Pigments, liants, charges ou encore solvants, la peinture est composée de plusieurs ingrédients chimiques et toxiques. Pourtant, les fabricants poussés par la réglementation environnementale et une prise de conscience du grand public, cherchent des solutions alternatives. Cela a commencé depuis une dizaine d’années par les peintures à l’eau ou à base de matières végétales. A Rochefort, le fabricant ID va plus loin dans ses formulations, avec l’emploi de coquilles d’huître et de résine rPVB.
Après la crise sanitaire, la Fipec (Fédération des industries des peintures, encres, colles, couleurs et produits pour la préservation du bois) a soutenu le Plan de Relance industrielle, tourné vers la transition écologique et a appelé de ses vœux la structuration d’une filière biosourcée compétitive avec la filière pétrochimique. Actuellement, plusieurs réflexions sont engagées sur l’amélioration de la filière de recyclage et pourraient se concrétiser d’ici à la fin de l’été 2021 par la création d’une feuille de route. Alors que les récentes tensions sur les matières premières ont affecté plusieurs pans de l’industrie française, dont le marché du bâtiment, les matériaux de nouvelle génération misant sur le recyclage, le biosourcé et surtout l’approvisionnement en matières premières à l’échelle nationale ou européenne ont désormais toute leur place. De plus en plus d’industriels, dans le secteur de la parachimie placent les produits biosourcés au cœur de leur stratégie. Ces perspectives d’innovations éco-respectueuses et stratégiques ont amené la Fipec à adhérer à l’Association de la Chimie du Végétal en 2012. Dans l’industrie des peintures, les produits biosourcés sont intégrés dans la formulation des mélanges : émulsions Alkydes végétales, développement de bio solvants, liants végétaux à très faibles émissions dans l’air etc. Les prévisions de l’Ademe à 2040 tablent sur une part de 40 % des produits biosourcés sur le marché.
40 % de rPVB incorporé

L’incorporation de matière recyclée est plus inédite et sans doute plus complexe dans l’industrie des peintures. Deux ans de recherche ont été ainsi nécessaires pour aboutir à une première en France : une peinture en phase aqueuse intégrant 50 % de matières recyclées. Le fabricant de peinture ID comme Initiatives Décoration (groupe Océinde), implanté à Rochefort, a lancé il y a à peine un an, sa première gamme de peinture murale d’intérieur éco-responsable, ECO Respectueuse. En apparence, rien ne diffère d’une peinture classique à l’eau, et pourtant. Grâce au partenariat exclusif noué avec le groupe danois Shark Solutions, le fabricant français a réussi à remplacer son liant par du rPVB (polyvinyl butyral recyclé). Il s’agit d’un polymère thermoplastique de synthèse utilisé généralement pour fabriquer du verre feuilleté (pare brise automobile, vitrage bâtiment). Shark Solutions développe depuis une quinzaine d’années une activité de recyclage autour de cette matière. Les procédés utilisés sont purement mécaniques et sans traitement chimique, assure la direction. Les films en PVB, issus de verre plat (pare brise, vitrages) sont broyés, chauffés, purifiés et transformés en émulsions pour bases aqueuses. Les débouchés se limitaient jusqu’à présent à l’industrie des tapis et moquettes.
Aujourd’hui, l’entreprise destine sa matière régénérée en partie à la composition de peintures. Pendant deux ans, des travaux menés conjointement par les laboratoires des deux entreprises ont été menés. Un temps de R&D justifié par le nombre de tests réalisés pour substituer la matière d’origine pétrochimique. A la qualification des process et des produits, se sont ajoutés des investissements pour les deux entreprises (équipements de production et filtres) afin d’éliminer les particules au moment de l’injection et de l’assemblage des composants. Si le PVB vierge est déjà incorporé à des peintures destinées au bâtiment, cette expérience unique en Europe devrait à terme permettre au Danois de franchir une nouvelle étape : recycler tous les plastiques, en utilisant les mêmes procédés d’émulsion. La résine recyclée représente environ 40 % du produit final.
Le biosourcé fait tache d’huile
La filiale d’Océinde ne s’arrête pas là dans sa démarche éco-responsable. Sa nouvelle gamme de peinture ECO intègre également de la poudre de coquille d’huîtres bretonnes, incorporée à hauteur de 10 %. Remplaçant le carbonate de calcium, elle fait office de charge et assure une bonne couvrance dès la première couche, souligne Nicolas Dujardin, le directeur des opérations du groupe français Océinde, la maison mère : « notre peinture intégrant 50 % de matières recyclée, PVB et coquille, est une innovation mondiale sur le plan technologique et environnemental, dotée d’une empreinte carbone six à sept fois inférieure que les peintures classiques à l’eau. Depuis 2014, nous sommes rodés aux produits biosourcés avec la commercialisation d’une peinture à base d’algues. C’est le fruit d’un partenariat avec la PME bretonne Algo pour laquelle, nous sommes devenus le distributeur exclusif en grand public ». Cette gamme de peinture est disponible depuis septembre 2020 en France et au Benelux dans plus de 70 magasins et en test actuellement dans plusieurs grandes surfaces de bricolage en France. « L’objectif pour 2021 est d’utiliser 50 tonnes par an de résine recyclée et d’élargir rapidement à d’autres peintures destinées aux plafonds, au mobilier et aux applications extérieures » assure Nicolas Dujardin, qui compte sur l’intérêt grandissant des artisans du bâtiment et des donneurs d’ordre pour des produits plus respectueux de l’environnement et du circuit court. Employant 85 personnes pour un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros en 2020, ID prévoit de doubler ce volume en 2022, grâce à une distribution en Europe et en Asie.
Hainaut Plast Industry, l’autre recycleur
Ils sont deux dans le monde à recycler des déchets post-consommation de Polyvinyl butyral. Avec Shark Solutions, le français Hainaut Plast Industry redonne une seconde vie au film PVB issu de verre plat depuis 2013. Cette société installée à Cambrai dispose d’une autorisation de 20 000 t/an de rPVB par an, et d’une capacité de production de 15 000 t/an post consumer. Cette matière est déjà utilisée dans de nombreuses applications en substitution d’autres matières plastiques tel que le PVC en pur ou en compound. Hainaut Plast Industry dispose d’un outil industriel qui permet de garantir une production aux caractéristiques très régulières et reproductibles. Et ce grâce à des sources d’approvisionnement contractualisées et pérennes pour garantir l’origine du PVB recyclé produit. Le sourcing est européen, principalement chez les recycleurs de verre. Il y a une dizaine d’années, le film PVB contenu en sous-couche dans le verre plat partait en enfouissement. Aujourd’hui, cette matière est récupérée et recyclée.
Contrairement à Shark Solutions, la PME française recourt à l’extrusion et à la granulation. Elle fabrique cinq gammes de produits à base de PVB recyclé et compoundés pour différentes applications comme des élastomères, des modifiants choc pour PP homo, des plastifiants sans phtalate pour PVC, du liant pour matières métalliques, inorganique, organiques, supports magnétiques, textile, colle, coatings, adhésifs. Notre activité se concentre sur des secteurs de niche, essentiellement pour du flooring (revêtements de sols) ou du roofing (revêtements de toiture). Nous destinons 70 % de notre production à l’exportation, Etats-Unis, Benelux, Allemagne, Italie et un peu en France, explique Bruno Gautier, directeur développement chez Hainaut Plast Industry.
Le marché du rPVB en évolution
A ce jour, la production de PVB vierge avoisine un total d’un million de tonnes par an, utilisé à 50/50 dans l’automobile pour les pare brise et le bâtiment (vitrages techniques, verre de sécurité etc.). Le rPVB quant à lui est voué progressivement à élargir ses applications. En témoigne son incorporation comme liant pour peinture. Hainaut Plast Industry avoue être également en discussion avec l’industrie de la peinture, mais pour l’instant, l’entreprise ne produit pas d’émulsion prête à l’emploi comme Shark. Cela signifierait pour Hainaut, passer par un sous-traitant pour répondre aux besoins des fabricants de peinture. Cette matière recyclée est encore trop peu connue sur le marché industriel, mais cela évolue. « Nous sommes bien positionnés dans certains secteurs qui ont pu connaître récemment des tensions sur les approvisionnements. De fait, nous pouvons venir en substitution de certains élastomères ou polymères pour des raisons de pénurie ou de contraintes environnementales » souligne Bruno Gautier.
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