Eprouvé depuis vingt ans, le recyclage par dissolution sélective des déchets de PVC composite renaît avec Polyloop. La start-up relance le procédé Texyloop en repensant l’approche et le modèle économique. Objectif pour 2022 : régénérer non plus en massifiant sur un site industriel mais directement chez les transformateurs. Une solution adaptée aux besoins de chacun à travers des unités de traitement décentralisées.
C’est l’histoire d’un procédé qui malgré son efficacité reconnue depuis plus de vingt ans, n’a jamais rencontré le modèle économique adapté. Cette technologie baptisée Texyloop consiste à régénérer des déchets en PVC composite par dissolution sélective et emploi de solvants en circuit fermé. Conçu par le groupe Serge Ferrari et Solvay il y a vingt ans, le procédé baptisé à l’époque Vinyloop a permis de recycler des matériaux à forte valeur ajoutée dans l’usine Vinyloop Ferrara en Italie. En France, le groupe Serge Ferrari développe une unité industrielle en Isère en 2008, utilisant le même procédé sous le nom de Texyloop pour régénérer les toiles enduites en PVC. Il ne s’agit pas de dépolymérisation, mais d’un dispositif de recyclage entre la voie chimique et mécanique. Celui-ci sépare la charge de la matrice sans ôter les additifs et liants qui donnent au polymère les caractéristiques recherchées. En 2018, faute de pouvoir capter les gisements suffisants face à certains exutoires plus attractifs économiquement, de type enfouissement, l’outil industriel s’arrête. Pourtant, le procédé n’est pas tombé aux oubliettes. Détenteur du brevet Texyloop, le groupe Serge Ferrari décide de remettre le procédé en service, au regard d’un marché de niche bien portant et de déchets à forte valeur ajoutée.
Polyloop régénère à domicile
Fondée en juin 2019, la start-up Polyloop relance ainsi la machine en reprenant le brevet Texyloop, dans le cadre d’une nouvelle approche commerciale et surtout dimensionnée à une toute autre échelle. Aux commandes, Gabriel Faysse et Romain Ferrari, tous deux anciens collaborateurs du groupe Serge Ferrari et qui possèdent respectivement 60 % et 40 % du capital de Polyloop. Le premier, biologiste de formation, est spécialiste en développement de green business tandis que le second était directeur RSE du groupe Serge Ferrari en France. « Par ce développement, nous souhaitons ouvrir notre expérience à un plus large périmètre d’industriels, afin de les inciter à intégrer dans leur production, non seulement leurs propres déchets de production mais aussi des déchets de produits en fin de vie, dès lors qu’ils sont parfaitement tracés », explique Gabriel Faysse. A ce jour, Polyloop est encore en phase de développement. Elle emploie six personnes dont deux ingénieurs. En plus du brevet Texyloop, des brevets complémentaires, technologiques ont été déposés par l’entreprise sur l’optimisation du procédé visant l’amélioration de l’efficacité du recyclage. Pour mettre en œuvre ce chantier, l’entreprise a démarré avec des fonds propres de 420 000 euros. Elle bénéficie en outre d’un programme d’aides de l’Ademe de l’ordre de 2,7 millions d’euros, et d’un soutien de la BPI en qualité d’entreprise « Deep tech ».

Cette reconnaissance porte principalement sur l’approche innovante de l’offre qui promeut une solution de régénération de matière, installée sur le site même des transformateurs industriels de la plasturgie. La démarche consiste à configurer le procédé selon la typologie de déchets générés par le transformateur (moquettes, blister de médicaments, revêtement de sol, matériaux de construction). Tout le procédé est intégré dans deux conteneurs, l’un posé horizontalement pour le traitement, l’autre verticalement pour permettre le séchage. A l’entrée, une opération de broyage est nécessaire. Pour adapter le process au flux, Polyloop utilise des cylindres perforés de différentes tailles (tels des tambours de machine à laver) selon la fibre à séparer lors de la dissolution sélective. « Nous avons à faire à des matières à forte valeur que l’industriel apprécie de récupérer et recycler pour les réintroduire sur sa ligne de production. Avec des fibres purifiées (fibres de verre, de carbone, naturelles, d’aramide ou de Basalte) qui valent entre zéro et 800 euros la tonne et un compound PVC régénéré dont la valeur peut s’échelonner entre 800 et 3200 euros la tonne, une installation telle que proposée par Polyloop est un investissement important de l’ordre de trois millions d’euros mais amortissable en 7 – 8 ans » affirme Gabriel Faysse.
Polyloop vise le marché du bâtiment dans un premier temps
Pour le moment, l’équipe de Polyloop continue de travailler avec ses partenaires (bureaux d’études et industriels) en phase laboratoire pour analyser et optimiser le recyclage de ces matières composites. « La période de confinement liée au Covid-19 a été propice pour notre projet, car les bureaux d’études ont eu plus de temps à nous consacrer. Cela nous encourage à respecter notre calendrier » avoue Gabriel Faysse. L’objectif de la start-up est de construire ses premières unités industrielles en 2022. Avec comme partenaire dans la fabrication et la maintenance, l’équipementier du recyclage MTB Recycling, Polyloop envisage de commercialiser dans un premier temps son procédé en conteneurs à des industriels transformateurs qui génèrent au moins 400 tonnes par an de déchets de PVC composite. Cette commercialisation sera la principale activité de Polyloop jusqu’en 2025. L’entreprise compte vendre sur cette période une cinquantaine d’unités en Europe, ainsi que des contrats obligatoires de supervision à distance et de maintenance. Le bâtiment (revêtement de sol, membrane de toiture, structures légères) représente le premier marché de développement. Par la suite, un gisement disponible déjà collecté de 330 000 tonnes en Europe a été évalué par Polyloop, réparti sur d’autres secteurs (outdoor, maroquinerie, ou encore automobile).
Ecologie industrielle

La vente de lignes de régénération doit favoriser la constitution d’une trésorerie suffisante, pour passer à la seconde étape : cibler les clients industriels de plus petite taille qui n’ont pas la capacité d’investir seuls dans une ligne de traitement. Avec les transformateurs de la plasturgie, les recycleurs spécialisés dans le traitement de gisements de niche de haute valeur pourraient figurer sur la liste. La start-up interviendrait alors auprès de ces professionnels en positionnant l’unité dans un écosystème de contributeurs (fournisseurs de déchets) et utilisateurs (transformateurs plastiques) au niveau d’un territoire. Quelques pistes sont d’ores et déjà à l’étude, notamment en région Auvergne Rhône-Alpes avec l’industrie de la chaussure et en agglomération nantaise où plusieurs acteurs de la maroquinerie seraient susceptibles de se regrouper dans une démarche d’écologie industrielle. « C’est là que notre procédé prend tout son sens en terme d’économie circulaire. Il favorise les circuits courts et les synergies entre acteurs fournisseurs et utilisateurs de matières. Notre idée à terme est de créer une sorte de market place capable d’identifier les gisements et les besoins industriels sur un territoire donné ».
D’ici à la fin de cette année, Polyloop prévoit une levée de fonds d’environ 1,5 million d’euros, en ouvrant un quart de son capital. « Nous voulons sélectionner des acteurs qui connaissent déjà bien le secteur du recyclage et la plasturgie. Dès lors que notre fabrication est française, nous souhaitons également attirer des investisseurs nationaux, qui disposent dans l’idéal d’un fort ancrage régional » espère Gabriel Faysse. Polyloop apporte une nouvelle brique technologique dont le procédé et le concept pourraient à terme parfaitement s’appliquer à d’autres types de déchets polymères, s’ils possèdent une valeur intrinsèque élevée et bénéficient d’un traçage garanti.
Crédit : Polyloop
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