Optimiser le transport et les échanges de palettes réutilisables, c’est l’ambition de la plateforme en ligne MagicPallet, qui a vu le jour en début d’année dernière. Son fondateur, Pierre-Edouard Robert a repris la société de transport de son beau-père en 2016. Contraint de retourner un flux important de palettes à l’un de ses expéditeurs, il sollicite d’autres transporteurs pour lui venir en aide. Cela lui donne l’idée de créer un site d’échanges de palettes vides, pour répondre à ce besoin. A la clef : des gains financiers, des km évités et le réemploi optimisé de palettes Europe.

En l’espace d’un an, MagicPallet affiche désormais une centaine d’abonnés pour un chiffre d’affaires de 100 000 euros. Objectif : passer à 420 transporteurs adhérents pour atteindre le million d’euros. En attendant, la plateforme en ligne creuse son sillon dans la profession, en vue de devenir l’outil indispensable à tout transporteur qui veut économiser de l’argent et du CO2. La naissance de ce site d’échange de palettes vides est le fruit d’un constat : en France comme ailleurs en Europe, les transporteurs routiers sont chargés de re-acheminer les palettes Europe chez leurs clients. Il s’agit de palettes normées, réutilisables, réparables, issues de forêts de résineux gérées durablement, soit la moitié des palettes en circulation en France. Cette rétro-logistique pénalise lourdement les transporteurs qui doivent en assumer les frais (soit environ 200 000 euros par an pour une flotte de 200 camions), perdent du temps et consomment du carburant. Cette pratique résignée, n’est pourtant pas une fatalité. C’est ce qu’a voulu démontré Pierre-Edouard Robert, qui a découvert ce métier en 2016, en reprenant l’entreprise de transport de son beau-père, basée dans le sud de la France.
900 000 tonnes de CO2 évitées
Chez chacun de leurs clients, les transporteurs chargent des marchandises placées sur des palettes. Après livraison de ces marchandises, les camions doivent effectuer des trajets inutiles afin de ramener à l’expéditeur, et à leurs frais, les palettes vides. C’est une pratique en place depuis des décennies et très pénalisante pour le transporteur, obligé de dédier des véhicules uniquement à cette tâche. En créant MagicPallet, Pierre-Edouard Robert permet aux sociétés de transport d’économiser plusieurs milliers km chaque mois, soit plusieurs tonnes de CO2. L’entrepreneur a calculé que si l’ensemble des transporteurs français utilisait ce système, 900 000 tonnes d’émissions de CO2 pourraient être ainsi évitées.
La France comprend un total d’environ 30 000 sociétés de transport, dont 43 % utilisent des palettes Europe. Le surcoût lié au retour de palettes, pour les transporteurs Français est estimé à environ 100 millions d’euros. À l’échelle Européenne, ce surcoût atteindrait plus d’1,5 milliard d’euros. Par ailleurs, le marché de la vente de palettes « Europe » est dans une situation d’oligopole où les prix sont alignés à des niveaux élevés. Ces mêmes vendeurs n’hésitent parfois pas à créer artificiellement des situations de rareté pour pouvoir vendre encore plus cher, selon Pierre-Edouard Robert.
Multi-rotations de la palette Europe

Le principe de la plateforme est simple : il suffit pour le transporteur de s’inscrire sur le site, de fournir toutes les informations nécessaires, sur ses dettes et ses stocks de palettes, ses besoins, ses disponibilités, ses lieux de transport. Plus le compte est renseigné et plus le nombre d’abonnés sera important, plus l’algorithme utilisé va pouvoir enrichir la base et satisfaire la demande des transporteurs. Cela peut relever de besoins ponctuels ou récurrents. La plateforme informe le transporteur en temps réel. Celui-ci se met ensuite en contact avec l’autre transporteur pour réaliser l’échange. MagicPallet fonctionne sur abonnement annuel, moyennant 199 euros HT. Les transporteurs sont abonnés, sans engagement de durée. Trois niveaux d’abonnements sont disponibles : un premier en accès libre, un autre mensuel standard et un dernier en premium. L’investissement est amorti après 175 km évités. MagicPallet ne gère en effet que des palettes Europe. Aujourd’hui, celles-ci ne sont plus transportées sur de longues distances, mais échangées via la plateforme qui collecte les offres et les demandes et qui met en contact tous les acteurs de la chaîne logistique.
Depuis trois ou quatre mois, des industriels s’intéressent à la plateforme en ligne pour s’approvisionner en palettes Europe. Plutôt que d’acheter des palettes neuves, des distributeurs et industriels de l’agro-alimentaire, comme Leroy Merlin et le chocolatier Cémoi ont choisi de faire appel à l’expertise de MagicPallet qui emploie à ce jour huit personnes. Ces clients font l’objet d’un audit et reçoivent un devis sur mesure. MagicPallet va ainsi donner la possibilité à tout professionnel quel qu’il soit, de vendre ou d’acheter des palettes « Europe » neuves ou d’occasion (hypermarchés, transporteurs, etc.). Cela va augmenter le nombre de palettes d’occasion sur le marché et, combiné à la mise en compétition des vendeurs traditionnels, contribuer à la baisse des prix.
A la conquête de l’Europe

Un an après son lancement, la plateforme vient de rejoindre les 360 solutions validées par la fondation Solar Impulse sur un objectif total de 1000. Cette labellisation va donner plus de visibilité à cette start-up qui vise à élargir son périmètre, assure son fondateur. A terme, l’ambition de MagicPallet est de mettre des milliers de transporteurs européens en relation pour assurer une meilleure gestion de leurs retours de palettes. Cela devrait en particulier se concrétiser dès cette année avec l’ouverture du site en Allemagne et en Espagne où le réseau de transporteurs est déjà bien structuré. Enfin, pour rendre la plateforme d’échange attractive et motiver les troupes, des classements visuels sont organisés depuis l’automne dernier. Objectif : créer le top 10 des transporteurs les plus performants en économie de CO2, ou en échanges de palettes. A ce jour, plus de 120 000 palettes ont été échangées par les dix meilleurs abonnés. Depuis son lancement, la plateforme a permis à la profession d’éviter plus de 356 200 km, soit l’équivalent de 310 tonnes de CO2. Ce n’est qu’un début.
Crédit : MagiPallet
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