Les réparateurs boudent QualiRépar un an après sa création

813 entreprises labellisées sur un potentiel de 12 000

Lancé officiellement le 15 décembre 2022, le bonus réparation est censé inciter les Français à se tourner plus facilement vers la réparation de leurs appareils électriques et électroniques, plutôt que d’acheter du neuf. Qui dit bonus, dit QualiRépar, le label des réparateurs aptes à proposer cette ristourne. Un an après sa création, ce dispositif a enclenché un mouvement, mais les résultats sont encore loin du compte, en termes de demandes de réparations et d’entreprises labellisées.

Dans la loi AGEC de 2020, le gouvernement français a souhaité encourager activement le réemploi et la réparation pourdévelopper l’économie circulaire. Le secteur des équipements électriques et électroniques a ouvert le bal. Les acteurs de la filière REP, dont les deux éco-organismes ecosystem et Ecologic, sont partis de zéro pour construire deux outils incitatifs : la prise en charge d’un bonus réparation en faveur des consommateurs et la création d’un label QualiRépar pour les professionnels de la réparation. Après un an d’existence, l’heure est au bilan et le chemin est encore long. A fin novembre 2023, plus de 165 000 réparations ont bénéficié du bonus, ce qui représente une prise en charge par les éco-organismes d’un peu plus de quatre millions d’euros. Loin des 60 millions d’euros allouées au titre de l’année 2023 (soit 40 millions d’euros auxquels s’ajoute l’enveloppe de 20 millions d’euros de 2022 non dépensés). Conformément à la législation, toute somme non dépensée devra être reportée l’année suivante jusqu’à dépense totale du fonds prévu (soit 510 millions d’euros dont 100 millions supplémentaires pour la catégorie 8 – cycles et engins de déplacement personnel motorisés) à la fin de la période d’agrément. « Actuellement, nous sommes en phase de modélisation du système pour essayer d’anticiper la progression des remboursements, en tenant compte des prochaines mesures censées doper le bonus » explique Basilios Riniotis, directeur adjoint au fonds réparation chez Ecologic. L’ensemble des acteurs concernés y verront sans doute plus clair à la fin du premier trimestre 2024.

7800 sites labellisés QualiRépar fin 2024

 

Côté réparateurs, la filière a d’ores et déjà labellisé 813 entreprises (enseignes de distribution, PME et TPE indépendants, artisans, etc.), contre environ 600 en juin 2023. La moitié représente des TPE. Les points de réparation les plus nombreux sur le territoire sont concentrés dans la région Hauts-de-France, le Grand Ouest, PACA et en Ile-de France. Mais plusieurs zones blanches persistent au centre du pays et de manière générale sur l’axe nord-est / sud-ouest. Au regard de l’arrêté du 10 novembre 2023, le nombre de sites (ateliers physiques) et de réparateurs itinérants (pour de la prestation à domicile) labellisés dans le cadre du fonds réparation devrait atteindre 7800 fin 2024 et 10 300 fin 2025. A ce jour, la filière en comptabilise 4700 dont 2576 techniciens itinérants. Derrière ces chiffres, se cachent en réalité moins de 1000 entreprises labellisées, très loin des 12 000 entreprises œuvrant à ce jour pour la réparation des appareils électriques ménagers, HiFi-TV, de la téléphonie mobile et de l’informatique.

« Si en fin d’agrément en 2027, le bonus réparation permet de labelliser 50 % des entreprises existantes, ce sera une vraie réussite, mais nous n’en sommes pas là », déplore Joël Couret, délégué à la promotion de la réparation chez Fedelec. Néanmoins optimiste, il souhaite que 2024 tourne la page de deux années compliquées, marquées par des incompréhensions entre parties prenantes de la filière : « mon rôle sera de prendre mon bâton de pèlerin pour convaincre les artisans réparateurs de se faire labelliser. Beaucoup de réparateurs ont été déçus par les conditions de mise en œuvre rédhibitoires (charge financière, administration chronophage etc.) ». L’an prochain, grâce à l’évolution des modalités de labellisation (reste à charge limité à 200 euros, simplification des procédures grâce à une plateforme unique, audit documentaire), les candidats au label QualiRépar devraient être plus facilement au rendez-vous, espère-t-il.

Smartphones en tête

 

LargoIl en va également de la crédibilité du ministère de l’Environnement qui depuis le début, incite au réemploi et à la réparation. C’est pourquoi, dès 2024, pour booster la filière, de nouvelles mesures ont été prises, parfois à marche forcée. La plupart des montants du bonus seront augmentés et les familles de produits éligibles seront élargies. « Pour les consommateurs, une réduction de 60 euros sur une facture pour dépanner un téléviseur va commencer à devenir intéressant », souligne Joël Couret. De même, les écrans cassés de smartphones seront éligibles à ce bonus. Cette mesure imposée à la filière par le ministère va encore gonfler le nombre de téléphones portables réparés. En 2023, ces appareils étaient les plus sollicités (31%) pour un changement de batteries, et deux tiers d’entre eux provenaient de la marque Apple. Selon Basilios Riniotis, cela semble logique pour des appareils qui se situent entre du moyen et haut de gamme. Le lave-linge (13%) et le lave-vaisselle (12%) font partie des deux autres catégories d’équipements pour lesquels les Français ont fait le plus appel au bonus réparation au cours de cette première année.

« Même si le dispositif a fortement accéléré, cette situation est en deçà de nos objectifs » avoue René-Louis Perrier, président d’Ecologic. Une large campagne de communication à l’égard du grand public devrait y remédier, précise Nathalie Yserd, directrice générale d’ecosystem. Ces opérations de sensibilisation organisées conjointement par les deux éco-organismes ne devraient pas voir le jour avant la fin du premier trimestre 2024. Tant mieux selon Joël Couret : « cela laissera le temps pour convaincre et entraîner de nouveaux artisans réparateurs dans le dispositif de labellisation. L’offre doit être suffisamment déployée sur le territoire pour répondre à une progression de la demande des consommateurs ».

Recrutement, l’enjeu en 2024

 

Autre axe de travail, le recrutement de nouveaux techniciens de la réparation. C’est un enjeu crucial pour passer à la vitesse supérieure. Alors que les pouvoirs publics sont ambitieux et poussent à la réparation, les réparateurs ont du mal à recruter. Selon une étude réalisée par PwC en octobre 2022, la filière aurait besoin de  2 900 techniciens d’ici 2027 pour répondre à la demande de réparations des équipements électriques et électroniques. Le manque d’attractivité des formations et des salaires font partie des raisons. Au sein même de la filière électrique et électronique, il semble plus valorisant de réparer des produits high-tech que des machines à laver, même si de plus en plus de gros  électroménagers sont aujourd’hui connectés. Un travail de référencement avec toutes les parties prenantes sera nécessaire, mais cela prend du temps. Les représentants d’Ecologic et d’ecosystem en appellent tous les professionnels de la réparation, les acteurs de la formation et l’Education Nationale à se réunir autour de la table pour mettre en œuvre un plan d’action efficace pour répondre à ce changement de société.

Cela doit aider à identifier les besoins des réparateurs, anticiper l’évolution du marché et la montée en compétences sur certains équipements. Outre la nécessité de rendre le métier attractif pour les jeunes, féminiser la profession pourrait être un atout selon la filière, à condition bien sûr de veiller à une égalité des salaires. Pour le délégué de Fedelec, le frein du recrutement devrait être rapidement levé car des discussions sont déjà bien engagées : « l’instauration d’un Comité national de la réparation a eu des effets bénéfiques sur le travail mené depuis ces derniers mois. Un collectif informel des réparateurs a été créé pour faciliter les échanges entre professionnels et peser dans la balance des concertations. Au regard des éco-organismes et des pouvoirs publics, nous avons désormais plus de poids et sommes considérés à notre juste valeur, par les instances décisionnaires ».

Evolution du bonus

Au 1er janvier 2024, le montant du Bonus sera doublé pour 5 appareils du quotidien : 50€ pour le lave-linge, lave-vaisselle et sèche-linge, 40€ pour l’aspirateur et 60€ pour le téléviseur. Le Bonus augmentera de 5 € sur 21 appareils (produits blancs et bruns) hors téléphonie mobile ; 24 nouvelles familles d’équipements seront éligibles au Bonus Réparation. La casse des écrans de téléphones portables sera prise en charge à hauteur de 25€. Le bonus réparation sera majoré de 20% si le réparateur QualiRépar utilise une pièce détachée issue de l’économie circulaire (PIEC). Et à partir du 1er février 2024, la réparation à distance, accompagnée par un professionnel qualifié et labellisé QualiRépar, sera éligible au Bonus Réparation. Cette mesure concerne explicitement des entreprises comme Spareka ou SOS Accessoires.

Crédit : Largo, Pixabay

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