La filière de gestion du mobilier professionnel usagé franchit une nouvelle étape dans sa démarche d’économie circulaire. L’éco-organisme Valdelia entre dans le vif du sujet dès la rentrée prochaine avec la création de plusieurs matériauthèques sur tout le territoire. Objectif : garantir un approvisionnements en matériaux et pièces de réemploi pour les fabricants et metteurs en marché, engagés dans la réparation et l’upcycling de mobilier de bureau.
Après avoir posé les premiers jalons avec son booster circulaire et encouragé fabricants, entreprises clientes et structures de l’ESS à travailler ensemble autour du mobilier professionnel d’occasion, Valdelia inscrit sa filière dans le durable et le concret. L’éco-organisme en charge de la gestion de la filière REP DEA professionnels souhaite favoriser l’approvisionnement régulier et pérenne de composants issus de mobilier professionnel usagé. La demande émerge et pour garantir une offre suffisantes en matériaux, il faut du stock. Valdelia a lancé l’été dernier un appel d’offres sur le traitement pour constituer des matériauthèques sur le territoire (la date limite de réception des dossiers a été repoussée au 9 novembre 2020). « L’idée est de créer dès janvier 2021, des espaces physiques de stockage de composants mobiliers sur quatre ou cinq lieux, proches des gisements et de la demande si possible », déclare Arnaud Humbert-Droz, président de Valdelia. Ces matériauthèques seront installées simultanément aux quatre coins de la France, en Ile-de-France, mais aussi sans doute près de Strasbourg, Rennes, Toulouse et Nice.
Tous les acteurs susceptibles d’accueillir des matériaux d’ameublement réutilisables, pour répondre à l’offre sont les bienvenus. Cela va du distributeur, au déménageur en passant par le prestataire de traitement qui dispose d’un hangar ou d’un entrepôt inutilisé, et qu’il souhaiterait mettre au service de cette démarche. La priorité porte sur des typologies précises de produits tels que les plateaux en panneaux de particules, les roulettes pour sièges, les vérins ou encore les accoudoirs. Il s’agit ici d’une première dans la filière des déchets d’éléments d’ameublement (DEA) professionnels et une démarche inédite dans le réemploi. « L’enjeu est de rappeler que les déchets d’aujourd’hui sont les ressources de demain et qu’avant d’être recyclés, les mobiliers professionnels peuvent bénéficier d’une seconde vie grâce à la réutilisation, à la réparation ou l’upcycling » insiste Arnaud Humbert-Droz.
Réemploi, synonyme de qualité
Quand le réemploi s’invite dans le monde de l’entreprise
Avec plus de 90 000 tonnes de DEA collectées en 2019, Valdelia est en lien avec un gisement de matières important (bois, métal, plastiques, panneaux de bois, pieds, roulettes, vérins) mais jusqu’à présent peu stocké. Une fois les mobiliers démantelés, les composants seront évalués en fonction de leur état, de leur couleur, de leur format puis mis de côté. Cela va aussi permettre de caractériser les produits et acquérir les connaissances pour qualifier les matériaux sur le plan technique, et de la sécurité. Ces matériauthèques devraient fournir rapidement à l’échelle nationale, entre 10 et 20 000 tonnes de pièces. Sélectionnés en raison de leur demande, les matériaux sont destinés aux fabricants et acteurs de l’économie circulaire qui pourront les utiliser à moindre coût dans la fabrication de nouveaux produits, objets ou aménagements mobiliers. D’ores et déjà, la demande se profile à grande échelle avec plusieurs exemples en région parisienne, comme la commande de mobilier upcyclé pour le futur siège des Jeux Olympiques Paris 2024, réalisé par Emmaüs, sans oublier l’intérêt grandissant pour des aménagements issus du réemploi par des institutions ou grands comptes.
Cette transition s’inscrit dans le plan stratégique 2018-2023 de Valdelia. « A ce jour, nous suivons notre feuille de route et on s’y tient, se réjouit Arnaud Humbert-Droz. Comme je le répète souvent, il ne s’agit pas de se précipiter mais de poser ses marques progressivement, pour éviter tout écueil. Pousser les metteurs en marché au réemploi si les approvisionnements réguliers et de qualité ne suivent pas, ce serait pire que tout ». Ces matériaux de seconde vie ont toute leur place aujourd’hui dans l’économie circulaire, notamment dans un secteur où la qualité et la durabilité priment, ajoute le directeur de Valdelia : « l’avantage que nous avons, réside sur les caractéristiques des pièces proposées comme les panneaux de particules, généralement plus épais et plus robustes que ceux utilisés dans l’ameublement ménager ».
« La commande publique doit jouer le jeu »
Pour Valdelia, il existe désormais deux niveaux d’entrée dans cette démarche. « Nous avons beaucoup œuvré avec nos partenaires industriels et de l’économie sociale et solidaire pour encourager les services de l’État et le secteur privé à se débarrasser de leur parc mobilier en vue d’un réemploi avant de penser recyclage. Maintenant nous devons mobiliser les mêmes acteurs pour que dorénavant, ils s’engagent à utiliser du mobilier issu du réemploi (remanufacturé, réparé, upcyclé etc..). La première étape nous a demandé cinq ans d’énergie et de travail. La deuxième, on l’espère, ne devrait pas prendre autant de temps » ajoute Arnaud Humbert-Droz.
Mobilier upcyclé
Il y a encore quatre ou cinq ans, la filière REP tournait autour du pot, procédant à pas feutré, sans brusquer ou froisser les plus réticents pour éviter une levée de boucliers. Aujourd’hui, le marché semble être assez mâture pour franchir un nouveau cap. « Rendons nous à l’évidence, le changement de marché vis-à-vis du réemploi est enclenché » reconnaît Arnaud Humbert-Droz. A l’image des grands distributeurs comme Ikea ou Carrefour qui ont choisi de consacrer une partie de leurs espaces à la vente de mobilier de seconde main. Cette tendance est de bon augure affirme Arnaud Humbert Droz, car elle va peut-être permettre aux structures de l’ESS, les ressourceries par exemple de « sauver les meubles ». Une occasion pour elles de sortir de l’ombre et d’adopter les mêmes codes économiques que la distribution classique. Alors qu’un reconfinement vient d’être annoncé pour au moins quatre semaines, les entreprises d’insertion professionnelle et associations du réemploi devront faire preuve d’imagination et d’initiatives pour ne pas sombrer pour de bon.
Présent depuis le début pour favoriser les partenariats avec les metteurs en marché, Valdelia voit dans cet accompagnement une nouvelle façon d’aider ces structures, face à des subventions publiques en baisse constante. La crise sanitaire a rendu les acteurs du réemploi, très fragiles, et en même temps a montré que le consommateur était sensible à l’allongement de durée de vie des produits. Le moment serait donc venu d’imaginer d’autres circuits et modèles économiques ?
Site d’experts
Partenariat entre Valdelia et Accor
Appuyant ce changement, l’éco-organisme vient de lancer en parallèle, un nouveau site internet destiné aux experts de l’ameublement professionnel (www.expert.valdelia.org). Ce concentré de ressources en accès libre apporte des solutions pour produire des biens et des services de manière durable, en limitant la consommation et le gaspillage. Il permet de s’inspirer de projets et d’expérimentations éprouvés, en mêlant innovation et R&D. Les tutoriels, vidéos, études, conférences et autres supports proposés lèvent le voile sur des thématiques aussi variées que l’aménagement des espaces en mobiliers de seconde vie, l’allongement de leur durée de vie par la réparation et la rénovation, l’optimisation de la seconde vie d’un parc de mobilier, ou encore l’intégration de matériaux de réemploi dans les modèles de mobiliers existants.
Journaliste spécialiste des thématiques environnementales et éco-industrielles depuis 25 ans.
Créé en 2018, l’écho circulaire met en lumière des solutions et des retours d’expériences d’entreprises, d’associations, de collectivités territoriales et de toutes structures engagées dans une démarche de prévention et de préservation des ressources.
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