A peine sortie de deux mois de confinement, et de quelques mois de répit, la France comme plusieurs autres pays européens marquent une nouvelle pause due au Covid. Le reconfinement annoncé pour au moins quatre semaines devrait toutefois moins toucher l’activité économique. Mais en l’absence de visibilité à ce jour, les entreprises s’inquiètent, et tout particulièrement, les recycleurs, d’ores et déjà à la peine. Retour sur les chiffres 2019 et prévisions moroses pour 2020.
Pour la première fois depuis 2016, le secteur français du recyclage a connu une baisse de son chiffre d’affaires, de l’ordre de 6 %, pour atteindre 8,5 milliards d’euros en 2019 (au lieu de 9 milliards d’euros en 2018). Lors de la présentation de ses derniers chiffres, la fédération des entreprises du recyclage (Federec) précise que la plupart de ses douze filières* sont affectées, en raison de conditions de marché difficiles. La profession connaît aujourd’hui une crise de débouchés très inquiétante sur certains segments (papiers-cartons, plastiques, textiles, CSR), ce qui pourrait mettre en péril l’avenir des entreprises, dont une majorité de PME. Pour François Excoffier, chef d’entreprise en Haute-Savoie et récemment élu à la présidence de Federec, le secteur a vécu ces dernières années, un phénomène de concentration, en lien avec les difficultés économiques et les contraintes réglementaires rencontrées, mais à ce jour, la profession semble se stabiliser. Il faudra néanmoins surveiller de près certains établissements qui avec le reconfinement risquent de ne pas s’en remettre.
Les Hauts-de-France restent la région la plus représentative de la fédération avec 313 entreprises du recyclage. Certaines régions comme l’Occitanie, la Nouvelle Aquitaine ou les régions Bretagne et Pays de la Loire connaissent depuis plusieurs années une hausse du nombre d’établissements, en raison de la nécessité de collecter au plus près des lieux de production pour limiter les transports et les coûts. « L’innovation est au cœur des métiers du recyclage et certains flux demeurent aujourd’hui difficiles à valoriser, ce qui permet à des acteurs innovants de se démarquer avec des technologies et des procédés nouveaux » explique Manuel Burnand, directeur général de Federec.
7 % du chiffre d’affaires investis
Malgré ces inquiétudes, les entreprises n’ont pas cessé d’investir dans de nouveaux équipements. Convaincus de la nécessité de se moderniser afin d’être capables de répondre aux défis des prochaines années, les industriels ont dépensé en 2019, 625 millions d’euros, soit une hausse de 2 % par rapport à 2018. Cela correspond à presque 7 % du chiffre d’affaires global, alors que la moyenne dans l’industrie atteint 5 %. Sur ce montant, 60 % des investissements ont été engagés sur le renouvellement du parc des machines et l’achat et/ou l’agrandissement des locaux (+4% par rapport à 2018).
Suite à la baisse légère du tonnage collecté (-0,2 %) et à une année difficile d’un point de vue économique (fermeture des frontières asiatiques, pénurie de débouchés sur plusieurs segments) l’emploi dans le recyclage a diminué de 1% en 2019, pour compter 30 800 salariés. Le recours à l’intérim a, lui aussi, subi les difficultés économiques et ne représentait plus que 13 % du volume total des salariés contre 15 % en 2018. Ainsi l’an dernier, les entreprises de recyclage ont continué de subir une dégradation de la valorisation des matières en aval : -13,8 % sur la collecte des vieux papiers et -20 % de CA dans la filière papier-carton ; -4 % de ferrailles vendues et -16 % sur le CA ; -5 % sur le CA de la filière non ferreux. Déjà tendus fin 2018, les marchés avals, nationaux et internationaux, ainsi que la valorisation des refus de tri en ISDND ont rencontré les mêmes difficultés en 2019.
Une année hors-norme

Mais le pire semble à venir. Après un mois de février 2020 correct, l’industrie du recyclage a connu une situation inédite jusqu’à l’été. L’activité économique et le marché international étant à l’arrêt, plus possible de valoriser et d’écouler la matière à recycler. Pour 2020, pas moins de quatre acteurs interrogés sur cinq anticipent déjà une diminution de leur chiffre d’affaires d’environ 20%. C’est donc une année hors-norme qui s’annonce, compilant les difficultés de 2019 à une crise sanitaire qui n’en finit pas. L’épidémie a provoqué une réorganisation importante du fonctionnement des sites. La mise en place des gestes barrières et des mesures de distanciation sociale a entraîné une diminution de la productivité des collectes, mais aussi du tri des déchets. Dans une note de conjoncture de septembre 2020, Federec fait état des conséquences de cette crise : « dans le cadre des marchés publics, aucune clause de révision des prix n’est actuellement prévue pour ce type d’événement et il apparaît indispensable qu’elles puissent être adaptées rapidement ». Le Comité Stratégique de Filière Transformation et Valorisation des Déchets semble travailler en ce sens. Federec recommande de son côté a minima un « gel » des tarifs indexés dans les contrats de marchés publics, pour éviter une inflation ou une baisse trop importante qui aurait un impact majeur sur la rentabilité des activités de collecte/tri/recyclage.
2021 pas mieux
Par ailleurs, l’achat d’équipements de protection pour les salariés, de solutions hydroalcooliques et d’autres équipements sanitaires a représenté un surcoût important pour les entreprises, évalué à plus d’un million d’euros par les adhérents de Federec depuis le début de la pandémie. Enfin, le secteur du recyclage fait face, depuis 2019, à une inflation importante des coûts liés à l’assurance des installations, en raison d’une accidentologie croissante ces dernières années. Aujourd’hui, la situation est encore plus précaire puisque certaines entreprises n’arrivent plus à s’assurer, et certains contrats ne sont plus renouvelés. Federec a donc engagé différentes actions pour accompagner ses adhérents. Les acteurs du recyclage sont aussi confrontés à une augmentation des coûts des assureurs-crédits, qui encouragent la souscription de garanties complémentaires assurées par l’État. Tout cela représente un surcoût pour les entreprises. Pourtant cette démarche reste indispensable pour se couvrir d’une éventuelle défaillance de clients, eux aussi fortement impactés par des baisses de commandes, en particulier dans l’aéronautique et l’automobile.
Sans tenir compte des impacts néfastes du reconfinement dont on ne sait la durée, l’année 2020 et de fait l’année 2021 seront difficiles. C’est le cas pour la branche bâtiment qui connaît des diminutions d’activité dans tous les segments : -20% de mises en chantiers en moyenne, -15% sur le segment de la rénovation. Tout va être décalé dans le temps, avec la remise en route des procédures de permis, souligne Erwan Le Meur, président de Federec BTP. Sous réserve que le reconfinement touche moins l’activité cette fois-ci, mais pas sûr. La filière métal va continuer à faire face à une baisse drastique des prix de vente, à une demande atone et à l’augmentation des coûts d’enfouissement sur les déchets ultimes. Le premier confinement avait entraîné une forte baisse de la production industrielle, et donc de la production d’acier. Heureusement, la disponibilité des matières a elle aussi diminué et les prix sont restés stables. Qu’en sera-t-il jusqu’à la fin de l’année, avec le reconfinement, susceptible de se durcir dans les semaines à venir ?
Tensions sur les plastiques
On pense également aux entreprises spécialisées dans la gestion des plastiques (500 recensées par Federec Plastiques) dont beaucoup demeurent fragiles depuis le premier confinement. Pour rappel, Christophe Viant, président de branche, mentionne une forte baisse des collectes durant le second trimestre en raison du confinement. Hormis les emballages alimentaires qui ont connu une demande soutenue, les marchés des emballages non-alimentaires, de l’automobile et du bâtiment ont eu une activité très réduite entraînant une diminution de la consommation de matières. Enfin, la baisse de consommation pour les produits pétroliers a conduit à une chute des prix. Les plastiques vierges ont de fait bénéficié de cette baisse, impactant alors le prix des matières recyclées.
Face à cette instabilité, Federec dit continuer à travailler avec les pouvoirs publics sur la fixation de taux d’incorporation de plastique recyclé dans les produits neufs. « Les tensions vont perdurer sur certaines résines comme le PET, craint déjà Christophe Viant. Selon les débouchés, le prix du rPET peut passer du simple au double en intégrant la bouteille, plutôt que la fibre ou le film. Cela démontre qu’il faut aujourd’hui encourager plus que jamais l’incorporation de matière recyclée pour toutes les résines issues de la collecte sélective. Avec une demande pro-active sur ces matières régénérées, les prix pourront repartir à la hausse et sauver peut-être l’industrie du recyclage en France. Beaucoup de PME sont déjà en difficulté. Le risque est donc très grand en cas de reconfinement durci ». Les prochaines semaines seront décisives sans aucun doute pour les recycleurs.
* douze filières : papier-carton, verre, plastique, métaux ferreux, non-ferreux, textiles, solvants, bois et palettes, déconstruction automobile, BTP, DEEE, déchets organiques
Chiffres 2019
- Le secteur du recyclage en France représente un total de 1200 entreprises (dont la moitié de PME) soit 2400 établissements. Federec rassemble 1003 établissements adhérents
- 35000 emplois dont plus de 4000 emplois intérimaires.
- 75 millions de tonnes collectées dont 43 millions de tonnes de déchets du bâtiment (DND DIB)
- 625 millions d’euros d’investissement (+2 % vs 2018)
- 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires (-2 % vs 2018)
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