 t/an de matières (sous forme d’huiles) destinées à la fabrication de monomères. Valoregen dispose de partenariats sur des technologies brevetées existantes et complétera les brevets avec des briques technologiques innovantes. Ce dispositif hybride, inédit sur le territoire, permettra en outre d’économiser 28 300 t/an de CO2, à travers la récupération des énergies fatales du process de recyclage chimique et par une production d’énergie à partir des Syngaz. Le critère environnemental a été un des critères majeurs dans la conception du projet : « nous avons intégré les meilleures technologies disponibles afin d’avoir un impact environnemental le plus faible possible » ajoute Thierry Perez.

Objectif 120 000 t/an en 2025

 

Une partie des déchets en PE pourrait venir de l’agrofourniture

Après la première année d’exploitation, Valoregen table sur un chiffre d’affaires de 14,5 millions d’euros et la création de 43 emplois directs et une vingtaine d’emplois indirects. Une progression de l’activité prévoit une prestation de service de compoundage pour 50 % du flux de recyclage mécanique supplémentaire. Sur la base d’une hausse de la demande, Valoregen et ses partenaires envisagent une augmentation des capacités en 2023, à 27 000 t/an de recyclage mécanique et 26 000 t/an de recyclage chimique. Avant de passer en 2025, à un total de 120 000 t/an et un déploiement des sites à l’échelle nationale. Un développement international est également dans les projets à l’horizon 2023. « Les risques ont été identifiés et nous avons prévu un déploiement par palier. Pour chaque palier, nous disposons de solutions alternatives afin de dé-risquer le projet » assure le président de Valoregen. Ce chantier industriel s’inscrit dans le plan de relance économique de la région Nouvelle Aquitaine, misant sur des activités en phase avec l’économie circulaire. L’écoparc de Damazan est à équi-distance entre les bassins d’activités économiques et de populations de Bordeaux et Toulouse sans présence d’activité de recyclage plastique souple au sein de cette zone géographique. Le site offre notamment un accès multi-modal (autoroute et fret fluvial). A ce titre, l’ouverture au transport fluvial doit passer par un programme de relance du fret fluvial sur le canal latéral. Le département dispose en outre de formations en plasturgie avec par exemple le lycée professionnel de Marmande où Valoregen compte bien recruter son personnel qualifié. Enfin, l’écoparc doit accueillir tout un écosystème favorable avec notamment à la clef, le projet de création d’un centre de tri et de traitement des déchets de collecte sélective en 2022.

Reborn produira 80 % de films en rPE en 2025

Reconnu depuis 2002 comme l’un des industriels européens à maîtriser le recyclage de films plastiques en polyéthylène basse densité (de la collecte de déchets industriels à la fabrication d’emballages souples), ExcelRise réunit désormais Ceisa Packaging, Semo Packaging et XL Recycling sous le nom de Reborn. Le groupe associe les cinq sites de production existants (Vosges, Rhône-Alpes, Normandie, Pyrénées et Val de Loire) en vue de fabriquer 80 % de films plastiques à partir de matières recyclées d’ici à 2025 . Son président, Arthur Lepage espère augmenter le volume de recyclage de plastique flexible à 35 000 tonnes d’ici à cinq ans et devenir fournisseur de granulés rPE de haute qualité pour d’autres fabricants. Pour ce faire, il prévoit d’installer six nouvelles lignes de recyclage, sur l’ensemble des sites avec la création de 160 emplois supplémentaires aux 350 salariés actuels. Reborn table sur un chiffre d’affaires de 150 millions d’euros en 2025 contre 110 millions d’euros en 2020. Depuis 2019, le groupe travaille avec Carlsberg Europe et compte parmi ses autres clients Inbev en Belgique, Cristaline en France, ou encore Coca-Cola en France et au Benelux. Dans le cas d’Inbev ou du groupe Carlsberg, Reborn fabrique des emballages plastiques en grande partie à partir des déchets industriels collectés chez le client.

Crédit : ValOrizon

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