A vingt ans, Adivalor, filière volontaire de gestion des déchets de l’agrofourniture en France poursuit sur sa lancée portée par des résultats de collecte et de recyclage encourageants. Malgré une situation économique difficile depuis deux ans sur le marché du recyclage des plastiques et la crise sanitaire, agriculteurs, metteurs en marché, opérateurs et recycleurs font preuve de solidarité pour maintenir leur engagement volontaire et se fixent un objectif de recyclage de 100 % à l’horizon 2030.

C’est une filière hors norme, créée il y a tout juste vingt ans par l’industrie de l’agrofourniture, qui continue d’évoluer aujourd’hui avec plusieurs longueurs d’avance. Adivalor, qui réunit à ce jour 300 000 agriculteurs, 1300 distributeurs, 7000 points de collecte, 30 recycleurs et 70 plateformes de regroupement, affiche en 2020 des performances à faire pâlir les autres filières REP (Responsabilité Elargie des Producteurs). Malgré une conjoncture difficile depuis plus de deux ans, liée à l’arrêt des importations chinoises de déchets recyclables et à l’arrivée de la pandémie en 2020, les résultats sont au rendez-vous tant sur la collecte que sur le recyclage des déchets. La progression est constante depuis au moins 2013. Sur 116 000 tonnes d’emballages et produits plastiques de l’agrofourniture mises sur le marché (films, bidons, sacs, ficelles, filets etc.), 85 000 tonnes ont été collectées en 2020 et recyclées à près de 90 % en tuyaux d’irrigation, mobilier urbain, sacs poubelles, cagettes ou matériaux de construction. Bien loin devant les 26 % d’emballages plastiques ménagers recyclés en France. La filière prend en charge à ce jour 21 types de produits différents dont une majorité composée de matière plastique. Derniers en date en 2019, les emballages vides de produits œnologiques et d’hygiène de la cave dans les régions viticoles, et les gaines souples d’irrigation sur les zones maraîchères. L’an passé, ce fut le tour des emballages de produits d’hygiène d’élevage avec la Coopération Agricole et les filières animales.
85 000 tonnes collectées en 2020

Si le taux de collecte peut varier de 35 à 95 % selon les produits, cela aboutit néanmoins à une moyenne de 72 % au sein de cette filière, insiste Pierre de Lépinau, directeur général d’Adivalor : « l’année 2020 a été compliquée tant d’un point de vue climatique que sanitaire, mais la ferme France s’est montrée exemplaire. Avec la pandémie, nous avons dû réorganiser la filière au niveau opérationnel et financier avec des révisions sur les éco-contributions et le montant des soutiens ». Pour soutenir le secteur du recyclage chahuté par une baisse de la demande et la concurrence des matières vierges bon marché, Adivalor a ainsi décidé en accord avec l’ensemble des partenaires d’augmenter les éco-contributions de plus de 70 %. La baisse des recettes de vente des déchets recyclables (passant de 30 % il y a cinq ans à 18 % des revenus totaux) liée à une baisse de la demande, a également conduit à une diminution des soutiens aux opérateurs de collecte.
Enfin, pour limiter les frais de logistique et d’enlèvement des flux sur les exploitations, Adivalor a demandé aux agriculteurs de stocker leurs déchets malgré une consommation saisonnière élevée entre mars et juin. Les collectes de déchets ont été repoussées à l’automne 2020, mais au final, les quantités ont été au rendez-vous avec une augmentation de 5000 tonnes par rapport à 2019, alors que la consommation est restée stable. Pour Pierre de Lépinau, ce résultat reflète l’engagement croissant des exploitants vis-à-vis de leurs déchets, et encourage à renforcer les actions de sensibilisation dans certaines régions comme le Sud et le Nord-ouest et d’autres secteurs comme la viticulture, où des marges d’amélioration sont possibles.
Films de paillage non recyclés
Seule ombre au tableau actuellement, les films de paillage à collecter, estimés à près de 12 000 tonnes en 2020, ne trouvent plus preneur depuis trois ans. La filière continue de subir les conséquences indirectes de l’arrêt des importations chinoises de matières plastiques à recycler. Les unités de recyclage, déjà fortement impactées par la baisse du prix du pétrole et de la demande en France et en Europe préfèrent aujourd’hui prendre en charge les belles sortes, exportées auparavant en Asie. Les films de paillage, trop souillés et coûteux à recycler ne sont donc plus traités. L’an dernier, seuls 10% ont été recyclés, le reste a été enfoui en ISDND (installation de stockage pour déchets non dangereux). Les essais de valorisation énergétique n’ont pas été concluants en raison de taux d’humidité élevés. En parallèle, des développements sont en cours sur les films biodégradables destinés à certaines cultures maraîchères comme la salade. Mais leur généralisation est encore aujourd’hui freinée par leur prix élevé.

Si les incertitudes économiques et opérationnelles pour 2021 planent toujours, la filière a fait preuve de résilience et bénéficie du soutien des pouvoirs publics, se réjouit se réjouit Christophe Grison, agriculteur depuis 30 ans, et président d’Adivalor depuis l’été 2020. Celui-ci mentionne à ce titre plusieurs signaux favorables. Tout d’abord, dans son article 62, la loi AGEC a inscrit le caractère spécifique de la filière de gestion des déchets de l’agrofourniture dans le paysage des filières de gestion des déchets, dites à Responsabilité Elargie du Producteur (REP). En d’autres termes, la filière de l’agrofourniture n’est pas soumise aux mêmes contraintes de gouvernance et de cahier des charges, mais fixe ses propres objectifs de manière contractuelle avec l’État. Suite à la crise sanitaire et économique qui en découle, les pouvoirs publics ont par ailleurs instauré un plan d’aide d’urgence pour les recycleurs qui ont pâti d’une baisse de leur activité. Enfin la loi AGEC est porteuse d’espoir pour la filière, puisqu’elle incite les industriels à recycler et incorporer plus de matières plastiques dans leurs nouveaux produits.
Eco-modulation, recyclage, réemploi
L’ensemble de ces éléments pousse Adivalor à atteindre l’objectif de 100 % de déchets collectés et recyclés en 2030. Une ambition confortée par la prorogation de l’accord-cadre sur la période 2021-2023, signée le 15 janvier 2021 avec le ministère de l’Ecologie. Cet avenant complète l’accord initial de juillet 2016 et intègre de nouvelles orientations qui s’articulent autour de trois axes de développement : mettre en œuvre d’ici à 2023 une éco-modulation pour améliorer l’éco-conception des emballages et produits plastiques ; soutenir la création de trois unités de recyclage sur le territoire français ; expérimenter des solutions de réemploi, de substitution et de réutilisation. Outre l’instauration plus fréquente d’emballages navettes, certaines bonnes pratiques seront davantage mises en lumière comme la réutilisation sur exploitation des bâches d’ensilage, des sacs de semences et des ficelles.

Depuis 2018, quatre appels à projets ont été lancés pour soutenir la création en France, d’ici à trois ans, de nouvelles unités de recyclage, pour une capacité totale de 40 000 tonnes d’emballages et plastiques usagés. Trois de ces futures installations sont fléchées dans la prorogation de l’accord-cadre. Elles devraient voir le jour d’ici à 2022 et portent sur le recyclage des films de paillage en maraîchage (lié au projet Cleanflex) ; celui des filets plastiques de conditionnement des fourrages et le traitement des grands récipients vracs (de type big-bags) utilisés pour les engrais et les semences. Un quatrième projet, lancé en décembre 2020 dans le cadre d’un Appel à Manifestation d’Intérêt, porte sur 10 000 t/an de capacité de traitement des films agricoles étirables usagés. Depuis 2001, la filière de gestion des déchets de l’agrofourniture a gagné en autonomie, et a su anticiper l’évolution réglementaire tant en France qu’en Europe. Considérée comme pionnière dans son secteur, Adivalor suscite beaucoup d’intérêt à Bruxelles qui aimerait bien dupliquer sa démarche à l’échelle des Etats membres. Pour autant, son engagement d’avant-garde ne soustrait pas la filière à ses obligations : « lors de notre prochain accord-cadre fixé en 2024, nous serons prêts à intégrer la nouvelle REP Emballages industriels et commerciaux, qui entrera en vigueur cette année-là, comme le veut le règlement européen » rappelle le directeur général d’Adivalor.
Crédit :
Adivalor
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