L’Oréal accélère la transition sur ses emballages plastiques

Un partenariat exclusif avec Veolia en Chine

Avec l’objectif d’ici 2030, d’utiliser 100 % de plastiques recyclés ou biosourcés, le groupe L’Oréal pose ses jalons un peu partout dans le monde. Cela implique le déploiement de plusieurs partenariats industriels. Après son rapprochement avec Carbios en France pour intégrer du rPET dans ses flacons, L’Oréal signe un contrat d’exclusivité avec Veolia en Chine. Objectif : incorporer dans ses emballages, du PEhd recyclé apte au contact alimentaire.

Son programme « L’Oréal for the Future » publié en 2020 annonce la couleur pour les dix prochaines années. Le groupe cosmétique L’Oréal a décidé d’accélérer sa transition écologique en misant rapidement sur des emballages plastiques plus vertueux. Trois principaux objectifs ont été fixés au sein du groupe : d’ici 2025, 100 % de ses emballages plastiques seront reconditionnables, réutilisables, recyclables ou compostables. D’ici à 2030, 100 % de ses emballages plastiques seront issus de matières recyclées ou biosourcées et plus aucune résine vierge d’origine fossile ne sera utilisée. Enfin, d’ici à 2030, 100 % des composants utilisés dans ses formulations ainsi que toutes les matières biosourcées seront traçables et proviendront de ressources renouvelables. Aujourd’hui, les avancées sont perceptibles, mais encore insuffisantes : en 2020, l’entreprise a consommé 57 000 tonnes de matières issues du recyclage, et a valorisé 96 % des déchets non évités à la source, soit par réutilisation, recyclage ou valorisation énergétique.

Technologies de rupture

 

Pas question de chômer ni de lésiner sur les moyens. Pour répondre aux besoins sociaux et environnementaux les plus urgents, L’Oréal a mobilisé 150 millions d’euros d’investissements. Toutes les solutions innovantes et disruptives sont bonnes à prendre pour favoriser la mise en marché de produits et emballages « irréprochables ». C’est ainsi que L’Oréal a annoncé en 2019 une collaboration avec le fabricant d’emballages Albéa pour lancer le premier tube de crème en carton certifié FSC, et un partenariat avec Purecycle pour produire des emballages à base de PP recyclé par solvolyse. En 2020, L’Oréal a présenté une première mondiale en partenariat avec LanzaTech et Total : la fabrication en 2024 d’un flacon de shampoing en PE à partir d’émissions industrielles de carbone converties en éthanol, lui-même transformé en éthylène. Même année, une collaboration a été engagée avec l’entreprise canadienne Loop Industries pour s’approvisionner en rPET issu du recyclage chimique. La matière proviendra du marché américain. Ces prouesses technologiques ne relèvent plus de la science fiction, mais s’inscrivent dans le réel à moyen terme.

Dans la foulée, le groupe français a officialisé en juin dernier, sa collaboration avec l’entreprise française Carbios, pour créer le premier emballage en PET recyclé à partir d’un procédé enzymatique. Ce traitement, dont l’origine remonte à une dizaine d’années, va permettre de fabriquer dès 2025, une gamme d’emballages pour la marque Biotherm. Ce procédé de recyclage met en œuvre une enzyme capable de dépolymériser de façon spécifique le PET contenu dans différents plastiques ou textiles. Les monomères issus de la dépolymérisation sont purifiés, en vue d’être repolymérisés en un PET de qualité équivalente à la résine vierge issue de la pétrochimie. Les déchets en PET peuvent être ainsi recyclés ainsi à l’infini, qu’ils soient clairs, opaques, complexes ou d’origine textile (polyesters). L’Oréal contribue au développement de Carbios depuis 2017 via la création d’un consortium qui associe également Nestlé Waters, PepsiCo and Suntory Beverage & Food Europe ; et a choisi en 2019 d’investir dans le capital de Carbios par le biais de son fonds financier BOLD (Business Opportunities for L’Oréal Development). Le démonstrateur industriel a démarré en septembre 2021 sur un site du groupe Michelin à Clermont-Ferrand. Il a pour but de valider les performances techniques, environnementales et économiques du procédé de recyclage, baptisé C-Zyme. Cette étape aidera à établir d’ici fin 2022 les documents d’ingénierie complets du procédé (des déchets aux monomères) pour la construction de la future unité industrielle, d’une capacité estimée à 40 000 t/an.

Veolia recycle du PEhd en Chine

 

La volonté de rendre ses emballages encore plus acceptables aux yeux des consommateurs et de la réglementation pousse L’Oréal vers d’autres horizons. C’est en Chine que la marque souhaite désormais développer de l’innovation environnementale, en coopération avec le groupe Veolia. Les deux industriels ont choisi de s’associer officiellement dans le cadre d’un contrat pluriannuel d’approvisionnement en PEhd recyclé. Après une collaboration de plusieurs années avec L’Oréal sur la livraison de matière plastique recyclée, Veolia va désormais fournir en grande quantité des granulés de PEhd issus de déchets d’emballages de grande consommation (bouteilles et flacons) collectés en Chine. Cette opération se déroule dans son usine de tri et de traitement près de Pékin. Les deux partenaires n’ont pas souhaité communiquer sur les volumes traités ni sur le taux d’incorporation envisagé. Seule information mentionnée par Veolia, le PEhd est recyclé selon un procédé mécanique conforme aux exigences du secteur alimentaire et certifié FDA (US Food and Drug Administration). Pour ce faire, l’opérateur a remis à niveau son installation de traitement, dotée d’un nouveau système d’élimination des composés organiques. Le procédé intègre des opérations de lavage poussé, d’extrusion et de dégazage pour décontaminer le flux de déchets. Sans doute le début d’un déploiement plus large, et qui pourrait venir compléter ce que le groupe Suez fait déjà sur le PET de bouteilles en France sur son site de Limay et sur le PE/PP aux Pays-Bas, avec QCP, joint venture créée en 2017 entre Suez et LyondellBasell.

Au final, Veolia produira une matière de qualité équivalente au plastique vierge, actuellement en très forte demande sur le marché mondial. Ce granulé sera envoyé chez un transformateur localisé en Chine pour fabriquer les emballages cosmétiques de L’Oréal vendus à l’international. Pour Johann Bonnet, vice-président en charge du développement commercial et des comptes stratégiques de Veolia, ce partenariat est sans doute le premier d’une longue série. Le recycleur ne cache pas sa volonté de travailler partout dans le monde avec de grandes marques internationales engagées dans l’économie circulaire. Selon le président de Veolia, Antoine Frérot, l’activité de recyclage des plastiques prendra une place croissante au sein de groupe d’ici à 2025, en affichant près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires. En termes de volumes, Veolia a recyclé environ 400 000 tonnes de matières plastiques en 2020 et son objectif vise les 600 000 tonnes en 2023. Pour y parvenir, le groupe mise notamment sur le recyclage mécanique de trois résines : le PET, le PP et le PE. L’an dernier, Veolia exploitait 33 sites de recyclage de résines en Europe et en Asie (dont cinq en Chine), contre six seulement en 2015. Pour répondre à la croissance de la demande dans l’emballage, l’automobile, la construction, les appareils ménagers ou les loisirs, l’entreprise française régénère au total plus d’une centaine de grades de résines sous forme de paillettes, de granulés et de compound.

Rappel réglementaire

La stratégie européenne sur les plastiques a fixé comme objectif d’ici à 2025, l’incorporation de 30 % de matières plastiques recyclées dans les nouveaux produits et emballages. Selon PlasticsEurope, organisation européenne des producteurs de matières plastiques, le recyclage chimique pourrait connaître une augmentation importante de l’investissement de l’ordre de 2,6 milliards d’Euros en 2025 à 7,2 milliards en 2030. Par ailleurs, 60 % de la production mondiale de plastiques pourrait être basée sur la réutilisation ou le recyclage, en 2050.

Règlement (CE) No 282/2008 de la Commission du 27 mars 2008 relatif aux matériaux et aux objets en matière plastique recyclée destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires et modifiant le règlement (CE) no 2023/2006

Crédit : L’Oréal, Veolia

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