Circuito promeut la coopération transalpine

Une démarche EIT franco-italienne

Quels points communs entre les régions françaises Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, et les régions italiennes de Ligurie, du Piémont et du Val d’Aoste ? L’utilisation d’outils innovants pour mieux échanger sur les ressources inter-entreprises. De part et d’autre de la frontière, le projet Circuito (programme Interreg Alcotra) initie deux territoires transalpins à l’écologie industrielle. Quelques pistes sont à l’étude côté français tandis que l’Italie pourrait s’inspirer de la plateforme ACTIF.

Dans le cadre du programme Interreg Alcotra (Alpes Latines COopération TRAnsfrontalière) qui couvre le territoire alpin entre la France et l’Italie, près de 600 projets ont pu être co-financés pour environ 550 millions d’euros de subventions européennes, depuis sa création en 1990. Ce programme a pour objectif d’améliorer la qualité de vie des populations et le développement durable des territoires, des systèmes économiques et sociaux transfrontaliers, grâce à une coopération touchant l’économie, l’environnement et les services aux citoyens. Les principaux bénéficiaires sont les administrations publiques, les PME, les organismes de formation, les universités et centres de recherche, les associations, les parcs naturels, les chambres consulaires, les pôles d’innovation et les filières d’entreprises. Certains projets sont en lien avec les thématiques de l’environnement et de l’économie circulaire. C’est le cas du projet CLIP (coopération pour l’innovation appliquée) qui devrait s’achever d’ici la fin de l’année 2022, prolongé d’un an en raison de la crise sanitaire. Il concerne des régions transfrontalières françaises et italiennes constituées d’importants pôles urbains prospères ainsi que de nombreuses zones montagneuses marginales et peu peuplées. Trois thématiques sont ciblées : la e-santé autour du vieillissement actif et autonome à domicile, le e-transport qui privilégie le partage, en utilisant l’info mobilité comme outil innovant pour améliorer l’accessibilité et l’inclusion sociale, et l’économie circulaire.

Réduire les disparités

 

Baptisé Circuito, ce projet d’économie circulaire s’appuie sur une démarche d’écologie industrielle et d’échanges entre acteurs publics et privés. Il est porté par la Région Ligurie (pilote de l’action qui s’appuie sur l’Unioncamere Liguria), la Région Piémont, la Région Vallée d’Aoste, l’Université de Gênes, l’Université de Turin, la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur avec la CCI de région et son réseau, la Métropole Nice Côte d’Azur et la CCI de région Auvergne-Rhône-Alpes. A l’origine, plusieurs constats : trop de disparités en matière d’innovation dans les régions concernées alors qu’elles bénéficient de caractéristiques socio-économiques homogènes. Autre problématique : une distance excessive et un manque de lien entre le monde des affaires et l’entrepreneuriat d’un côté, le monde de l’enseignement et de la recherche de l’autre. Selon la CCI PACA, en découle une perte de compétitivité, notamment pour les TPE et PME. Pourtant, ces territoires concentrent plusieurs atouts telle qu’une production de pointe et un noyau dynamique d’acteurs de l’innovation. Le projet Circuito vise par conséquent à réduire les obstacles à la coopération des acteurs publics et privés de l’innovation sur les cinq régions de l’espace Alcotra; à abréger la distance entre le monde du business et le milieu de la recherche ; à définir et à promouvoir la future planification de l’innovation transfrontalière appliquées aux entreprises.

A Venturon, le 17 mai dernier, 25 chefs d’entreprises se sont réunis pour réfléchir à de nouvelles synergies.

La Région Ligurie pilote le projet en collaboration avec la Chambre régionale de commerce Ligurie pour les actions expérimentales à déployer, tandis que la CCI Provence-Alpes-Côte d’Azur a été désignée délégataire de la Région Sud. C’est à ce titre, que des réunions ont été organisées autour d’acteurs économiques locaux. Celle du 17 mai 2022 a rassemblé 25 chefs d’entreprise des Alpes du Sud avec pour thème : comment devenir acteur de l’économie circulaire ? L’idée est de faire travailler ensemble des entreprises qui à première vue n’ont rien de commun, pour aboutir à des pratiques plus vertueuses pour l’environnement. Comment valoriser ses co-produits et transformer ses déchets en ressources ? Pourquoi développer des échanges ressources inter-entreprises ? Comment optimiser ses ressources matières ou énergétiques et réduire ses coûts ? Quelles innovations pour créer de la valeur sur son territoire ? Comment valoriser ses déchets ? Comment mieux optimiser ses ressources ? Autant de questions que les PME se posent aujourd’hui alors que le prix des matières premières flambe, tout comme les coûts de l’énergie, souligne Daniel Simonato, chargé de mission en économie circulaire à la CCI des Alpes de Haute-Provence : « dans le cadre du projet Circuito, nous voulons répondre aux attentes en sensibilisant et en diffusant le plus possible, les bonnes pratiques du circuit-court. Aussi bien celles que l’on peut trouver en Italie que celles qui existent déjà en France ».

Mutualisation de services et chaleur fatale

 

Premier enseignement, les entrepreneurs sont demandeurs. « Dès lors que nous parlons de leurs problèmes économiques, et des solutions pour les surmonter, cela les intéresse » affirme le chargé de mission. C’est ainsi qu’au cœur du Sisteronais-Buëch, une démarche d’écologie industrielle et territoriale est à l’étude. La Communauté de Communes du Sisteronais Buëch (CCSB) est une entité récente issue de la fusion de sept intercommunalités depuis le 1er janvier 2017 qui regroupe 60 communes sur une surface de 1 488 km² et compte environ 26 000 habitants. Ce territoire est riche d’un écosystème « industriel » varié, assez localisé sur la zone d’activité Val Durance. Le parc d’activités de Sisteron – Val de Durance dispose par exemple de terrains industriels sur 65 hectares viabilisés et de terrains commerciaux sur plus de 30 hectares. Il héberge plus de 120 entreprises, soit environ 1200 emplois, dans l’agro-alimentaire, le BTP, l’artisanat, le tertiaire et commercial. En vingt ans, le nombre d’emplois sur le site a plus que triplé.

Résultat : plusieurs pistes de synergies ont été identifiées. Des plus classiques comme de la mutualisation de gardiennage et de prestation de déchets aux moins fréquentes telle que la mutualisation de formations sur l’hygiène et la sécurité ou encore l’utilisation de la chaleur fatale. Présent à cette réunion, le syndicat des énergies du 04 a été mandaté pour déployer le fonds chaleur et à ce titre, souhaite promouvoir l’exploitation de chaleur fatale sur le territoire. Un projet de centre aquatique alimenté par chaleur fatale serait à l’étude. Autre projet, cette fois-ci porté par la CCSB elle-même, celui de développer la consigne sur le verre, en investissant dans l’achat d’une installation de lavage. Plusieurs brasseurs et viticulteurs locaux seraient intéressés par la démarche. Les ateliers se poursuivront mi-juin avec une entrée en matière plus directe entre acteurs économiques sous forme de speed-dating. Les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-D’azur sont aussi engagées dans ce projet avec les régions italiennes de Ligurie, du Piémont et de la Vallée d’Aoste. Il s’agit d’animer un écosystème d’innovations intégrant des modèles d’économie circulaire identifiés par l’Union Européenne, avec à la clé 1500 emplois créés.

En amont, le projet prévoit l’enrichissement des outils de cartographie des flux à l’échelle transfrontalière en s’appuyant sur les plateformes française « ACTIF » et italienne « Elenco Sottoprodotti ». Cette dernière est un nouveau portail géré par les CCI italiennes et qui porte sur la création d’une liste des entreprises productrices et/ou utilisatrices des « sous-produits ». Côté français, la plateforme ACTIF initiée par la CCI Occitanie il y a plus de dix ans, pourrait inspirer les autorités italiennes. Ayant pour but de stimuler et d’organiser les échanges entre entreprises à l’échelle d’un territoire, cet outil est en cours d’adaptation par la CCI de Savoie en vue d’être utilisé par ses homologues italiens. La plateforme est d’ores et déjà lisible en italien. En ligne de mire, Circuito vise le déploiement d’une plateforme web pour une « bourse des flux » ouverte aux entreprises du territoire transfrontalier.

Crédit : Circuito

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